Economie - Editoriaux - 8 septembre 2019

148.138 € : le scandaleux montant de l’impôt sur les sociétés de Airbnb en France

148.138 €, pas un centime de plus : voilà le montant de l’impôt sur les sociétés (IS) honoré par Airbnb au fisc français en 2018, si l’on en croit le magazine Challenges. Airbnb, vous connaissez, c’est cette plate-forme de location d’appartements de vacances entre particuliers par laquelle plus de huit millions de Français passent chaque année. Qui réalise dans notre pays des dizaines de millions d’euros de chiffre d’affaires. Et, ce faisant, nonobstant l’utilité du service proposé, cause de nombreux torts aux hôteliers, qui se retrouvent face à une concurrence de grande ampleur, avec des prestations exonérées de TVA, par exemple. Airbnb taille des croupières importantes dans leur activité et met en danger toute la filière. De même qu’elle provoque des nuisances aux centre-villes, avec de nombreux logements détournés de leur usage d’habitation pour devenir des chambres d’hôtes à plein temps : le centre-ville de Paris est en passe de devenir un parc pour touristes pendant que les classes moyennes peinent à s’y loger, faute d’appartements vacants.

148.138 € d’IS, cela correspond à ce que pourrait payer un hôtel de cent chambres, réalisant trois millions d’euros de chiffre d’affaires, comme il y en a tant dans Paris. C’est la misère que nous laisse Airbnb, pour des millions de clients traités. Car, à l’instar des autres GAFA, Airbnb ne facture en France que ses prestations marketing, le reste de l’activité étant déclaré en Irlande – on se demande bien pourquoi… Au-delà des nuisances déjà évoquées, Airbnb, en toute légalité, prive l’État de recettes fiscales plantureuses, au regard de l’activité hôtelière traditionnelle qu’elle détourne, qui, elle, serait déclarée en France : c’est donc probablement de plusieurs dizaines de millions d’euros qu’elle prive le fisc français, sans compter les milliers d’emplois hôteliers supprimés par cette concurrence qui nécessite bien moins de personnel. Le tout dans une forme de passivité à laquelle la plupart des contribuables – hôtels, PME ou autres – ne bénéficient guère…

Alors, si Bercy veut remettre ses comptes en ordre, il vaudrait mieux se tourner vers cette nouvelle forme de piraterie de grande ampleur et laisser un peu de souplesse à tous les Français ordinaires qui peinent à boucler leur budget…

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