Culture - Editoriaux - Politique - Société - 4 février 2018

Revivifier la communauté nationale dominée par la caste politicienne et asphyxiée par le centralisme parisien

La notion de peuple breton relève d’un nationalisme qui ne rencontre que très peu d’écho en Bretagne. Les nationalistes oublient que les Bretons sont assimilés depuis déjà belle lurette et que seule une toute petite minorité rêve d’une société ayant rompu avec la France et la culture française. Soulignons à nouveau le fait que leur assimilation n’est pas qu’une conséquence de l’idéologie révolutionnaire ; elle a commencé très longtemps avant l’époque moderne en l’absence de toute forme de coercition, comme nous l’avons écrit précédemment.

Cela dit, doit-on, pour autant, accepter l’uniformisation et le centralisme ? Pas du tout. Les différentes régions de France ont des particularités et c’est une très bonne chose. Par ailleurs, il est évident que le « vieux pays » souffre terriblement du centralisme.

Le général Franceschi a eu raison de souligner dans ces colonnes qu’il est temps d’en finir avec le centralisme jacobino-bonapartiste mais, à mon sens, il a tort de lui opposer un girondinisme qui fut tout aussi centralisateur. La seule différence qu’il y eut vraiment entre Jacobins et Girondins concerna l’importance accordée aux sections parisiennes. Les Girondins refusaient la dictature exercée par ces dernières et ils voulaient que tous les départements participassent au débat politique mais ils ne furent jamais fédéralistes ni même timidement régionalistes (Mona Ozouf a écrit des textes importants sur ce sujet). L’accusation de fédéralisme fut utilisée par les Jacobins pour disqualifier les Girondins qui auraient voulu instaurer un fédéralisme départemental !

Rien dans l’idéologie de la Révolution française, laquelle fut essentiellement d’inspiration libérale (l’anthropologie individualiste des libéraux en est un élément central), n’incline à la reconnaissance de communautés intermédiaires. Pour tous les acteurs de la Révolution française, il n’y avait que des individus et la nation, laquelle était, pour eux, de nature idéologique, c’est-à-dire qu’elle était constituée de tous ceux qui adhéraient à l’idéologie révolutionnaire, tous les autres étant rejetés dans le camp des ennemis à combattre et, souvent, à abattre. La nation idéologique des révolutionnaires n’a rien à voir avec la nation conçue comme communauté culturelle et historique. Les révolutionnaires ont rejeté totalement et unanimement l’idée de subsidiarité (suppression des provinces et des corporations de métiers ; loi Le Chapelier interdisant toutes les associations ouvrières et paysannes ainsi que le compagnonnage…). Le « républicanisme » révolutionnaire, qui est un syncrétisme dans lequel l’élément libéral prédomine, est d’abord un individualisme et, de ce fait, il est incompatible avec l’idée de communauté ; ce prétendu républicanisme ne peut qu’être opposé à l’idée d’une communauté nationale conçue comme une communauté de communautés. Mais le républicanisme ancien est, quant à lui, parfaitement conciliable avec une telle conception. Nous y reviendrons.

L’application du principe de subsidiarité, couplé avec le référendum d’initiative populaire, devrait permettre de revivifier une communauté nationale qui est dominée par la caste politicienne et asphyxiée par le centralisme parisien. Donnons aux communes, aux départements et aux régions toutes les compétences dont ces différentes entités peuvent être dotées, tout en veillant à ce que l’État conserve les nécessaires compétences régaliennes, et laissons aux Français le soin de répartir les compétences, par la voie du référendum, de la manière qui leur semble la plus judicieuse.

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