Quand La France insoumise se déchire à propos de l’immigration…

Il en était récemment fait état en ces colonnes, mais rien ne va plus à La France insoumise, mouvement non seulement en proie à l’inévitable crise de croissance, mais à la crise de nerfs tout court.

Au cœur du débat ? Tout simplement celui qui a été trop longtemps relégué sous le tapis : l’immigration. D’où la démission fracassante de Djordje Kuzmanovic, conseiller diplomatique de Jean-Luc Mélenchon lors de la dernière élection présidentielle, suspect d’avoir soutenu Sahra Wagenknecht, député de Die Linke, la gauche de la gauche allemande – elle est aussi l’épouse d’Oskar Lafontaine, idole de la gauche de la gauche française –, quand cette dernière a fait part de son scepticisme quant à l’accueil massif des migrants par Angela Merkel.

En effet, comment faire du populisme sans prendre en compte des demandes populaires à connotation de plus en plus identitaire ? Jean-Luc Mélenchon a choisi de répondre à l’épineuse en faisant taire ceux qui osaient même la poser. Cité par Libération, un député de l’espèce soumise précise : « Djorje est un ami, il est avec nous depuis 2005. Mais dernièrement, il a déconné, ce n’est pas un problème de ligne, mais de pensée. » Et ce quotidien d’ajouter : « Plusieurs Insoumis imaginent le futur de Kuzmanovic chez Florian Philippot, voire Nicolas Dupont-Aignan. » Et pourquoi pas chez Marine Le Pen ? Pourquoi pas, en effet.

Plus que jamais, il y a donc, au sein de La France insoumise, deux tendances bien distinctes et de plus en plus antagonistes. L’une qu’incarnait Djordje Kuzmanovic et qui n’est pas loin d’être celle d’un Alexis Corbière – républicaine et sociale. L’autre, emmenée par Clémentine Autain et Danièle Obono, déjà moins républicaine et plus sociétale que sociale. Entre les deux, le cœur de Jean-Luc Mélenchon balance de longue date. Ceux qui le connaissent bien savent sa tripe patriote, mais savent aussi à quel point ses soutiens médiatiques penchent de l’autre côté de la rive.

Ce sont ces derniers, le très bourgeois Gérard Miller en tête, qui ont largement contribué au naufrage de sa télévision, Le Média. Ce sont toujours eux qui n’ont pas été pour rien dans le revers électoral de l’élection législative partielle de ce dimanche dernier, dans la première circonscription de l’Essonne. Là où l’insoumise Farida Amrani avait manqué, de 139 voix seulement, battre Manuel Valls, là voilà aujourd’hui atomisée par le très macronien maire d’Évry, François Chouat, avec près de 60 % des suffrages. Par les temps qui courent, offrir un tel plébiscite à un homme de l’Élysée, voilà qui tient du miracle. Mais il est vrai que Farida Amrani, qui, lors du dernier scrutin, campait sur une ligne populiste de gauche, a préféré cette fois opter pour une stratégie d’union des gauches à l’ancienne, à base de « vivre ensemble » et de trottinettes électriques. Soit la tambouille politicienne dont plus personne ne veut désormais.

Comme si cela ne suffisait pas, c’est maintenant une section entière de mélenchonistes qui vient de se faire exclure, le « groupe d’appui » JR Hébert, du nom de Jacques-René Hébert, laïcard enragé de la Révolution française. Leur crime ? Avoir simplement voulu organiser une réunion dans le XVIIIe arrondissement parisien sur le thème de « l’entrisme islamiste dans le mouvement syndical ». Parmi les victimes de la purge, Dejan Kuzmanovic, père du Djorje Kuzmanovic plus haut cité, et un certain Mouh Dehmous, d’origine algérienne, qui explique à nos confrères de Marianne : « Mélenchon considère qu’il y a plus à gagner en fermant les yeux sur l’avènement de l’islamisme. […] Cela n’a pas de sens, tous les musulmans à qui je parle ne voteront pas Mélenchon s’il fait de l’indigénisme. Les musulmans normaux sont bien plus nombreux que les islamistes. »

Djorje Kuzmanovic a immédiatement apporté son soutien aux exclus, nouveaux damnés de la terre mélenchoniste. C’est dire si le débat n’est pas clos.

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