Editoriaux - Histoire - Politique - Religion - 29 mars 2018

Non, M. Wauquiez, la république n’est pas la France !

Laurent Wauquiez, président des Républicains, semble confondre, en dépit de sa formation universitaire de très haut niveau, la nation France avec la république (sans majuscule), qui est une forme, parmi d’autres, de régime politique, ou avec la République (avec une majuscule), qui est l’État de droit qui gère cette république.

Il a, en effet, proposé, le 27 mars 2018, lors d’un entretien accordé au journal Le Parisien, à la suite de l’attentat islamiste de Trèbes, « de créer un délit d’incitation à la haine de la République » en précisant:

On a trop d’individus étrangers radicalisés sur notre territoire. Tous les gens qui nourrissent les réseaux intégristes doivent pouvoir être expulsés.

Mais, M. Wauquiez, ce n’est pas contre la république que les terroristes agissent, c’est contre la France ! Et la nation française n’a pas attendu 1789 pour exister. Les frontières de la Gaule telles qu’elles ont été définies par Strabon, géographe et historien grec (64 av. J.-C., 23 ap. J.-C.), ressemblaient aux frontières de la France actuelle.

La naissance d’une nation, chez les Celtes (dont les Gaulois constituaient la branche la plus importante), s’apparentait à celle d’un être humain. Elle était donc pourvue d’un corps : le pays, l’espace géographique contenu à l’intérieur de frontières. Pour la Gaule, leurs délimitations étaient faciles : selon l’historien Ernest Desjardins, « c’est le pays renfermé entre le Rhin, les Alpes, les Pyrénées et la mer ».
Elle était aussi animée par une âme : le peuple. Et, même, elle était dotée d’un signe zodiacal, puisque les Celtes s’en référaient à la disposition des étoiles au moment de s’approprier un territoire ou de fonder une ville. La France n’a donc pas commencé sa vie à la Révolution mais bien avant, lorsqu’elle fut reconnue pour la première fois en tant que nation, paradoxalement, par son envahisseur : Rome.

La vie d’une nation est son histoire, avec son caractère, ses égarements, ses moments de grâce, ses périodes sombres ou lumineuses, comme tout un chacun. Les événements les plus terribles, pour une nation, sont ceux où le peuple se déchire en deux ou plusieurs factions, ce qu’on appelle guerres civiles comme les guerres de religion, la Deuxième Guerre mondiale, la guerre d’Algérie. Mais la période la plus atroce de l’Histoire de France fut celle qu’engendra la Révolution française, qui fit naître la Première République.

Le changement de régime a vu, en effet, se perpétrer toutes les horreurs possibles qu’on croyait l’exclusivité d’une Histoire plus tardive :

– Le génocide vendéen : massacres en masse (des dizaines de milliers d’hommes, d’enfants, de femmes découpés en morceaux, jetés vivants dans des fours à pain, noyés par bateaux entiers…), camps de concentration (sur treize mille prisonniers, il en meurt onze mille), tannages de peaux humaines… L’un des génocidaires, Turreau, dira : « Il faut exterminer tous les hommes qui ont pris les armes, et frapper avec eux leurs pères, leurs femmes, leurs sœurs et leurs enfants. La Vendée doit n’être qu’un grand cimetière. »

– La Terreur : faut-il parler de la systématisation des massacres perpétrés sous la Terreur par la guillotine ? Le mot même de « terrorisme » trouve son origine dans cette période. La décapitation n’a pas été inventée par les islamistes, même s’ils la pratiquent d’une manière moins « policée ».

– Le modèle : faut-il rappeler que toutes les utopies révolutionnaires sanglantes qui ont suivi la Révolution française ont pris exemple sur elle, causant des millions de morts ?

L’Histoire de France n’a pas vécu là ses plus beaux jours. Pourquoi les revendiquer ?Tomberons-nous sous le coup de la loi proposée par M. Wauquiez en dénonçant ces horreurs ?

Bien sûr, il y eut des périodes de bonheur et de gloire au cours des cinq Républiques qui virent naître des personnages admirables, mais beaucoup d’entre eux n’étaient-ils pas français avant d’être républicains ?

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