Si Marine Le Pen sait commencer les campagnes, elle ne sait pas les finir

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Tout avait pourtant si bien commencé.

Au premier tour comme au second, la présidente du mouvement en panne avait bien commencé sa campagne, soulevant de nombreux espoirs. Pour ne parler que du plus récent, on se souvient du début calamiteux de la campagne d’Emmanuel Macron où Sa Suffisance avait considéré l’élection comme gagnée. Bouffe entre copains à la Rotonde, parade des médias, rencontre avec les syndicats de Whirlpool le plus loin possible du terrain… J’en passe, et des meilleures. Pendant ce temps-là, son adversaire se remettait en ordre de marche sans perdre de temps, en obligeant l’autre candidat à venir sur le terrain et, ainsi, à mesurer l’abîme qu’il existait entre lui et le peuple. Ainsi, Marine Le Pen apparaissait comme une mère protectrice, au contact des gens, de leurs problèmes et de leurs angoisses, face au candidat du système, aussi arrogant que déconnecté. Puis il y eut la mise en scène du ralliement de Nicolas Dupond-Aignan, remarquablement orchestrée. Pour la première fois, le Front national apparaissait comme ouvert et bicéphale. En nommant par avance son Premier ministre (ce que, du reste, Jean-Marie Le Pen avait fait en 2002), la candidate des patriotes s’offrait une stature de chef d’État, prêt à former un gouvernement le jour même de la passation de pouvoir.

Contrairement à ce que beaucoup pensent, le débat aurait pu jouer en faveur de Marine Le Pen. Même si nombreux sont ceux qui disent et redisent qu’un débat n’a jamais renversé la situation, qu’en sait-on, après tout ? Il s’agissait de faire apparaître le projet de Macron pour ce qu’il est, c’est-à-dire un projet vide de sens.

Il s’agissait de faire apparaître le contraste entre un « projet pour la France » et un « projet pour la finance ». Au lieu de cela, la candidate est apparue comme confuse, agressive ou sur la défensive, créant ainsi le malaise jusque dans les rangs de ses plus chauds partisans. On connaît la suite : une défaite plus lourde que ce qu’avait prévu le système dans ses sondages les plus optimistes et, au bout, l’assurance de cinq ans de hollandisme. Or, le peuple souffre. Le peuple ne veut plus rêver, il veut gagner.

Je crains, hélas, qu’aucune leçon ne soit tirée de ce fiasco. On annonce déjà une réflexion sur le changement de nom du mouvement. En clair, on annonce la poursuite de la stratégie de dédiabolisation, qui est une folie. Car, vu que la diabolisation vient d’ailleurs, son antidote ne peut venir de l’intérieur. Enfin, et surtout, on est prêt à tout remettre en question, sauf Marine Le Pen elle-même.

Sous Le Pen père, le Front national était, tant politiquement qu’étymologiquement, unicéphale. Sous Marine Le Pen, le mouvement national est en train de devenir hydrocéphale. Pendant ce temps, la France a réélu François Hollande pour un second mandat avec un score qui frôle celui d’une république bananière.

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