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Macron à Oradour : il manquait deux mots pour que son discours fût historique

 

Après la séquence « vaches limousines », « selfie avec des lycéens » et « standardiste de l’Élysée », il était temps, pour celui qui souhaite restaurer la fonction présidentielle dans sa « verticalité » et mettre en avant les « enjeux mémoriels », de clore cette semaine par une séquence autrement présidentielle.

Dans ce village-martyr d’Oradour-sur-Glane, dont le nom résonne jusque dans nos villages voisins du Lot et du Lot-et-Garonne, eux aussi marqués par les massacres des mêmes nazis en déroute, depuis mai et jusqu’en juillet 1944, le Président a prononcé un discours historique [Lire ici en PDF].

Les images de sa visite dans les ruines du village avec le dernier survivant et ses paroles, un texte où la nuance et la sensibilité faisaient heureusement alterner récit, souvenir et méditation, resteront. Loin de toute grandiloquence déplacée. Loin de toute emphase creuse limitée aux valeurs de la République et aux droits de l’homme, comme ce fut trop souvent le cas dans les discours désespérément plats des Présidents précédents. M. Macron a essayé de faire éclater ce carcan réducteur. Et c’est heureux.

« Le martyre d’Oradour […] attente à des hommes, à des femmes, à des enfants mais il attente aussi à la conscience française. C’est tout ce contre quoi nous avons bâti nos valeurs, notre culture, notre civilisation.

Notre conscience ici s’insurge parce qu’a été piétiné ce qui nous construit en profondeur, le respect de la vie humaine. Nous ne serions pas le peuple que nous sommes si nous ne donnions à l’autre un statut sacré. […]

La France est ce pays où, depuis des siècles, nous faisons de la vie de l’autre un sanctuaire : droit, justice, dignité sont le cœur de notre effort commun. »

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Mais le mot « chrétien » était-il si difficile à prononcer pour nommer ce qui, « depuis des siècles », a formé « la conscience française » et « notre civilisation » en donnant « à l’autre un statut sacré » ?

En effet, s’il faut reconnaître la justesse des mots choisis pour cet hommage, il faut aussi en dénoncer les regrettables oublis. L’occasion était pourtant doublement historique, d’abord par l’élection de ce Président, ensuite par la situation historique nouvelle que connaissent la France, et le monde, avec la déferlante du terrorisme islamiste.

Car le Président est, certes, celui qui entretient la flamme du souvenir et du meilleur de la tradition d’un peuple, mais il se doit, surtout dans le présent tourmenté que nous vivons, de l’éclairer sur la vérité des enjeux de ce présent et des orages qui l’attendent.

En entendant le Président raconter le massacre d’Oradour, énumérer les morts, décrire la barbarie à l’origine de ce « martyre », tout Français ne pouvait s’empêcher de faire mémoire de tous ces morts du Bataclan, de Nice, de Saint-Étienne-du-Rouvray, de Berlin, de Londres, de Manchester. Et le Président évoqua, d’une seule phrase, ces massacres :

« Et parfois c’est chez nous, au sein de nos populations et de nos territoires, que resurgit la bestialité infâme, celle-là même qui dévasta Oradour. »

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Mais si la barbarie nazie fut nommée, celle d’aujourd’hui ne le fut pas. Quel dommage que la barbarie islamiste du présent soit ainsi noyée dans des périphrases bien trop générales (« les apôtres du néant, fanatiques en tous genres, extrémistes de toutes figures »).

La nuance stylistique n’est plus heureuse quand elle dispense ou empêche de nommer la vérité, de la grandeur comme de l’horreur. Et, en ce jour de commémoration historique, M. Macron n’a pas su prononcer ces deux mots qui auraient enfin pu ressourcer les Français dans le meilleur de leur tradition millénaire et les éclairer sur leur douloureux présent. Pour qu’ils puissent vraiment l’affronter. En toute vérité.

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