Editoriaux - Le livre de l'été - Livres - 16 août 2018

Le livre de l’été : Les Grands Excentriques, de Nicolas Gauthier (4)

Howard Hughes : le monde était trop petit pour lui

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Comme chaque année, à l’occasion de l’été, Boulevard Voltaire vous offre des extraits de livres. Cette semaine, Les Grands Excentriques, de Nicolas Gauthier.

En 1930, Howard Hughes se lance dans le cinéma, avec Hell’s Angels, film dont le devis final se monte à plus de quatre millions de dollars, soit le budget le plus onéreux de l’époque. Howard Hughes ne dispose que de deux ou trois caméras ? Il lui en faut vingt de plus ! Il veut des avions ? Mais des vrais, des avions d’époque ! Délicat à dénicher sur le territoire américain…

— Je m’en fous ! Allez en Angleterre, allez en France, allez en Allemagne et ramenez-moi ces putain d’avions ! Et leurs pilotes, tant qu’à faire…
— Ça va coûter une véritable fortune, risque Noah Dietrich.
— Rien à foutre, je veux ces putain d’avions et leurs putain de pilotes ! Raclez les fonds de tiroirs de la fabrique d’outillage jusqu’au dernier cent s’il le faut, mais faites ce que je vous demande !

Il veut deux Zeppelin en flammes ? Il les aura. Coût du caprice : 460.000 dollars ! Et le reste à l’avenant. On tire la sonnette d’alarme ? Il s’en moque comme d’une guigne. Il faut achever le tournage à tout prix. À tout prix, tel est le mot…

Les meilleures volontés commencent aussi à se lasser. Le réalisateur Marshall Neilan, excédé par les interventions incessantes du magnat, finit par claquer la porte. Il est illico remplacé au pied levé par un certain Luther Reed, ancien patron de la rubrique aéronautique du New York Herald Tribune. Quelques jours plus tard, Howard Hughes, la tête chiffonnée, les yeux pochés de fatigue, les cheveux ébouriffés et la mine en vrac, débarque sur le plateau.

— Moi, cette scène, je ne la tournerais pas comme ça…
— Eh bien moi si, rétorque Luther Reed !
— Vous allez donc la tourner tel que je l’entends !
— Si vous vous y entendez si bien, vous n’avez qu’à la tourner vous-même !
— C’est exactement ce que je vais faire. Vous êtes viré…

Le 10 janvier 1930, un véritable ballet aérien se livre à Santa Monica, au sud de la Californie. De mémoire de cinéaste, on n’avait jamais vu un tel déploiement de moyens. Mais cela ne lui suffit pas. Encore plus défait qu’à l’accoutumée, Howard Hughes éructe :

— Je veux que les avions montent le plus haut possible. J’exige qu’ils descendent ensuite en piqué et ne se redressent ensuite qu’à soixante mètres du sol…
— C’est de la folie, du suicide…
— N’importe quel pilote peut faire ça !
— N’importe lequel, peut-être, mais je refuse que l’un des miens risque sa vie pour satisfaire vos petits caprices, menace le responsable des prises de vues aériennes…
— Soit, je le ferai !
— Mais vous êtes fou !
— Non, je ne suis pas fou, rétorque Howard Hughes, je suis seulement le plus grand producteur d’Hollywood et j’entends que cela se sache…

Il rajuste son blouson, enfile un casque à la va-vite et saute dans le cockpit de l’avion en question. Le nabab, pilote accompli, décolle prestement. Arrivé à quatre cent cinquante mètres d’altitude, il plonge vers le sol. Toutes les caméras sont braquées sur l’appareil. Cela promet en effet d’être impressionnant.
Il se rapproche de plus en plus du plancher des vaches. Encore un peu ? Oui, encore un peu, encore un tout petit peu. Là, ça va être bon. En gros plan, car ce plan promet d’être superbe. Il veut maintenant redresser, mais le manche ne répond plus ; pas plus que les volets ou les commandes. Le sol se rapproche dangereusement. Trop tard.

Par miracle, pas une seule victime n’est à déplorer, mais la première réaction des employés d’Howard Hughes est celle-ci : « Nom de Dieu, on vient de perdre notre ticket-restaurant ! »

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