Il y avait quelque chose de pitoyable, presque de pathétique, dans la volonté manifestée par François Hollande de revenir tout de suite dans le jeu après la victoire d’Emmanuel Macron, à laquelle il avait cru moins que tout autre.

Surtout, depuis quelques mois – et le succès de son livre n’y est pas pour rien, avec la confusion qui l’incline à croire que ses lecteurs sont de potentiels électeurs, méprise dont Nicolas Sarkozy avait lui-même pâti -, il mène un combat singulier contre Emmanuel Macron que, paraît-il, il méprise (mais il vit mal de n’avoir pas été invité à l’Élysée !).

Il ne lui pardonne pas, alors qu’il se vantait de n’être pas naïf en politique, d’avoir été floué. Il s’était laissé abuser par des avancées que son “poulain” lui présentait comme socialistes et solidaires alors qu’elles ne servaient que la cause d’Emmanuel Macron. Celui-ci gagnant d’ailleurs haut la main le défi de l’emporter, nouveau et jeune, dans un monde trop usé et convenu.

François Hollande se laisse doucement bercer par l’encens tardif et rétrospectif que d’aucuns déversent sur lui. L’amour de Julie Gayet fait dire à celle-ci que beaucoup de gens “attendent son retour”. Elle sans doute, mais qui d’autre ?

On pourrait sourire, sans la tourner en dérision, de cette énergie indéracinable qui a conduit François Hollande, à peine le temps de se dire qu’il ne serait plus dans la joute présidentielle, à s’y relancer mais sur un mode aigre et vindicatif qui ne l’honore pas. Que n’aurait-il pas dénoncé si Nicolas Sarkozy, vaincu en 2012, s’était montré si rapidement aussi peu élégant envers lui et si peu accordé avec l’esprit républicain qui l’avait élu pour cinq ans !

François Hollande me semble, depuis quelque temps, clairement sorti de la compétition politique normale pour laisser toute sa place à un ressentiment personnel qui l’incite, d’une certaine manière, à ridiculiser la démocratie et donc le pouvoir macronien par contrecoup.

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Je ne peux pas analyser autrement cette plaisanterie qui consiste à suivre le Président à la trace, en signant son livre, par exemple, à soixante kilomètres de Brégançon. À cause de François Hollande, ce qui aurait pu être un retour politique dans la dignité – il l’est, d’ailleurs, si peu qu’il cherche autant à damer le pion au Président qu’à gêner Olivier Faure et le Parti socialiste – est devenu, plutôt, une sorte de course à l’échalote, de suivisme, presque de vaudeville où l’un s’imagine qu’en demeurant à tous points de vue dans les basques de l’autre, il découvrira peut-être ses secrets et pourra, lui aussi, un jour, ressurgir dans la lumière.

On peut déplorer que François Hollande pollue la présidence avec son jeu du chat et de la souris. Qu’il inscrive l’élection d’Emmanuel Macron dans le registre du coup de chance et de la manipulation, et qu’il dégrade, ainsi, ce qu’elle a permis jusqu’à aujourd’hui.

Petit dans son obsession de revanche, François Hollande ne risque-t-il pas, par contagion, d’abaisser son vainqueur en stratégie et en tactique en le mettant par force dans une comédie sans allure ?

Je suis persuadé que l’Élysée est plus qu’exaspéré par ce qui se passe, la meilleure preuve en étant l’apparente sérénité avec laquelle les provocations de François Hollande sont accueillies : celui-ci ne serait pas un sujet ! Quelle manière de dire, au contraire, qu’il en est un, même si on peut tout à fait douter du retour de François Hollande en 2022, et même le juger inconcevable.

Il n’empêche que, maintenant, il est un trublion pervers jouant petit bras obsédé par les bâtons amers et narcissiques qu’il met dans les roues présidentielles.

Pourrait-on rappeler à François Hollande que la démocratie n’est pas un jeu et qu’il gagnerait à faire oublier son passé plutôt qu’à se prêter un avenir ?

16 août 2018

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