Economie - Editoriaux - International - 15 janvier 2019

La relation sino-africaine est-elle viable à long terme ?

La Chine, deuxième économie du monde, est aujourd’hui devenue la première puissance économique étrangère en Afrique. Concernant le commerce extérieur, les volumes échangés s’élevaient à 170 milliards de dollars, en 2017. Pour rappel, un pays comme la France capitalisait 48 milliards de dollars à la même période.

La Chine est le principal bailleur bilatéral pour les infrastructures en Afrique, avec 50 % de parts de marché, selon un récent rapport du cabinet international McKinsey. La Chine seule fait plus, dans ce domaine, que la Banque africaine de développement (BAD), l’Union européenne, la Société financière internationale (IFC), la Banque mondiale et le G8 réunis !

L’empire du Milieu s’est intéressé, jusqu’ici, aux infrastructures, aux matières premières, aux ressources minérales et pétrolières. De plus en plus, il fait de la sécurité son cheval de bataille. Il vient, à cet effet, d’annoncer un financement de 63,9 millions d’euros en faveur de la force conjointe du G5 Sahel, 70,3 millions d’euros pour le dépôt militaire de Douala au Cameroun, et un million d’euros pour la mission de l’Union africaine en Somalie,

Le choix de ces secteurs est fondé par une vision stratégique d’expansion économique et par une volonté de sécuriser ses investissements. Une chose très intéressante dans ce bilan est que, contrairement aux idées reçues tendant à faire penser que les entreprises chinoises s’intéresseraient très peu à l’Afrique, le rapport récent d’un grand cabinet américain a montré que plus de dix mille entreprises chinoises opèrent sur le continent, dont 90 % sont privées. Les entreprises chinoises généreraient 12 % de la production industrielle africaine, estimée à 500 milliards de dollars.

Les concours financiers chinois présentent en général des conditions de prêts douces, souvent concessionnelles, avec des éléments dons parfois importants, des durées, taux et délais de décaissement plus que satisfaisants. L’empire du Milieu, dépourvu de passé colonial en Afrique et observateur dans le mouvement des non-alignés, bénéficie aussi d’une image positive sur le continent noir. Au plan stratégique et géopolitique, la Chine a eu l’intelligence de s’appuyer sur l’Afrique pour construire une solide alternative face aux pays occidentaux à travers les BRICS.

Toutefois, les enjeux et défis sont nombreux.

La qualité des projets financés par la Chine (stades, salles de congrès, infrastructures peu rentables économiquement) laisse à désirer. Cette dernière doit réaliser qu’elle n’a pas intérêt à financer des projets dont l’impact sur la pauvreté n’est pas réel. Elle gagnerait à être plus exigeante sur la destination de ses ressources afin de promouvoir une croissance inclusive capable de promouvoir l’érection d’une classe moyenne forte.

L’Afrique, à son tour, doit être plus exigeante en matière de transfert de technologie. Est-il normal que, près de soixante ans après les indépendances, la Chine continue de construire des stades en Afrique par ses propres entreprises ? Il faut plus de partage d’expérience et de transfert de savoir-faire. Sur ce plan, la politique chinoise en Afrique pourrait être assimilée à une politique de prédation, dès lors qu’elle ne contribue pas à transformer la structure des économies africaines. Mais la faute n’est pas qu’à la Chine. Nos pays et leurs milieux d’affaires ne font pas preuve de capacités et d’initiatives pour canaliser les chances chinoises d’investissement vers les intérêts et priorités de nos économies.

Les deux partenaires devraient aussi veiller au risque de surendettement. La dette publique, en Afrique subsaharienne, représentait 45 % du PIB fin 2017, soit une hausse de 40 % en trois ans. Sur ce total, la Chine apparaît de loin comme le premier créancier.

Les défis liés à la lutte contre la corruption, à la nécessité de mieux coopérer dans le domaine très porteur de l’innovation technologique et de renforcer d’avantage leur coopération monétaire par une meilleure intégration du yuan dans les dispositifs monétaires, doivent être mieux pris en compte. Ce dernier aspect se justifie amplement au regard de l’évolution ascendante des flux d’échanges commerciaux entre la Chine et l’Afrique.

En conclusion, la relation gagnerait à être revue et corrigée sous le sceau de la transparence et de l’efficacité.

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