Editoriaux - Musique - Table - 9 décembre 2017

Johnny

Après plusieurs jours d’hommages en flux tendu et des funérailles à la Victor Hugo, on pourrait croire que tout a été dit sur Johnny Hallyday. Son talent incontestable, la longueur de sa carrière, sa totale générosité en scène et son courage inébranlable face à la maladie, tout cela justifie clairement l’émotion de plusieurs générations de fans. D’autant plus que sa musique a accompagné les émois sentimentaux de la plupart d’entre eux depuis leur adolescence.

Mais au-delà de cette cohorte, cela suffit-il à expliquer le vide ressenti même par ceux qui, comme moi, étaient loin d’être des inconditionnels ? Qui, à ses débuts, rigolaient plutôt de ce faux Américain à paillettes qui tentait laborieusement de singer les déhanchements d’Elvis, tandis que les Beatles réinventaient tout ? Certes, avec le temps, ces sceptiques reconnurent tout de même un incontestable talent à « l’idole des jeunes » quand eux-mêmes ne l’étaient plus tout à fait, mais se levaient toujours pour un slow sur que « Que je t’aime ». Pourquoi ces athées, d’abord passés à l’agnosticisme, se découvrent-ils aujourd’hui presque croyants après la mort du « héros » ?

Parce que pour beaucoup, inconsciemment, Johnny Hallyday était – sans doute avec Alain Delon – l’un des derniers vrais mâles français admis dans le paysage médiatique. Avec ses conquêtes féminines, l’alcool, les clopes, les interminables soirées entre copains, les Harley-Davidson® et les bagnoles qui se foutent des radars ! L’ultime testostérone tolérée dans le PAF à l’heure des féministes rabiques, de la théorie du genre et de l’écriture inclusive…

Gabin, Lino, Brel, Denner, Lanoux, Rochefort nous ont quittés, et Belmondo n’est plus « bankable ». Place à Niney, Gallienne, Canet, Anglade et consorts, tous estimables comédiens, mais qui sont à Ventura et ses amis ce que le sirop d’orgeat est au pur malt, tandis qu’un rôle d’homosexuel est devenu la meilleure garantie d’un César.

Nous sommes arrivés à l’homme idéal postmoderne émasculé décrit par Éric Zemmour dans Le Premier Sexe : « Il s’épile. Il achète des produits de beauté. Il porte des bijoux. Il rêve d’amour éternel. Il croit dur comme fer aux valeurs féminines. Il préfère le compromis à l’autorité et privilégie le dialogue, la tolérance, plutôt que la lutte. L’homme idéal est une vraie femme. Il a rendu les armes. Le poids entre ses jambes est devenu trop lourd. »

Tout le contraire de ce qu’était Johnny, et c’est pour ça qu’il n’a pas fini de nous manquer.

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