Elections italiennes - Italie

Italie : le cheval Union européenne est-il entré dans la Troie populiste ?

Informaticien
 

Emportée par le succès, la Lega a beaucoup exigé, mais renoncé – provisoirement ? – à de nouvelles élections. C’est que les rapports de force sont clairs : si la coalition centre droit pèse 37 % des voix, la Lega dans ses négociations avec M5S ne pouvait se prévaloir que de ses 17 ; ses 32 %, Di Maio les a, et seul.

Jeudi soir, Salvini a jugé qu’il avait assez obtenu et qu’un vote en juillet était risqué ; le vent tournait, les Italiens commençaient à ressentir le besoin d’un gouvernement. Dans la rue, l’inquiétude devenait palpable, car les prêts bancaires italiens sont majoritairement à taux variables, sensibles aux tensions monétaires. Le mensonge médiatique sur une sortie de l’euro a contraint les populistes à une conclusion rapide, de peur d’un retournement en cas d’élections début 2019 ; nuitamment, la Lega a supprimé de sa façade l’immense écriteau « BASTA €URO ».

Le gouvernement italien semble s’équilibrer entre M5S et la Lega, mais en réalité, il est aussi la représentation des divergences au sein des deux camps, allant pour Salvini jusqu’à l’abandon de poste à des berlusconiens. Si l’on ajoute la participation d’anciens ministres socialo-centristes, on se rend compte que le populisme pourrait bien n’être que marginal.

Paolo Savona, pro-européen ne demandant qu’une réorientation des politiques financières de l’Union, n’était qu’un prétexte, plus encore pour Mattarella que pour Salvini ; les flancs du cheval entré dans la Troie récalcitrante sont emplis de guerriers de l’Union européenne comme Enzo Moavero Milanesi (Affaires étrangères), Giovanni Tria (Économie) ou Elisabetta Trenta (Défense).

La Justice est octroyée à M5S, Alfonso Bonafede était prévu à ce poste dans la « squadra ideale » présentée par Di Maio. Avocat, homme patient, très à l’écoute, ce proche de Di Maio aura la tâche, dans la droite ligne idéologique du mouvement social-citoyen, de mettre en œuvre l’opération de « purification » des instances politiques et administratives italiennes. Il est la bête noire des libéraux qui voient en lui poindre le risque d’une judiciarisation de l’Italie sur le mode américain ; c’est d’ailleurs Bonafede qui à introduit une loi pour les actions de groupe. Au fond, il ne dérange que très peu Bruxelles.

Ce n’est pas le cas du ministre de l’Intérieur, Matteo Salvini en personne, dont l’élimination était davantage souhaitée par l’Union européenne que celle de Savona. Le suivi des actions du chef de la Lega s’annonce passionnant, tant ses promesses vont à l’encontre de la doxa mondialiste.

Di Maio, vice-Premier ministre, comme Salvini, chargé du développement économique et du travail, sera tout autant entravé par les contraintes de l’Union européenne ; dans son cas, financières plus qu’idéologiques.

Pour finir, il y a un ministère du Sud, confié à Cinque Stelle afin d’équilibrer celui d’Erica Stefani qui, aux Affaires régionales et à l’autonomie (des régions), fera avancer les choix fédéralistes de l’ancienne Lega.

Le tourisme reste rattaché aux « Biens culturels » : c’est un échec pour Salvini, qui voulait en faire son cheval de bataille ; pourtant c’est Danilo Toninelli, aux Infrastructures, qui pourrait être l’élément déclencheur d’une crise dans ce gouvernement bancal : en effet, il est proche des thèses de décroissance, contre les grands travaux, notamment ferroviaires et autoroutiers.

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