Et si #MeToo avait aussi du bon ?

L’idée d’écrire cet article m’est venue ce matin, en épluchant mon fil d’actualité sur Facebook. Dans un statut émouvant, une camarade patriote expliquait les difficultés qu’éprouvent les femmes ayant subi un viol ou une agression sexuelle à se reconstruire, ainsi que les critiques auxquelles elles font souvent face. Accusées de s’être “laissé faire”, de surjouer leur traumatisme ; objets tour à tour de mépris ou de pitié : cela ajoute au sentiment de culpabilité, de solitude et d’incompréhension qu’elles éprouvent.

Sans nier la réalité de ces difficultés et de ces souffrances, de nombreux commentateurs, dont une majorité d’hommes, ont tenté de les atténuer en arguant par exemple que certains témoignages sont faux, que le féminisme récupère à des fins politiques cette souffrance des femmes violées ou qu’il faut porter plainte au moment des faits et non plusieurs années après…

Des arguments qui ne tiennent pas toujours la route. De faux témoignages ? Il y en a un sur mille ! Et si le féminisme récupère la souffrance de ces femmes, c’est peut-être parce que l’État et la société ont laissé cette cause aux seules féministes, dont les moyens se réduisent au lobbying et à l’activisme revendicatif sur les réseaux sociaux. Il n’y aurait pas eu de #BalanceTonPorc si la justice avait su mettre les coupables hors d’état de nuire. Quant au délai de dépôt de plainte, chaque femme fonctionne différemment et on ne peut calquer notre grille de lecture sur leur psychisme. Pour porter plainte, il faut d’abord que la femme accepte intérieurement qu’elle fut victime du plus horrible des crimes, ce qui peut, pour certaines, nécessiter plus de temps que pour d’autres.

Des réflexions similaires étaient légion lorsqu’a éclaté l’affaire Weinstein. Ces réflexions (qui sont plutôt des réflexes intellectuels) ne partent pas forcément d’une volonté consciente de discréditer les victimes et d’entraver les langues qui se délient. Il faut plutôt y voir la traduction d’un tropisme masculin qui est (ou se persuade d’être) incapable de faire l’effort de comprendre la féminité et les rouages psychiques de la femme. Le fossé intersexuel vient justement de cette incompréhension : des propos ou gestes qui peuvent paraître anodins à notre regard d’homme sont susceptibles de blesser la femme et de la mettre mal à l’aise. L’homme n’est pas un porc par essence, il doit simplement faire cet effort de comprendre l’autre moitié de l’humanité.

Dans les colonnes de ce journal, j’ai été l’un des plus critiques envers le mouvement #MeToo. En effet, le ban et l’arrière-ban de l’antiféminisme militant nous promettaient une vague de suicides chez les hommes faussement accusés et une castration générale de l’homme blanc. Or, six mois plus tard, force est de constater que nous avons toujours nos attributs et qu’aucun suicide n’est à déplorer, puisque seules quelques dizaines de fausses accusations ont été recensées parmi les milliers de témoignages de femmes. Alors, peut-être que, finalement, ça n’est pas si mal quand les femmes parlent en leur propre nom et dévoilent l’étendue de leurs blessures, si ça peut contribuer à diminuer la délinquance sexuelle.

Cet élan de nos sœurs ne doit guère nous effrayer, Messieurs. Que ceux qui se sentent morveux se mouchent. Quant à nous, soyons des gentlemen.

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