Culture - Editoriaux - Presse - 20 avril 2018

Exposition et « en même temps » exhibition

Il fait enfin beau et chaud. Vous avez envie de vous promener, de cueillir des fleurs multicolores dans les champs, les jardins, les sous-bois, d’écouter à nouveau le concert des oiseaux le matin ? Vous êtes prêt à partir deux jours à la mer, à mettre les pieds dans l’eau encore glacée en comptant sur le reflet aveuglant du soleil sur la surface liquide pour vous faire un bronzage express qui fera bisquer de jalousie vos collègues lundi ?

Vous me faites pitié. Ce que vous projetez là est très ordinaire. Le futur Grand Paris a bien mieux pour vous.

D’abord, vous pourrez aller tout nu dans une clairière du bois de Vincennes. Attention, dans la clairière, seulement. Dans le sous-bois, il est interdit de s’arrêter, nous apprend Le Figaro. On se demande pourquoi. La nudité inclinerait-elle au satyrisme ? Seule l’Église le prétendait, et elle n’ose même plus.

Ensuite, toujours plus haut, toujours plus fort, nouveauté absolue et croustillante à souhait : vous pourrez aller visiter une expo tout nu. Oui, une expo et « en même temps » une exhibition. Trop cool. Vous pourrez regarder les objets et les corps pareillement exposés, et passer de l’un à l’autre dans une jouissance qu’on peine à imaginer. « La jouissance, c’est de faire ou d’avoir quelque chose qui ne soit pas donné à tout le monde », a dit Picasso.

Alors merci ! Merci au palais de Tokyo qui ouvre ses portes le 5 mai aux « naturistes et amateurs d’art » (les deux ensemble, notez bien : habillé et amateur d’art, ce jour-là, c’est interdit).

L’exposition, qui a un titre poétique à souhait (« Discorde, fille de la nuit »), sera ouverte à ceux qui cochent les deux cases – nu et amateur d’art, vous suivez, j’espère – gratuitement et « en dehors des horaires habituels ».

Ouf, on a eu peur. Imaginez des mères de famille qui, elles, auraient payé leur entrée, obligées de quitter précipitamment le palais avec une ribambelle d’enfants effrayés. Ou des hommes enjambant au péril de leur vie les barrières pour voir de plus près une naïade aux seins de rêve !

Mais deux précautions valent mieux qu’une. Non seulement le palais sera fermé au public, mais il y aura un surveillant de service, qui portera le beau nom de « médiateur culturel ». Espérons qu’il est prévu dans son contrat une clause de nudité obligatoire pour ce jour-là. Sinon, à quoi ça sert que m’sieur Michu, il se déshabille ?

Hélas, vous ne pourrez pas vérifier ce point primordial car, nous apprend Le Figaro, « les places disponibles en ligne se sont écoulées en moins de deux jours ».

Catastrophe ! Vous ne pourrez pas assister à cette grande première, à cette expérience « d’ouverture » inédite !

Et, trois fois hélas, dès le lendemain, à l’inverse de Cendrillon qui perd ses atours, « le palais de Tokyo redeviendra textile », comme dit Dolores Gonzales, l’attachée de presse.

Alors, pour vous consoler, et pour ne pas perdre ce qui semble être un droit naturel pour naturistes (la gratuité), vous pourrez aller, non pas une fois, mais tous les jours jusqu’au 15 octobre au bois de Vincennes, na ! Comme les animaux du zoo tout proche, vous pourrez exhiber l’intégralité de vos surfaces pileuses, de 8 h 30 à 19 h 30 sans rien payer, sur 7.300 m2 réservés à vous seuls, entre l’allée Royale et la route Dauphine. Royal, en effet. Ce privilège a été proposé au Conseil de Paris par le groupe des Verts en 2016, et voté.

Si « la République ne salarie et ne subventionne aucun culte », elle subventionne au moins – et généreusement- celui du corps.

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