Editoriaux - Société - 29 août 2018

Enfin s’achèvent les vacances. Trop longues ?

Tous les ans, depuis ce qui me paraît des siècles, resurgit le même serpent de mer : cette fois, dans Le Parisien du 23 août. Les enfants ont trop de vacances, pendant l’année, et surtout l’été.

Si seulement ces chers petits étaient gardés, qu’on leur proposait des occupations peu coûteuses, éventuellement culturelles, plus souvent sportives, alors les vacances passeraient mieux. Imagine-t-on combien il est difficile, pour des parents qui travaillent, de faire garder les enfants, quand on ne peut recourir aux grands-parents et que les budgets ne permettent pas de pallier ce manque ? Grands-parents qui, eux-mêmes, se plaignent parfois d’être « exploités » quand beaucoup d’autres de leurs contemporains pleurent de n’avoir pas de petits-enfants ou d’en être séparés par la décomposition des familles. Et pour peu que, dans l’article, ne soient évoquées que les vacances des élèves, les commentaires pleuvent pour incriminer les enseignants, ces fainéants qui, en plus, se plaignent et même voudraient gagner plus. Pourquoi ont-ils les mêmes congés que les élèves ? Pourquoi ne les emploie-t-on pas ? Tiens, par exemple, à les garder, les sortir, les promener, faire du rattrapage, pourquoi pas nettoyer les locaux ; là, j’exagère, mais pas loin.

De fait, la France, comparée à d’autres pays développés, offre beaucoup de vacances aux enfants et adolescents, et il est probable que l’on pourrait, sans inconvénient pour eux, raccourcir les congés, au risque, toutefois, de mécontenter toute la filière touristique attachée au système des zones qui permet une occupation optimale des installations. Il faudrait, d’abord, éviter que, dans beaucoup d’établissements, la tenue des examens n’oblige à libérer des classes une dizaine de jours avant la date officielle de clôture de l’année scolaire.

Mais au-delà des raisons familiales, il faut découpler la question des vacances du problème majeur que nous affrontons : la baisse du niveau de l’enseignement français. La durée des congés a beaucoup varié, mais à certaines périodes, elle était proche de la nôtre et le niveau était excellent. À quoi bon maintenir en classe des enfants qui s’ennuient, qui n’apprennent pas grand-chose, incapables, en 3e, d’opérations, dictées, interrogations d’histoire ou géographie que des enfants de CM2 réussissaient naguère ? Et qu’on n’aille pas objecter qu’en revanche, ils brillent sur leurs ordinateurs, bien mieux que leurs parents, et qu’il y ait Internet, car sans repères, des connaissances éclatées ne sont rien. La faute des profs ? Ils font ce qu’on leur dit de faire (on = instructions ministérielles, programmes, inspection) et, d’ailleurs, vacances ou pas vacances, ils n’ont plus envie de le faire. Dans un article de juin 2018, Le Monde titrait : « Le métier d’enseignant ne fait plus rêver. » Faute d’un nombre suffisant de candidats aux concours de recrutement de professeurs, plusieurs académies comptent moins d’admissibles que de postes disponibles.

Les enseignants, quel que soit le niveau, gagnent moins que la plupart de leurs collègues européens, ils sont méprisés, considérés comme responsables de ce qui ne va pas, maltraités par élèves et familles dans certains quartiers, traités de profiteurs pour leurs vacances, conscients de leurs propres faiblesses, et peut-être même, aujourd’hui, conscients que leur idéologie, depuis 68 et sans doute avant, les a menés, a mené les enfants et la France dans le mur. Alors, ils regardent ailleurs et détournent leur propre progéniture d’un métier qu’ils voudraient ne plus faire.

Le problème des vacances existe, soit, mais il s’agit d’abord de la vacance des solutions pour remettre la France au niveau. Chantier titanesque, dont le ministre Jean-Michel Blanquer était conscient en offrant aux élèves de CM2 les Fables de La Fontaine :
« Mais le père fut sage
De leur montrer avant sa mort
Que le travail est un trésor. »

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