Audio - Editoriaux - Entretiens - Politique - 26 janvier 2019

Emmanuelle Ménard : « Cette commission est un gag ! »

Emmanuelle Ménard, députée de l’Hérault, réagit au micro de Boulevard Voltaire sur la création d’une commission d’enquête parlementaire sur les violences liées aux groupuscules d’extrême droite et sur le choix, pour la présider, d’une députée de La France insoumise : « Un gage parfait d’impartialité ! », souligne-t-elle avec une ironie amusée.

Une commission d’enquête parlementaire a été créée aujourd’hui sur les violences liées aux groupuscules d’extrême droite. Cette commission est présidée par une députée de La France insoumise. Que pensez-vous de la pertinence de cette commission ?

J’avais déjà eu l’occasion de m’exprimer là-dessus en commission des lois. L’intitulé de la commission d’enquête est ridicule. J’avais proposé que s’il y avait une commission d’enquête sur les groupuscules violents, il fallait bien évidemment que ce soit sans aucune distinction d’appartenance politique. Je ne vois pas pourquoi il y aurait davantage de violences du côté de l’extrême droite. Je ne cautionne évidemment aucun groupe lorsqu’ils sont violents et dangereux. Mais je ne crois pas que la violence soit l’apanage de l’extrême droite. On l’a malheureusement vu à l’œuvre à maintes reprises, et notamment l’année dernière lors de manifestations. Les Black Blocs, par exemple, sont plutôt situés à l’extrême gauche qu’à l’extrême droite.
Vous me posiez la question de la personnalité de la présidente de cette commission. Je préfère en rire… Je connais Muriel Ressiguier, puisqu’elle est députée France insoumise de l’Hérault.
Choisir La France insoumise pour présider la commission d’enquête sur des violences commises par les groupuscules d’extrême droite… Quel gage d’impartialité ! Je ne doute pas qu’elle fera preuve d’une absolue neutralité et d’une objectivité à toute épreuve.

Monsieur M’jid El Guerrab, l’ancien député de La République en marche et désormais non-inscrit, s’était fait connaître après avoir donné de violents coups de casque à un membre du Parti socialiste. Que pensez-vous de sa présence dans cette commission ?

Monsieur M’jid El Guerrab n’est plus député non inscrit. Il a rejoint le 8e groupe à l’Assemblée, Libertés et Territoires. Au moins, ils ont choisi un spécialiste de la violence en leur sein. Au moins, quelqu’un saura de quoi on parle dans cette commission.
C’est tellement ridicule et tellement cousu de fils blanc que je suis obligée de le prendre à la dérision.
Je le répète, je ne cautionne absolument pas ces groupuscules, quels qu’ils soient, de l’extrême droite, de l’extrême gauche – ou du centre, d’ailleurs, pourquoi pas. Cette commission est un gag !
S’il y avait un peu de sérieux, on aurait créé une commission sur les groupuscules violents et non sur les groupuscules violents liés à un parti politique ou à une situation sur l’échiquier politique. Cela n’a aucun intérêt.
Grâce à monsieur Macron, nous étions entrés dans le nouveau monde. Et la distinction entre la droite et la gauche était maintenant terminée. Apparemment, ce n’est pas le cas quand ça les arrange.

Ne pensez-vous pas que le fait que ce groupe soit présidé par un député France insoumise, parti dont certains membres ont des liens troubles avec des groupuscules violents d’extrême gauche, risque de poser un problème déontologique ?

Ce n’est pas un problème de déontologie mais un problème de crédibilité. Le fait que cette commission d’enquête soit présidée par une députée de La France insoumise enlève de facto toute crédibilité à ladite commission. C’est, évidemment, un signe et un gage de partialité dès le premier mot posé sur le papier de cette commission d’enquête. Rien que son objet devient partial. C’est pour cela que je préfère en rire. Malheureusement, eux le prennent très au sérieux. Je n’ose pas imaginer les conclusions auxquelles ils arriveront. Même si, depuis quelques années, on ne doit pas faire d’amalgames, je pense que quelques amalgames seront faits, notamment avec des mouvances du type La Manif pour tous. Je serais très étonnée du contraire.

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