Editoriaux - People - 26 janvier 2019

La statue de Johnny sur le parvis de la Madeleine ? Pitié, pas ça !

Les très vieilles dames extravagantes sont généralement charmantes. Quand elles sont, en plus, très riches et pensent que le monde doit céder à leurs caprices, ça peut devenir compliqué… Malgré l’âge, elles ont encore le bras long et personne n’ose leur dire non.

La très vieille dame en question s’appelle Bernadette Servan-Schreiber. Elle affiche 90 printemps, est la sœur des illustres Jean-Jacques et Jean-Louis, la tante ou la belle-sœur de quelques autres célébrités…

Le 13 janvier dernier, Le Figaro est convié à un raout très mondain chez Bernadette. Elle a rassemblé « ses amis ambassadeurs et sommités du monde de l’art et du patrimoine » pour une galette des rois particulière. Si les rois du Tout-Paris sont en effet invités à manger la galette, ils vont devoir aussi en lâcher : « Je reçois le gratin, cela aidera à la cause », dit-elle au journaliste. Et sa cause, c’est l’installation d’une statue monumentale de Johnny Hallyday dans le cœur de Paris.

L’idée lui est venue, dit-elle, après qu’elle eut reçu un ticket VIP pour la première des messes mensuelles en hommage au chanteur. Elle ne connaissait pas Johnny Hallyday. Faut-il alors croire qu’on est “invité” à la messe comme aux cocktails mondains ?

Pour le premier anniversaire, rapporte Le Figaro, elle distribue aux fans rassemblés dans l’église 2.000 cartes postales sur lesquelles on lit : « Le sculpteur Alexeï Blagovestnov a réalisé, en Plastiline®, la sculpture monumentale dédiée à Johnny Hallyday, qui devra être coulée en bronze par la Fonderie de Coubertin. Elle est destinée à être placée dans le lieu qui lui sera attribué par la mairie de Paris. Pour recevoir les informations concernant ce projet, renvoyez ce questionnaire à… »

Vous noterez qu’il n’y a, là-dedans, aucune place pour le doute. Le sculpteur moscovite est le mari d’une amie et la mairie de Paris n’a rien à refuser au clan Servan-Schreiber. L’avis des Parisiens ? On s’en fout. On veut bien nous imposer les tulipes de Jeff Koons, alors pourquoi pas Johnny Hallyday sur sa Harley-Davidson. Et puis, le sculpteur a des arguments de poids : certes, sa statue (4 m de long sur 2 m de haut) pèse 1,5 tonne, mais on ne peut rien reprocher à son œuvre : « Je me suis inspiré de la descente de croix de Caravage au Vatican. Johnny est le prophète qui a ressuscité des morts. Il reste à vivre pour toujours en bronze. »

Voilà, voilà…

Qui va financer le monstre ?

Madame Bernadette comptait sur vous et moi. Indirectement d’abord, puisqu’elle est allée solliciter Brigitte Macron et Françoise Nyssen, alors ministre de la Culture. Elles lui ont aimablement répondu ne pas avoir les fonds pour. Qu’à cela ne tienne, tapons les Français à la poche. La mode est aux cagnottes, les fans donneront. Et si ça ne suffit pas, on fera passer le chapeau sur les ronds-points.

C’est le sacristain qui fait l’entremetteur entre la dame des beaux quartiers et les fans d’entre les fans. « Entre l’héritière Servan-Schreiber, Alex en blouson de cuir rouge et noir et Chantal, avec son bonnet “Que je t’aime”, le trio est improbable. Seule Chantal est séduite. Elle n’a manqué aucun concert de son idole depuis 1964. Et depuis la mort de Johnny, elle a perdu sept kilos ! » dit Le Figaro.

Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime, parole d’Évangile, alors dans ce gloubi-boulga catholico-hystérique, Chantal est assurément la bonne personne.

Une fois réglée la question du financement, reste à trouver l’emplacement pour le Caravage en Harley. Le sculpteur voulait l’installer dans l’église de la Madeleine. Tout de même, le curé qui fait jouer aux grandes orgues « Retiens la nuit » pendant l’eucharistie ou « J’ai oublié de vivre » pendant la communion a un haut-le-cœur. Sur le parvis, alors ?

La mairie du VIIIe lui a dit non. Trop lourd.

Mais, au fait : les Servan-Schreiber ne doivent pas manquer de terrain ?

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