Editoriaux - Politique - 1 octobre 2018

Emmanuel Macron m’inquiète…

Aujourd’hui, il m’inquiète. Un parfum suspect d’abus régaliens.

Je perçois surtout dans les attitudes d’Emmanuel Macron des pratiques de rupture et aussi des fluctuations, évolutions ou contradictions d’un caractère qui, durant plus d’un an, avait su tenir une ligne et faire preuve d’une maîtrise dont on a la nostalgie.

Mais quelle dérive qui fait surgir un Emmanuel Macron si peu conforme à l’image positive qu’il avait pourtant cultivée avec talent et obstination au début de son quinquennat !

Cet être qu’on imaginait solide, calme, méthodique, ancré dans un dessein à long terme pour la France, se révèle tout de culbutes, d’un pragmatisme adapté au fil du temps et aux récriminations, démagogique dans la mesure où il répond à l’humeur des citoyens. Les voltes brutales se multiplient et elles ne sont inspirées que par l’écoute au jour le jour des doléances et des adhésions. Une présidence à la godille plus qu’à la corbeille !

La parole rare avec les journalistes est devenue profuse. Confronté aux sondages en berne qui ne démontrent pourtant pas de manière infaillible l’imperfection de sa politique, il en tient compte, affirme qu’il va écouter les citoyens et son arrogance peut-être prétendue se métamorphose en une navrante promiscuité démocratique.

Il passe d’une page à l’autre et c’est si vite fait, si ostensible, que cela ne renvoie jamais à l’idée d’un projet global qui se traduirait avec résolution et cohérence. On tape sur les retraités puis on les flatte. On favorise les riches puis on se souvient des pauvres. On célèbre la mémoire du communiste Maurice Audin ayant servi la cause du FLN puis on se penche sur les harkis. On oscille d’une erreur à un rattrapage mais sans que la société soit assurée de la pertinence de ces contrastes plus improvisés que réfléchis. Le discours de la méthode est bien loin qui promettait méthode pour le discours et pour l’action.

On accomplit, sur le plan judiciaire, des inquisitions qui révèlent une indifférence totale à l’égard d’une conception classique de l’État de droit et des légitimes limites du pouvoir régalien.

On a eu, parfois, des paroles rudes mais signifiantes pour dire la vérité aux Français, mais on tombe de plus en plus souvent dans une vulgarité insupportable chez une personnalité comme la sienne qui laissait tout espérer, sauf ce verbe et ces comportements.

Est-il inconcevable, pour fuir l’accusation d’arrogance et de distance, de ne pas passer d’un seul coup de ces séquences que, pour ma part, j’ai souvent défendues, à une hystérisation du contact populaire qui, de manière inquiétante, nous montre un Président hors de lui-même encadré par deux torses nus et, si j’ose dire, par un doigt d’honneur ? Adressé à qui ? À la France, aux Français, au Président ?

Serait-il impossible qu’Emmanuel Macron, pourtant si inventif et argumenté quand il s’en donne la peine, sorte d’un propos monomaniaque sur les progressistes confortablement opposés aux populistes – le bien contre le mal sans l’ombre d’une démonstration et malgré l’aval des peuples concernés – et sur le Rassemblement national qui ne serait pas le « peuple » alors que lui aimerait tous les enfants de la République ? Je me demande si, à la longue, beaucoup de citoyens n’en auront pas assez de ces pétitions de principe qui proclament acquises des évidences jamais prouvées.

On n’attend pas du Président qu’il soit un prix de vertu, sauf transgressions pénales à condamner, mais une personnalité qui nous rassure, nous fasse honneur, tienne avec constance, énergie et stabilité un cap. Qu’Emmanuel Macron revienne vite aux sources !

Je ne voudrais pas, à cause de ce qu’il laisse apparaître depuis quelques mois sur beaucoup de registres, qu’on soit incité à regretter Nicolas Sarkozy dont la délicatesse n’était pas le fort !

Extrait de : Justice au Singulier
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