Emmanuel Macron : fin de l’innocence ou début de la rouerie ?

« Macron président, la fin de l’innocence », le documentaire diffusé ce lundi dernier sur France 3, n’a rien à voir avec de la « communication », assure le principal intéressé : « C’est de la politique ! »

De la « politique », les commentateurs des principaux médias en ont assez peu fait le lendemain, se contentant de se focaliser sur cette seule phrase opposant l’attitude du lieutenant-colonel Arnaud Beltrame à celle « des gens qui pensent que, en quelque sorte, le summum de la lutte, c’est les cinquante euros d’APL ».

Pour éventuellement maladroite qu’elle soit, cette sortie méritait-elle de monopoliser le débat ? À croire que la commission qui délivre les cartes de presse est présidée par Raquel Garrido et que les journalistes en question étaient pressés de profiter des ponts du mois de mai.

Car, lors de cette émission, même à forte tonalité hagiographique, Emmanuel Macron a bel et bien fait de la « politique », parfois même à haut niveau. Lorsque, par exemple, il évoque le vide de notre société, cause d’impuissance face à de jeunes djihadistes qui, eux, développent un idéal assez fort pour donner à la fois raison de vivre et de mourir – c’est précisément là qu’il évoque la mémoire du gendarme Beltrame –, il touche juste.

Pareillement, le simple fait d’évoquer « le tressage du temporel et de l’intemporel qui fait partie de notre pays », ce château de Versailles, où il invite Vladimir Poutine, « lieu de toute l’Histoire de France » et symbole d’une « histoire commune qui enracine nos pays dans quelque chose de plus important que les contingences du moment », ne peut qu’agréablement sonner à nombre d’oreilles.

Seulement voilà, lorsque Emmanuel Macron en appelle à une certaine forme de transcendance, est-il raisonnablement possible de lui faire crédit ? Bref, sa « politique » n’est-elle pas seulement une forme de « communication » plus finaude et plus aboutie ?

Laquelle permettrait, en même temps, d’en appeler aux mannes du passé pour sacrifier au « bougisme » ambiant, en matières familiale et fiscale, par exemple ? C’est ainsi sous son début de règne que la famille, pourtant fondement et donnée invariable de toute société digne de ce nom, est encore plus attaquée de toutes parts, de PMA en GPA. C’est aussi l’ISF, impôt supprimé pour ceux qui investissent leur argent dans des affaires souvent internationales, mais maintenu pour les biens immobiliers : soit la résidence secondaire, modeste ou non, qui permet à ces mêmes familles de se rassembler toutes générations confondues.

Ce qui fait dire à Marine Le Pen, non sans raison : « Fiscalement, une ultra-minorité de Français, ceux qui n’avaient pas besoin d’être aidés, ont été très lourdement aidés, tandis que les classes populaires et les classes moyennes se sont retrouvées à nouveau avec un poids fiscal pesant sur eux et qui, pour certains, est insupportable. »

On peut y voir un choix de société, un choix politique parfaitement logique pour qui considère la France comme une start-up. Et le fait que ce choix favorisant manifestement « ceux qui ont réussi » par rapport à « ceux qui ne sont rien » puisse s’articuler autour d’une rhétorique aux accents « traditionalistes », propres à berner les naïfs, peut légitimement amener à penser qu’Emmanuel Macron, parce qu’intelligent, est autrement plus dangereux que ses prédécesseurs qui, eux, poursuivaient les mêmes objectifs mortifères, mais avec une balourdise des plus confondantes. Comme quoi ces nigauds, même hauts placés, ne présentaient pas que des inconvénients.

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