Editoriaux - Politique - Réflexions - 3 mars 2019

« Droite républicaine » : la fin d’un mythe

Laurent Wauquiez – le président du parti Les Républicains – dit « chiche », du Salon de l’agriculture, à son ancien collègue de l’UMP Édouard Philippe – qui est devenu, depuis, le Premier ministre de la Macronie – concernant son idée d’instaurer des « contreparties » aux aides sociales (le vendredi 15 février, dans le Finistère). Le président de la région Auvergne-Rhône-Alpes a, en effet, déclaré : « Depuis huit ans, je me bats pour que des heures de travaux d’intérêt général soient réalisées en contrepartie du revenu de solidarité active. Ça me fait sourire que le Premier ministre l’ait reprise. » Wauquiez avait dénoncé, en mai 2011, « le cancer de l’assistanat » consubstantiel à la France. Il était sous-entendu que ce « fléau » serait une des principales causes du chômage de masse depuis 1983. Alors doit s’imposer progressivement une lame de fond médiatico-politique favorable à l’impôt universel, voire à l’allocation universelle.

Le gaullisme (social) est bel et bien mort. Il n’y a plus une feuille de papier à cigarette entre le « libéralisme de droite » et le « sociétalisme de gauche ». De fait, cette alliance politique prône une précarisation accélérée de l’individu sans qualification, ou de celui qui est trop érudit pour être informaticien ou boursicoteur. Le Président Macron est clairement un Thatcher avec plus d’arrogance : il entend multiplier les emplois à six cents euros. Comment ne pas penser, ici, aux réformes Hartz menées par Gerhard Schröder en Allemagne dès 2003 ? Bien qu’obliger le bénéficiaire du RSA à accomplir des travaux d’intérêt général comporte quelque chose de louable, il n’en demeure pas moins qu’aucun des emplois concernés ne peut déboucher sur un contrat à durée indéterminée. Enfin, ce n’est pas seulement le travailleur qui est appelé à disparaître, mais d’abord le travail lui-même.

Quel est le système politique qui prône le tri entre les techno-scientistes et les affairistes, d’un côté, puis les intellectuels et les travailleurs, de l’autre, si ce n’est le libéralisme économico-financier ? En outre, la loi « anti-casseurs », imaginée initialement par le sénateur LR Bruno Retailleau en mai 2018, a été recyclée par le parti quasi unique à l’Assemblée nationale pour en faire un symbole de la nouvelle autorité de l’actuel chef de l’État. D’ailleurs, cet enfant roi ne pouvait se retenir d’en remettre une couche en rendant les gilets jaunes « complices du pire«  concernant les débordements en marge de leurs manifestations (le 26 février). Par machiavélisme, ce parti « de l’ordre » n’arrête ni les Black Blocs ni les islamo-gauchistes – autrement dit, les vrais responsables de ces violences.

Il n’est donc pas étonnant que Macron ait, à force de caresser dans le sens du poil la droite libérale, regonflé sa cote de popularité (39 %, soit 4 points de plus qu’en janvier). Tel est le cynisme d’une classe sociale qui ne considère que ses petits intérêts, et ce, au détriment de l’intérêt général. Telle est, aussi, l’expression du mépris de classe de ces foulards rouges qui défilaient à Paris, le 19 janvier dernier. Dans tous les cas, la « droite républicaine » perd chacune de ses cibles sociologiques. Alors, qui incarnera, à terme, les camps et national et social tant caricaturés par les médias de masse ? Parce que, tant que ce vide subsistera, la Macronie pourra s’étendre durablement, c’est-à-dire bien au-delà de deux mandats présidentiels.

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