Editoriaux - People - Politique - Tribune - 19 juillet 2018

Affaire Benalla, question de confiance : Emmanuel Macron savait-il ?

Il y a tout juste un an, dans la foulée de l’élection d’Emmanuel Macron, l’Assemblée nationale discutait des projets de loi baptisés « pour la confiance dans la vie politique ». Ce qu’on avait appelé, durant la campagne, la « moralisation de la vie publique » ou « de la vie politique ». Mais moralisation, ça faisait un peu ringard, père la vertu, « Mouche ton nez, dis bonjour au monsieur », bref, morale à deux balles. Alors, on avait trouvé le mot « confiance ». Au fond, la morale n’a rien à faire en politique, à partir du moment où c’est légal : c’est, en gros, ce que disait Richard Ferrand lorsqu’on lui reprochait d’avoir favorisé une personne de sa connaissance à l’époque où il émargeait dans les mutuelles.

Cette moralisation – pardon : ce rétablissement – de la confiance dans la vie politique, alpha et oméga du ralliement de François Bayrou, recordman de la plus courte durée à la garde des Sceaux sous la Ve République, était la pierre angulaire de cette nouvelle France qu’allait nous construire Emmanuel Macron. Aurore Bergé, députée LREM, passée par presque toutes les nuances de l’UMP, montait à la tribune de l’Assemblée et sur ses talons pour invoquer, lyrique, Mirabeau, qui pourtant n’était pas un parangon de vertu : « Loin de redouter, invoquons sans cesse le contrôle universel. C’est la sentinelle incorruptible de la patrie. » Et l’on accoucha d’une loi qui coupe les cheveux en quatre, interdisant à un député d’embaucher son épouse, son fils ou sa mère – pas sa maîtresse ou l’épouse de son petit copain -, bref, une loi qui ne casse pas trois pattes à un canard cul-de-jatte. Et, pendant ce temps, on se tordait les neurones à l’Élysée pour trouver le moyen de donner un statut à Madame, qui n’a jamais été que l’élue de son cœur et des magazines people.

Un an a passé. La confiance s’effrite un tantinet, si l’on en croit les sondages, et l’on commence à se poser des questions sur celle qu’accorde le Président à certains de ses proches. En vrac et, évidemment, sans tout mélanger : un secrétaire général de l’Élysée, Alexis Kohler, sur lequel le parquet financier ouvre, en juin, une enquête pour « prise illégale d’intérêts » et « trafic d’intérêt », un ancien garde du corps, Makao, qui fait la fête avec Jawad, l’hébergeur des terroristes du 13 novembre, et, deux jours avant, était l’invité du Palais. Ce même Makao qui racontait à La Nouvelle République, en mars dernier, que c’est Benalla qui l’avait contacté. La confiance semblait avoir été immédiate. Et, aujourd’hui, le dénommé Alexandre Benalla, chargé de mission dans le domaine de la sécurité au cabinet du président de la République, à qui l’on reproche de s’être défoulé sur un manifestant, brassard de police à la manche, le 1er mai dernier à Paris. La pression du travail en cabinet, peut-être : il paraît que, dans les ministères, on frôlait le burn out à la fin du printemps.

Et l’opposition, de droite comme de gauche, s’empare à raison de l’affaire. Le directeur de cabinet, très proche collaborateur du Président, était au courant puisqu’il a sanctionné Benalla de quinze jours de mise à pied (sanction purement professionnelle). Or, la loi impose à « toute autorité constituée, tout officier public ou fonctionnaire qui, dans l’exercice de ses fonctions, acquiert la connaissance d’un crime ou d’un délit […] d’en donner avis sans délai au procureur de la République… » Ce que le directeur de cabinet s’est gardé de faire, semble-t-il, et l’on ne nous fera pas croire que tabasser un manifestant en portant illégalement un brassard de police relève de la simple contravention ! La question (de confiance) qui vient immédiatement alors à l’esprit : le Président, pénalement irresponsable durant l’exercice de son mandat, était-il au courant ?

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