Décidément, ils ne vont pas le lâcher ! C’est ce qu’on doit se dire, à l’Élysée ou dans les rangs serrés de La en marche. « Ils », pour les journalistes du Canard enchaîné. « Le » pour le très furtif ministre de la Cohésion des territoires, j’ai nommé , qui semble, selon les révélations toutes fraîches de ce jour, avoir un sens assez poussé de la cohésion…

En effet, la compagne de Richard Ferrand, alors encore étudiante et âgée de 25 ans, aurait été embauchée en 2000 aux Mutuelles de Bretagne à un poste de directrice du personnel. La valeur n’attend pas le nombre des années, comme chacun sait. À cela se serait en outre ajouté un petit plus : un « petit job » au domaine de Trévarez, un château géré par un comité d’animation présidé à l’époque par… Richard Ferrand, conseiller général du Finistère. Au total, la jeune femme aurait empoché environ 80.000 euros, si l’on additionne les sommes versées par la mutuelle et le conseil général.

Réaction cinglante de « l’entourage de Richard Ferrand » : “En dépit d’une présentation arrangée et orientée à dessein, il n’est fait état de strictement aucune forme d’illégalité dans cet article. Par conséquent, il n’y a rien à commenter. Seule la loi doit primer, l’État de droit, rien que l’État de droit, pas un pseudo-ordre moral.” En gros, et pour faire court : circulez, y a rien à voir !

Donc, comme il n’y a rien à commenter dans les faits et gestes relatés par Le Canard, nous nous contenterons de commenter le commentaire de « l’entourage de Richard Ferrand ».

Tout d’abord, donc : le fait de dire qu’“il n’est fait état de strictement aucune forme d’illégalité”, c’est déjà implicitement reconnaître la réalité des faits. Sans commentaires, donc…

Ensuite, de quel droit se permet-on de déclarer qu’il n’y a rien à commenter, à partir du moment où les faits en cause n’ont rien de confidentiel et sont de notoriété publique ? Et, après tout, si on a envie de dire que c’est drôlement chic et généreux de la part d’un brave homme dans la force de l’âge de faire embaucher sa jeune compagne, sa maîtresse ou qui sais-je encore afin de lui donner toutes ses chances à l’aube de sa vie professionnelle ! On n’aurait pas le droit de le dire ?

On notera aussi l’argument massue et sans appel de « l’entourage » du ministre éphémère : c’est légal ! Un argument que l’on commence à bien connaître. Et pour délégitimer, ringardiser les attaques sur ce terrain moral, décidément bien marécageux, on sort l’épouvantail à bobos post-soixante-huitards : ce fameux « ordre moral », affublé du préfixe stigmatisant « pseudo ». Le fin du fin eût été, bien évidemment, d’ajouter « autoproclamé » et, brochant sur le tout, l’irremplaçable expression « nous rappelant les pires heures de notre ». Ce sera pour la prochaine fois, n’en doutons point…

Mais, au fond, qu’est-ce que la morale dans la vie publique, en ? D’aucuns diront que la morale et la politique ne font pas bon ménage. Et pourtant, il existe bien une Académie des sciences morales et politiques !

Richard Ferrand, plus pragmatique que philosophe, nous donne lui-même un début de réponse à ce vaste débat. Sur son site pour la législative, il mettait en tête des dix bonnes raisons de voter pour lui cette fameuse moralisation de la vie politique : “Nous moraliserons la vie politique en interdisant aux députés d’embaucher des membres de leur , de mener des activités de conseil et de cumuler plus de 3 mandats identiques successifs.” Si c’est ça, moraliser la vie politique, alors… Au fait, au nom de quel pseudo-ordre moral ? Celui fixé par Jupiter, peut-être !

28 juin 2017

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