Le statut de la première dame ne sera donc pas défini par un texte ayant force de loi ou découlant de la loi. On le savait depuis plus d’une semaine. L’affaire était d’ailleurs bien mal engagée après un débat chaotique sur la loi de moralisation de la vie publique et une pétition qui a eu un succès médiatique immédiat. Mais la confirmation nous est donnée par la première dame elle-même dans l’interview qu’elle a octroyée au magazine Elle, ce qui ne manque pas de sel quand on y songe un peu.

Ainsi, en France aujourd’hui, quand on veut donner un peu de noblesse à un texte qui ne pourra pas être une loi, un décret, un arrêté ni même une circulaire, on extirpe du bon vieux temps un mot qui a une autre gueule tout de même que le terme, par exemple, de « règlement intérieur » qui, lui, fait un peu tristounet, genre papier mal torché par un sous-chef de bureau et planté avec trois punaises – parce qu’on n’en a trouvé que trois dans le tiroir du bureau deux caissons – près de la machine à café, là où on est certain de toucher tout le monde. Une charte !

Grandeur et décadence d’un mot qui connut tout de même ses heures de gloire. Car qu’est-ce qu’une charte, à l’origine ? C’est un document officiel, un acte authentique qui reconnaît des droits, des privilèges – c’est-à-dire des droits particuliers – à des personnes, des collectivités. On connaît, bien sûr, la Grande Charte accordée en 1215 par Jean sans Terre – il est vrai sous la pression de ses barons – et que l’on considère comme étant le point de départ de la longue évolution du royaume d’Angleterre vers le parlementarisme et la démocratie. Dans cette charte, un article fondamental concerne notamment l’impôt : le roi ne peut lever de nouvel impôt sans l’accord d’un Grand Conseil.

À noter que la charte est, à l’origine, une concession faite par un souverain, un seigneur, à la différence de la loi qui, elle, est “l’expression de la volonté générale”, si l’on s’en tient à l’article 6 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Du reste, à la Restauration, Louis XVIII ne promulgua pas une Constitution ; il « octroya » une charte pour maintenir la fiction d’un pouvoir qui, de fait, ne serait jamais plus absolu. “La divine Providence, en nous rappelant dans nos États après une longue absence, nous a imposé de grandes obligations… Une Charte constitutionnelle était sollicitée par l’état actuel du royaume, nous l’avons promise, et nous la publions.” Comme le soulignait Bainville dans son Histoire de France, “ainsi le principe monarchique était sauf”

Les Nations unies s’emparèrent, par la suite, de ce mot de charte (charter, en anglais), sans doute sous le tropisme anglo-saxon, pour qualifier le traité de San Francisco qui fixa, en 1945, les principes et les buts des Nations unies. Depuis, la charte a fait des petits. Ainsi, la Charte internationale des droits de l’homme regroupe la Déclaration universelle des droits de l’homme, le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels, le Pacte international relatif aux droits civils et politiques.

Et puis la charte a fini par déroger et se perdre dans les minuscules, parfois même le ridicule. Jusqu’à la charte graphique !

Donc, nous aurons bientôt une “charte de transparence”, comme vient de le préciser qui est tout, sauf transparente. M. Macron pourra reprendre les mots de Louis XVIII : “Nous l’avons promise et nous la publions.” Le principe monarchique sera sauf, comme l’aurait écrit Bainville !

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