[CINÉMA] Les Fleurs du manguier, de l’instrumentalisation à la manipulation

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Depuis 2017, il est de bon ton, dans les médias occidentaux, de déplorer les persécutions dont sont victimes les Rohingyas, en Birmanie, et de pointer la cruauté des bouddhistes à l’égard des minorités musulmanes. C’est oublier, pour commencer, que ces populations originaires du Bengale, regroupées tardivement dans le nord de la province de l’Arakan, dans l’État de Rakhine, furent utilisées, jadis, par les Britanniques pour réprimer le peuple birman lors de la colonisation du territoire et lors de l’indépendance du pays. Surtout, affirme Didier Treutenaere, auteur de Rohingyas. De la fable à la réalité, ces nouveaux arrivants se sont largement rendus coupables d’épuration ethnique à l’égard des Arakanais locaux et n’ont jamais fait l’effort, en deux siècles, de s’assimiler à leurs coutumes… Ils continuent non seulement de parler le bengali, mais réclament leur indépendance, menaçant ainsi directement l’intégrité territoriale de la Birmanie. En effet, pratiquant un islam sunnite, rigoriste et prosélyte, leurs leaders indépendantistes, formés pour la plupart au Pakistan, souhaitent, à terme, le rattachement du territoire au Bangladesh voisin qui partage la même religion. Nombre de combattants rohingyas sont, d’ailleurs, liés au Harakat al-Jihad al-Islami, organisation terroriste pakistanaise qui a des ramifications au Bangladesh. Une perspective sécessionniste inacceptable, pour les Birmans, qui pourrait bien faire des émules dans l’État de Shan, où la minorité musulmane fait déjà régulièrement parler d’elle…

Un film militant en écho à l’exode de 2017

À la suite de deux vagues d’attentats djihadistes, en 2016 et 2017, contre des cibles civiles et militaires birmanes, les forces armées du pays, dites « Tatmadaw », réprimèrent violemment le peuple rohingya et provoquèrent l’exode massif de 750.000 habitants vers le Bangladesh. Un événement qui choqua l’opinion publique occidentale, disposant bien souvent d’informations partielles, sinon largement orientées, le musulman étant forcément bouc émissaire des fureurs nationalistes et xénophobes, dans l’imaginaire de nos élites bien-pensantes…

Dès lors, rien de surprenant à voir le cinéma s’emparer, aujourd’hui, du sujet et jouer la carte de l’émotion pour apitoyer le spectateur et condamner moralement les autorités birmanes.

Financé à la fois par la France (via, notamment, le CNC), l’Allemagne, le Japon et la Malaisie, Les Fleurs du manguier, du Japonais Akio Fujimoto, aborde les conséquences de cet exode massif et nous raconte l’histoire de deux enfants rohingyas quittant leur camp du Bangladesh pour rejoindre la Malaisie où vit leur oncle. Âgés, respectivement, de quatre et neuf ans, Shafi et sa sœur Somira vont connaître toutes les peines du monde pour se rendre à Kuala Lumpur : une marche épuisante dans la jungle bangladaise, une traversée périlleuse sur un chalutier dans la mer d’Andaman, une attaque violente des gardes-côtes, la capture par des truands thaïlandais et, surtout, la faim…

L’instrumentalisation des enfants…

Très malins, le réalisateur et ses producteurs savent pertinemment l’effet que provoque, sur les esprits, la souffrance des enfants, lesquels, évidemment, sont attachants, affichent plein d’espoir pour leur future vie en Malaisie et jouent régulièrement, avec toute l’innocence qui les caractérise, à « un, deux, trois, soleil ! » La Voix de Hind Rajab, sorti en décembre dernier, qui se révélait d’une rare ignominie, jouait exactement sur la même corde sensible afin de culpabiliser le spectateur et de fausser sa réflexion politique par le chantage à l’émotion. Le sort tragique de l’un des enfants, au cours du récit, aura pour fonction, là aussi, de décupler la colère du spectateur pour mieux gagner son soutien à la cause des Rohingyas. Un procédé absolument abject. Encore faudrait-il, pour que cela fonctionne, un semblant de scénario qui sache proposer autre chose qu’un simple récit doloriste à la gloire des migrants…

1 étoile sur 5

 

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Pierre Marcellesi
Chroniqueur cinéma à BV, diplômé de l'Ecole supérieure de réalisation audiovisuelle (ESRA) et maîtrise de cinéma à l'Université de Paris Nanterre

Vos commentaires

20 commentaires

  1. C’est le coup classique, apitoyer les foules pour faire accepter l’inacceptable. Et comme nombre de citoyens ont perdu le sens du libre arbitre, nous arrivons où nous en sommes : la manipulation de masse, la culpabilisation, l’émotion qui submerge les consciences… Et le tour est joué.

  2. Merci pour cette mise au point sans concession.
    Je comptais aller voir le film en redoutant une victimisation très tendance, je suis fixée.

  3. Tout a surtout commencé par l’agression d’un vieux bonze birman qui avait été escroqué par un gentil commerçant musulman ..Las ce venérable vieillard malmené en pleine rue devant des dizaines de témoins n’était rien d’autre que l’équivalent de notre Pape en personne …Les represailles furent rapides , spon tanées et tres efficaces ….Tout ce que le peuple français est incapable de faire .

  4. Il faudrait traduire en toutes langues le fameux « Vivre ensemble » et l’inscrire au fronton de toutes les mosquées et madrassas. Je compatis vraiment aux malheurs des pauvres sans que ce film puisse me faire oublier le jeune enfant de migrant supposé noyé sur une plage, les disparus de Timisoara etc.

  5. Il faut se méfier de tous les monothéismes, ils n’apportent que la division et la destruction !

    • Il faut se méfier de tous ceux qui mettent tous les monothéismes dans le même panier et qui oublient de se méfier de l’ Humanisme athé transhumaniste aux valeurs inversées.

    • Non. Les élites se servent des musulmans ( fondation GS) pour détruire la catholicité partout en Europe, au Proche et Moyen-Orient et même ailleurs. Les élites en off ont leur propre religion : celle de J.Epstein dans son île et ranch.

      C’est documenté.

  6. Le bus de Yangon à Bangkok coute une cinquantaine d’euros. Le trajet dure 25 heures. Le train de Bangkok à Singapour passe par Kuala Lumpur. Le trajet coûte environ 30 euros et dure 22 heures.

  7. Bah c’est comme au Kosovo, la presse nous sortait la propagande du gentil musulmans et du méchant chrétien.. Ou celle du méchant Serbe et du gentil Albanais…

  8. Cet éclairage est essentiel. Cela donne envie de mieux connaître le sujet. Acceptant comme très sérieuse et documentée l’analyse de Pierre Marcellesi, il semble d’autant plus important de s’y intéresser de près. Une occasion de s’instruire car qui connaît vraiment l’histoire de la Birmanie ?

  9. Il y avait 40 000 « Rohingyas » ou Bengalis en Birmanie à la fin de la Seconde Guerre mondiale, et 2 millions en 2018; cherchez l’erreur. On peut comparer ce phénomène à l’émigration d’un grand nombre de Bengalis vers le nord, dans l’Assam indien, qui posent exactement les mêmes problèmes. On rappellera que la densité de population en Birmanie ou Myanmar, est à peu près de 80 habitants par km², contre 1 300 au Bangladesh; ça explique beaucoup de choses.

  10. Faites comme moi et d’autres, n’allez plus au cinéma qui n’existe actuellement que pour pondre des navets idéologiques gauchos-wokisteds, féministes ridiculisant les hommes et pro,-immigration et fanas de vivre-ensemble. Alors sans moi et sans mon pognon et qu’ils se la gardent tous pour eux avec ceux qui les soutiennent leur immonde soupe de navets périmés.

    • juste vous dire, Boxer, que parmi les navets( et je suis d’accord avec vous sur le fond), il y a parfois une pépite, un beau film qui porte sur des sujets inspirants, éloignés des idéologies qui nous répugnent. C’est rare, certes, mais ça arrive de temps en temps….exemples: « des rayons et des ombres », Vivaldi et moi »,  » le chant des forêts »… » l’affaire Bojarski »….. bien cordialement,

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