[POINT DE VUE] Tebboune en Turquie : la rancune de la colonisation est à géométrie variable

Capture d'écran
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Le régime autoritaire du président algérien Abdelmajid Tebboune a construit une bonne partie de son discours officiel, et même de sa notoriété internationale, sur la haine de la France - haine qui figure en toutes lettres dans l’un des couplets de son hymne national. Cette haine remonte, nul ne l’ignore, à la colonisation française, qui a duré 132 ans (de 1830 à 1962). Toutefois, les éléments de langage « décoloniaux » de M. Tebboune semblent un petit peu moins clairs qu’il ne l’affirme. Pour preuve, cette visite officielle qu’il en train de rendre à Recep Tayyip Erdoğan.

Le 6 mai, le président algérien s’est envolé pour Ankara, d’où il devrait repartir le 9 mai. Au programme, il y a notamment cette réunion du conseil de coopération stratégique entre l’Algérie et la Turquie, créé en 2020 et destiné à renforcer les échanges de toutes sortes entre les deux pays – commerciaux, sécuritaires ou encore culturels. Plusieurs nouveaux accords devraient être signés entre les deux pays, au cours de cette réunion. Déjà, en 2022, au cours d’une précédente visite de M. Tebboune à Ankara, quinze accords dans tous les domaines avaient été signés entre les deux pays. Déjà, la Turquie affiche ouvertement son statut de premier partenaire commercial de l’Algérie, affirmant sa volonté d’atteindre la somme de dix milliards de dollars d’échanges commerciaux avec le gouvernement algérien.

La Turquie, elle aussi, a colonisé l’Algérie !

On est loin d’imaginer cela dans le domaine de la coopération franco-algérienne, c’est certain. Pourtant, la Turquie, elle aussi, a colonisé l’Algérie. Lorsqu’elle était l’Empire ottoman, et que la France était un royaume, elle a même exercé sa domination, sur ce qui n’était pas encore un pays, pendant 314 ans exactement. Tout a commencé en 1516, avec le débarquement des frères Barberousse, gentilshommes de fortune convertis à l’islam sous les prénoms de Khayr-ad-Din et Aroudj. Initialement appelés par les grands marchands algérois pour arrêter l’expansion de l’Espagne, les deux pirates repoussent la menace et Aroudj devient sultan d’Alger sous les vivats. Son frère lui succède et, trois ans plus tard, demande le rattachement d’Alger à l’Empire ottoman, ce que confirme un vote de l’assemblée du Diwan. En 1521, bon gré mal gré, Constantinople finit par accepter le rattachement de ce territoire lointain et le sultan devient « beylerbey », avec délégation de pouvoir. Sous ce statut, Alger s’affirme comme un État d’empire, avec des prérogatives régaliennes mais une subordination formelle à l’Empire ottoman.

À cette époque, donc, la Turquie commande à l’Algérie, qui à son tour commande aux pachas de Tunis et de Tripoli, embryons des actuelles Tunisie et Libye. En 1540, une croisade espagnole déclenchée par le pape est arrêtée aux portes d’Alger par l’intervention des Ottomans, ce qui renforce les liens tutélaires entre le territoire semi-autonome et sa métropole. Jusqu’au XVIIIe siècle, malgré divers heurts, cette relation particulière ne se démentira pas, mais en 1711, le dixième dey d’Alger (il y en aura trente) refuse d’accueillir l’ambassadeur de la Sublime Porte et le sultan ottoman lui accorde l’autonomie.

Par la suite, malgré des traités qui, au XIXe siècle seulement, permettront à la France d’obtenir l’abolition de l’esclavage des chrétiens et la fin des rezzous sur les côtes méditerranéennes par ceux que l’on appelait alors les Barbaresques, la piraterie qui s'empare de nos navires depuis ses bases d'Alger persiste. Et en 1830… vous connaissez la suite.

Solidarité musulmane, union contre les nations chrétiennes, autonomie de facto et vassalisation intéressée : il y a, dans l’histoire des relations turco-algériennes, tout ce qui explique leur proximité actuelle. Preuve, s’il en était besoin, que l’Algérie n’a pas tant l’amour de la liberté que la haine de l’Occident et, singulièrement, de la France…

Cet article a été mis à jour pour la dernière fois le 09/05/2026 à 20:51.
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Arnaud Florac
Chroniqueur à BV

Vos commentaires

58 commentaires

  1. Les musulmans sont contre l’occident et s’entretuent entre sunnites et chiites … qui a raison !!!

  2. L histoire officielle connue contredit le narratif de madame Royal qui prétend que l empire ottoman était un régime de progrès
    Elle épouse les thèses de la dictature du FLN

  3. Ce rappel historique est trop souvent éludé par des politiques français soit incultes, soit pleutres et très certainement les deux à la fois. On peut mesurer les victoires de l’indépendance de l’Algerie à des constats simples :
    – les algériens ne pensent qu’à une chose, migrer vers le pays détesté pour y trouver une certaine prospérité.
    – la guerre civile des années 90 a tué plus de 100 000 algériens.
    – au moment de l’indépendance, l’Algerie qui est riche de pétrole, de gaz, de terres agricoles (toutes choses mises en valeur par la France), et la Corée du Sud dépourvue de matières premières avaient le même PIB par habitant. Plus de 60 ans plus tard, le PIB par habitant de l’Algérie reste identique et celui de la Corée du Sud a été multiplié par 7.
    Belles réussites en réalité !

  4. Certes, mais la guerre entre la France et l’Algérie ne date absolument pas de la colonisation française qui n’est qu’un épisode de toute une longue histoire. Cette guerre est idéologique et remonte à l’islamisation de l’Afrique du Nord, aux 6è-8è siècles de notre ère. Depuis et pendant des siècles les Nord Africains ont pillé toutes les rives européennes de la Méditerranée, emmené en esclavage les populations riveraines et cherché à détruire tout commerce maritime européen. Au 19è siècle le rapport de forces s’est inversé mais la colonisation de peuplement a été une erreur grave de la France. Une erreur que les Espagnols et les Italiens n’ont pas commise. Il aurait fallu se limiter à la destruction des capacités offensives des Nord-Africains.

  5. Rien d’étonnant, si ce n’est que ces Algériens qui détestent la France semblent heureux d’obtenir un visa pour s’y installer.

  6. Quand on compare le niveau d’infrastructures laissé par 3 siècles de subordination à l’empire ottoman et le niveau d’infrastrucures laissé par la colonisation française, on mesure l’hypocrisie de l’Algérie officielle qui retourne faire allégeance aux Turcs. Mais la soummission à l’islam fausse toute mise en perspective.

  7. La confiance que l’on peut accorder à Tebboune est juste équivalente de celle que l’on accorde à Erdogan . Nunez Paillasson -Mouchi tout comme Macron qui file sur l’Afrique pour tisser de nouveaux liens économiques forts avec ces pays. Rien ne l’arrête , même quand il se fracasse sur le mur du bon sens . Allez plus que 11 mois.

  8. « l’Algérie n’a pas tant l’amour de la liberté que la haine de l’Occident et, singulièrement, de la France… »
    Le FLN, faux nez de l’Algérie, ne survit que par la haine de l’Occident et, singulièrement, de la France… Mais pas les Algériens, qui savent où aller quand ils sont obligés de quitter leur paradis démocratique, populaire et islamiste, quintessence de la corruption.

  9. Tebboune espère sans doute se faire nommer grand Mamamouchi par Erdogan comme le bourgeois gentilhomme, du temps de Molière.
    Et pourquoi pas, Nunez a bien été élevé récemment au rang de paillasson-mouchi par Tebboune, pour avoir mis fin à une terrible politique d’affrontement avec l’Algérie, politique qui n’a jamais existé, sauf dans sa tête et entre 54 et 62 (mais il n’était pas né).
    Quant à Erdogan, pourquoi voudriez-vous qu’il reconnaisse la colonisation de l’Algérie, alors qu’il ne reconnaît pas le génocide arménien, pourtant beaucoup plus récent !

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