Incroyable mais vrai, la chanteuse Yseult incrimine Le Monde de « grossophobie ». Interviewée par la journaliste Jane Roussel, la « révélation féminine » des Victoires de la musique a fait un esclandre sur Twitter, insatisfaite par le résultat final de l’entretien.

« Il pousse à la haine », s’énerve t-elle, trouvant que le papier ne rend pas à la réalité de l’entretien. Intitulé « Un apéro avec Yseult : « Je suis une femme incroyable, obèse, qui s’aime et se déteste » », il a provoqué un tollé sur les réseaux sociaux, suite au tweet de la chanteuse. Un article « laid, discriminant, incitant à la haine, misogyne et grossophobe », « l’apologie de la grossophobie ». Les twittos ont tôt fait de déverser leur soutien à la chanteuse victime.

Un article « grossophobe » ? Le papier relate le repas qu’ont partagé ensemble la journaliste et l’artiste, y compris ce qu’elle mangé, son comportement et certaines citations. Ce qu’en fait, en journalisme, on appelle un « portrait ». Tout simplement. Ce genre journalistique appelle en soi au récit de ce type de détails, certes futiles mais qui permettent en réalité au texte de prendre chair.

Pour la star et les internautes, en revanche, ces quelques détails sont signes de « grossophobie ». On s’offusque même de l’expression « tailler le bout de gras » qui, au passage, nous vient de la langue française et qui n’a rien à voir avec le ventre d’Yseult. Bonjour la culture !

En réaction, la chanteuse a fait publier dans le média Nylon un « droit de réponse ». On y lit une litanie d’interprétations si faciles qu’elles en deviennent burlesques : « On lui reproche son investissement dans son projet… Difficile d’imaginer le même procès fait à un artiste masculin. » L’article s’épanche sur les habitudes alimentaires – traduisant un mépris « grossophobe », « un traitement médiatique commun dès qu’il s’agit d’artistes à succès qui ne rentrent pas dans la norme hétéro, svelte et blanche à laquelle semble encore accroché.e.s certain.e.s journalistes des grands médias »Nylon a donc réussi à faire d’un portrait journalistique au sens strict un plaidoyer « grossophobe », misogyne et raciste.

On ne voit pas trop le rapport, mais on commence à s’habituer aux raccourcis intersectionnels dans notre ou le « minoritaire » est roi. Nylon aurait pu s’arrêter là, mais a préféré poursuivre par un éloge de cette « artiste hors normes, spontanée, passionnée et déterminée, désireuse de prendre son destin en main et d’échapper au formatage ». Non, Jane Roussel n’a pas consacré son article au talent musical d’Yseult. Peut-être, simplement, qu’il est moins frappant que son mélodrame identitaire. Pour Nylon, le portrait la fait d’ailleurs passer « pour une diva suffisante, carriériste et obsessionnelle ». Mais… n’en a-t-elle pas tout l’air, avec ce « droit de réponse » exagéré et ses surinterprétations ?

À défaut d’avoir pu faire du papier du Monde une vitrine pour sa communication, elle a le droit, finalement, à un bon coup de communication dans ce média alternatif. Le Monde qui se fait doubler sur la gauche : à Boulevard Voltaire, nous sommes tentés de ricaner. Car en fouillant le profil de Jane Roussel, elle n’a rien de la « phobe » dépeinte. Sur son profil Twitter, elle cherche des témoignages de « haptophobes », ces gens qui ont la phobie d’être touchés, ou partage un article qu’elle a réalisé sur le coming out trans ; autant de sujets à la Konbini, engagés auprès de ces « minorités invisibles», purement affectifs, jamais réalistes, qu’aime notre et qu’observe Boulevard Voltaire.

Mais laissons là la gauche s’autodétruire, puisque encore une fois, le serpent se mord la queue tout seul.

4 juin 2021

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