Le sévit à nouveau. Le célèbre roman de 1887 de Joseph Conrad Le Nègre de Narcisse vient d'être rebaptisé Les Enfants de la mer à l'occasion de sa sortie au format poche chez Autrement.

Il fallait s’y attendre : c’est la suite logique du changement du titre des Dix petits nègres d’Agatha Christie en Ils étaient dix, survenu le 26 août 2020. L’arrière-petit-fils d’Agatha Christie avait alors justifié, à l’antenne de RTL, que son aïeule « était là pour divertir et n’aurait pas aimé que ses mots blessent »… On n’arrête pas le progrès… ni la bêtise ! La culture veut remplacer tout ce qui enfreint les règles bien-pensantes qu’elle a édictées, sans la moindre honnêteté intellectuelle. La nouvelle édition va également se permettre de modifier le texte : à chaque fois qu’il n’est pas dans un dialogue, le mot anglais nigger sera remplacé par « noir ». De l’idéologie à l’état pur, car le roman n’a rien de raciste.

« J’ai pensé que le mot “nègre” pouvait être offensant »

L’éditeur du livre, chez Autrement, Alexandre Civico, est aussi écrivain. Il explique son choix à Marianne (6/5/2022) : « En relisant le livre, j’ai pensé que le mot “nègre” pouvait être offensant. Je l'ai remplacé par le mot “noir” partout où il était présent dans le texte narratif, et ne l'ai laissé que quand il était prononcé par un personnage et aidait alors à caractériser ce personnage. Considérer uniquement le respect du me semblait contre-productif pour ce texte que je voulais faire partager au plus grand nombre. Ce remplacement ne fait rien perdre au livre d'un point de vue ou littéraire. » Tout de même, l'éditeur a eu un doute, un accès de conscience du dérisoire de la situation, peut-être, ou un réflexe du respect de l'œuvre et de l'auteur... « C'est une décision que nous avons beaucoup discutée, et dont je ne suis pas certain qu'elle était forcément la meilleure. Disons que j'ai essayé d'avoir une position au milieu du gué. »

Dans la nouvelle version d’Autrement, l’avertissement explique que « le terme incriminé est offensant et n’apporte ici rien de particulier. Ni critique ni critique du racisme, il est simplement le reflet du vocabulaire d’une époque aujourd’hui révolue. »

Supprimer un élément du passé parce qu’il est le fait d’une époque « révolue »… c’est vrai, après tout, pourquoi essayer de comprendre le passé, quand on porte une vision de l’Histoire comme un éternel progrès et que le passé n’est qu’obscurantisme raciste ? Quel sera le prochain ouvrage retitré ou modifié ? Le Nègre de Surinam, de Voltaire, trop raciste ? Les Précieuses ridicules de Molière, trop sexiste ?

Ce sont les « deux minutes de la haine » de 1984 (lui aussi considéré comme offensant !) où les wokistes crachent tout le mal qu’ils pensent de ces titres, avec la volonté de banaliser de tels changements. Ces apprentis sorciers sans talent s'acharnent à mettre les génies de l'ancien monde à la hauteur de leurs petits délires.

11 mai 2022

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