Voile en entreprise : dissimuler pour garder l’illusion d’une société soudée

Saisie par le juge dans le cadre d’un renvoi préjudiciel en interprétation, la Cour de justice de l’Union européenne a rendu un arrêt, le 14 mars 2017, qui provoque une ébullition dans plusieurs médias de gauche : le principe de laïcité serait-il remis en cause au sein des entreprises ?

Deux semaines après son embauche, une employée a troqué son bandana contre un foulard islamique, refusant de l’enlever malgré les demandes de l’employeur soucieux de satisfaire son client : elle a donc été licenciée. Déboutée par le Conseil des prud’hommes, puis la cour d’appel de Paris, la demanderesse s’est pourvue en cassation en invoquant l’article 4 de la directive du 27 novembre 2000 “portant sur la création d’un cadre général en faveur de l’égalité de traitement en matière d’emploi et de travail” pour “lutter contre la discrimination”. La Cour de cassation a demandé l’interprétation de la Cour de justice de l’Union européenne.

Conformément aux dispositions de cet article, une “différence de traitement” fondée sur des signes d’appartenance religieuse ne constitue pas une discrimination lorsqu’elle relève d’une “exigence professionnelle essentielle”. Le règlement intérieur d’une entreprise doit toutefois se conformer aux textes en vigueur. Dans son arrêt du 14 mars 2017, la Cour de justice estime que l’employée n’a pas été licenciée en raison du port de son foulard, mais parce que le port de ce foulard n’était justifié par aucune exigence professionnelle et nuisait aux intérêts de l’employeur. Pour devenir effective, le règlement devra désormais préciser cette “politique de neutralité à l’égard de ses clients”.

La question avait déjà été soulevée en Belgique en 2006, puis avec l’affaire de la crèche Baby Loup en 2008. Claude Askolovitch parle d’“asepsie identitaire” et s’inquiète de “l’invisibilité” des femmes voilées. À l’heure où certaines villes comprennent une large majorité de tête couvertes – lorsque les femmes osent sortir -, il se plaint d’une “ambiance idéologique […] hostile au voile”, à l’instar de Mélenchon qui agonise parmi “les blonds aux yeux bleus”.

Le jeu de la République apparaît effectivement contradictoire : elle milite en faveur d’une diversité… bien discrète. La dissimulation de cette réalité participe à l’illusion d’une société soudée. Or, à l’image de l’huile et de l’eau, le mélange demeure hétérogène et la communautarisation grandissante. Ces réactions en faveur de la “neutralité” montrent à quel point la transformation de notre pays ne questionne pas seulement le peuple réel. Le malaise et les divergences témoignent d’une insatisfaction croissante de tous bords. En se divisant, la gauche s’affaiblit. La visibilité du voile sert également de révélateur : elle confronte les citoyens aux conséquences de leur choix politique.

René Rieunier écrivait qu’il faut “aux individus et à un peuple de bien grandes épreuves pour qu’ils consentent à revenir aux vertus désapprises”. Les Français boiront-ils le calice jusqu’à la lie ?

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