Un mois après Éric Zemmour et Marion Maréchal, c’est au tour de Marine Le Pen de rencontrer Viktor Orbán. Son entourage précise qu’il s’agit ici d’une visite officielle quand le motif de la venue à Budapest des deux précédents était un sommet démographique. Et la date n’est pas neutre : c’est entre le 23 octobre et le 10 novembre 1956 qu’a eu lieu l’insurrection de Budapest.

Viktor Orbán est, par sa longévité au pouvoir, sa stabilité, ses résultats, on pourrait dire sa résilience, le meilleur remède au toutestfoutuisme et à l’àquoibonisme, les deux mamelles de l’abstention à droite. Lutte contre l’immigration, les lobbies LGBT, le « wokisme » dans les universités, défense de la civilisation, des racines chrétienne, bras de fer contre l’Europe… tout cela est donc possible ! Il est David contre Goliath, éminemment emblématique, jusque dans sa gestuelle un peu bourrue, de l’Europe périphérique et « arriérée », encore animée par un bon sens paysan, contre l’Europe « avancée », cosmopolite et condescendante, qui le toise comme un plouc buté.

Viktor Orbán, issu des classes moyennes rurales, est monté par le mérite. Père de cinq enfants – un des rares gouvernants européens à avoir procréé -, il aime le foot et la littérature hongroise. On le croit. Il le porte sur lui. Parmi tous les croque-mitaines que d’autres peuples, plus fous ou plus malins que nous, ont osé élire ces dernières années, et que nous contemplons, envieux ou circonspects, Orbán est le plus attirant. Les postures fantasques de Trump étaient trop américaines, les accents autocratiques de Poutine sont trop slaves, et même les rodomontades de Salvini trop méditerranéennes. Celui-ci pourrait être français – de la France pompidolienne, s’entend. Car le diable portant pierre, la chape communiste a mué ces pays de l’Est en Hibernatus : ils ont loupé le tournant mondialiste. Il a le physique, le sérieux, la réserve et même les costumes des politiques d’autrefois. L’Europe a voulu faire de Viktor Orbán un épouvantail, celui-ci s’est mué en balise à laquelle on vient, comme aujourd’hui Marine Le Pen, s’arrimer.

La « lune de miel » entre les deux, comme l’appelle, grinçant, Christophe Castaner dans un tweet, n’était pourtant pas écrite. Le Premier ministre hongrois avait même déclaré, en 2019, à Bernard-Henri Lévy (The Atlantic), qu’il n’avait « rien à voir avec Marine Le Pen » parce que « son ami » Laurent Wauquiez l’avait « prévenu » : « [c’était] une ligne rouge ». Il se flattait, en revanche, de connaître Sarkozy, Chirac ou Giscard. Même Emmanuel Macron confiait, il y a quelques mois, à Eric Zemmour – celui-ci le rapporte dans son dernier livre : « Je l’aime bien, Orbán, vous savez. »

Il est vrai que la donne a changé. Et la vie de Viktor Orbán n’est pas un long Danube tranquille. Le 3 mars dernier, le Fidesz a décidé de quitter le « respectable » PPE [Parti populaire européen, NDLR]. Il a, ainsi, devancé une possible décision d’exclusion par le groupe parlementaire très choqué, notamment, que le Premier ministre ait fait inscrire dans la Constitution qu’« un père est un homme, une mère est une femme ». Mauvais temps pour Monsieur de La Palice. La balise Orbán n’a pas bougé, c’est le bateau PPE qui a dérivé.

Quoi qu’il en soit, sur un plan protocolaire, c’est quasiment en chef d’État que la présidente du RN a été reçue. Un déjeuner a réuni Marine Le Pen, Nicolas Bay, Viktor Orbán et le ministre de la Famille Katalin Novák, qui a fait ses études en France.

 

La famille, Marine Le Pen en a parlé, précisément, lors de sa conférence de presse commune avec Viktor Orbán. Une déclaration aux accents résolument conservateurs : « Contrairement aux mondialistes, nous ne croyons pas que les hommes sont interchangeables et réduits à leurs fonctions de producteurs et de consommateurs. Nous croyons aux vertus de la transmission de notre patrimoine matériel et immatériel, tant au sein des familles qu’au cœur des nations. Comme vous [Viktor Orbán] nous voulons choisir de régler la question démographique de notre pays non par l’immigration mais par la natalité. Et vous le savez, d’ailleurs, j’aurai dans mon programme une mesure à destination des jeunes couples directement inspirée par votre politique ! » Mais aussi souverainistes : « La primauté du droit européen ne figure nullement dans le traité de Rome de 1957. Et lorsque cette question fut soumise aux Français lors du référendum de 2005, elle fut clairement rejetée. »

Viktor Orbán, lui, a évoqué la France comme « un grand pays et une grande nation », et Marine Le Pen comme « une femme politique d’envergure qui nous rend visite, un honneur ». Il remercie le RN pour son soutien au Parlement européen où la Hongrie a fait face à des « tentatives de crucifixion ».

Pour Nicolas Bay, cette visite conforte « convergences » et « coopération » et permet d’établir « une Europe alternative à l’Union européenne telle qu’elle existe aujourd’hui, dont tout le monde constate les dérives ».

Parmi tous les lieux symboliques que Marine Le Pen a visités – Mémorial des chaussures, Square des Héros… -, on note la cathédrale Saint-Étienne, qui conserve la plus importante relique hongroise : la Sainte Dextre, main momifiée du premier roi hongrois. Marine Le Pen y a fait brûler un cierge pour la France. Et sans doute pour que celle-ci se dote, en avril prochain, à l’instar de la Hongrie, d’une ferme dextre.

26 octobre 2021

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