Michel Houellebecq a accepté de donner son “ultime interview” au journal allemand Der Spiegel et il a choisi de publier la version française dans Valeurs actuelles.

La rançon des échanges brillants et substantiels est qu’on devrait les citer intégralement. C’est évidemment impossible en l’occurrence.

Mêlées à des considérations pertinentes sur les caractéristiques de la France et de l’Allemagne et leur “distante proximité”, je relève des “perles” qui sans doute m’ont touché, convaincu plus que d’autres parce qu’elles rejoignaient mes tréfonds, mes certitudes, mes inquiétudes et mes dilections. Elles ont souvent cette particularité inhérente à la réflexion de Michel Houellebecq et à son style : le paradoxe est apparent, la provocation superficielle et, le premier moment de saisissement franchi, au contraire c’est l’heureuse banalité du propos qui s’empare de l’esprit, la sensibilité derrière une objectivité de façade, qui agite le cœur. Avec un air de ne pas y toucher, une grâce et une désinvolture éparpillant leurs cadeaux.

Jamais Michel Houellebecq ne s’abandonne à ce qui a pu apparaître chez lui, à une certaine époque, comme une volonté de soufre verbal, de scandale désiré. Si je ne craignais, par maladresse d’écriture, de dégrader la vigueur stimulante de cet entretien, j’y verrais un tissu de poncifs mais il est manifeste que la force des grandes visions intellectuelles, culturelles et sociales est de donner à presque tous les concepts le lustre et la patine de la simplicité.

Ainsi cette première pépite : “Les journalistes se veulent les grands prêtres moralisants d’une époque sans religion ni morale… C’est pour cela qu’on tente de m’étiqueter comme nihiliste et réactionnaire.”

Cette deuxième communément admise : “J’ai la conviction qu’une religion, une véritable foi, a un effet beaucoup plus puissant qu’une idéologie. Le communisme était une sorte de fausse religion.”

Cette troisième si justement décapante : “Au fond l’intégration des musulmans ne pourrait fonctionner que si le catholicisme redevenait religion d’État. Occuper la deuxième place, en tant que minorité respectée, dans un État catholique, les musulmans l’accepteraient bien plus facilement que la situation actuelle.”

Cette quatrième irréfutable sur “la police qui n’a pas tort quand elle a l’impression que l’État a en partie capitulé, abandonnant des territoires entiers”.

Cette cinquième, pur constat : “La gauche en tout cas est à l’agonie, ses idées sont mortes, le succès de Mélenchon ne reposait que sur lui-même, en aucun cas sur ses idées… Il n’y a plus en France que la droite et l’extrême droite. La gauche a perdu sa force mobilisatrice… et qui se comporte comme une bête prise au piège et qui sent sa fin proche.”

Cette sixième sur la formidable résurgence d’un catholicisme militant empruntant des chemins nouveaux, ayant pris conscience de sa force et échappant aux récupérations politiciennes.

Une septième révélatrice de son humour : “Voilà un vrai reproche que j’accepte avec humilité : je suis plus limité que Balzac.”

Une dernière sur sa solitude culturelle et littéraire. “La droite ne veut pas de moi parce que non seulement je n’aime pas Céline ni Morand… d’ailleurs un immonde salaud du point de vue de la collaboration… ni Nimier ni Drieu non plus, Chardonne pas davantage, et pas tellement Brasillach non plus… Comme je n’aime par ailleurs ni Camus ni Sartre, ça me rend difficile à situer sur le plan intellectuel… Pour résumer je dirai qu’après 1945, en France il n’y a pas grand-chose.”

Michel Houellebecq est sûr que les médias français ne lui pardonneront “sans doute jamais le péché du désespoir”.

En tout cas, c’est principalement chez lui qu’il convient d’aller chercher la vérité dure et crue sur notre monde, sur cette société qui a pris pour parti de ressembler de plus en plus à la perception de ce génie désenchanté, de ce “pessimiste héroïque” qui l’a anticipée et si bien comprise.

30 novembre 2017

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