Le retable des Vertus, un joyau de la Renaissance et une leçon pour gouverner
La France conserve un patrimoine religieux d'une richesse incomparable, fait d'édifices mondialement connus, mais aussi de trésors plus secrets dont la préservation constitue pourtant un véritable enjeu patrimonial à l’instar des grands monuments. À Vic-le-Comte, dans le Puy-de-Dôme, l'un de ces chefs-d'œuvre méconnus fait aujourd'hui l'objet d'un important projet de sauvegarde. Le retable des Vertus de cette ancienne Sainte-Chapelle, remarquable témoignage de la Renaissance française, porte les marques de cinq siècles d'histoire et nécessite désormais une intervention minutieuse. Au-delà de la restauration d'une œuvre d'art, c'est tout un pan de l'histoire religieuse, artistique et politique de la France qui est concerné.
Un chantier indispensable pour sauver le retable
Érigé au début du XVIᵉ siècle, le retable des Vertus constitue l'une des pièces majeures de la Sainte-Chapelle de Vic-le-Comte. Réalisé en pierre sculptée et inspiré des canons de la Renaissance italienne, il représente les vertus théologales et cardinales sous les traits de six élégantes figures féminines : la Foi, l'Espérance, la Charité, la Prudence, la Justice et la Tempérance. À l'origine, sept statues composaient l'ensemble, mais la représentation de la Force a malheureusement disparu. Deux statues d'Adam et Ève, qui dominaient autrefois la composition, ont également été retirées au XIXᵉ siècle, leur nudité étant alors jugée inconvenante.
Cependant, après plus de cinq siècles d'existence, l'œuvre présente aujourd'hui d'importantes altérations, principalement causées par l'accumulation de sels dans la pierre, qui fragilisent progressivement les sculptures. Le projet, porté avec le soutien de la Fondation du patrimoine, prévoit la dépose de plusieurs éléments afin de les étudier, avant un nettoyage complet et un traitement destiné à préserver durablement l'ensemble.
Le retable ne possède pas seulement une dimension religieuse. Il délivre aussi un véritable message politique. En effet, les vertus incarnent les qualités attendues d'un prince chrétien appelé à gouverner. À travers cette mise en scène monumentale, les commanditaires rappelaient que l'exercice du pouvoir ne pouvait être dissocié des valeurs chrétiennes.
La Sainte-Chapelle de Vic-le-Comte, un sanctuaire princier
La Sainte-Chapelle de Vic-le-Comte fut édifiée entre la fin du XVᵉ siècle et le début du XVIᵉ siècle à l'initiative de Jean Stuart, comte d'Auvergne et neveu du roi Jacques III d'Écosse. Destinée à devenir la chapelle palatine de sa lignée, elle avait pour vocation d'affirmer le prestige de cette puissante famille princière tout en offrant un lieu de prière et de sépulture.
L'édifice demeure aujourd'hui l'un des plus beaux exemples de la Renaissance en Auvergne grâces à ses remarquables verrières, ses douze apôtres en terre cuite attribués à l'entourage du sculpteur florentin Giovanni Francesco Rustici, sa tribune richement sculptée et son retable font de l'ensemble un témoignage exceptionnel de la première Renaissance française. Classée au titre des Monuments historiques dès 1840, la chapelle est devenue le chœur de l'actuelle église Saint-Pierre à la suite des transformations intervenues au XIXᵉ siècle.
Les Saintes-Chapelles, un patrimoine méconnu
Lorsque l'on évoque une Sainte-Chapelle, chacun pense spontanément au célèbre monument parisien construit par Saint Louis et consacré en 1248 pour abriter la Couronne d'épines et les principales reliques de la Passion du Christ. Pourtant, cette appellation ne désigne pas un édifice unique.
En effet, une Sainte-Chapelle répond à des critères précis. Elle doit avoir été fondée par Saint Louis ou l'un de ses descendants, conserver une relique de la Passion du Christ, le plus souvent offerte par le souverain, être intégrée à un palais ou à un château royal ou princier, présenter une architecture caractéristique avec une nef unique, un chevet à pans coupés, de hautes verrières, une toiture d'ardoise et des flèches élancées. Enfin, son chapitre doit célébrer les offices aux mêmes heures que ceux de la Sainte-Chapelle de Paris, marquant ainsi son rattachement symbolique au sanctuaire royal.
Suivant ces critères, plusieurs princes du royaume, descendants de Saint Louis, firent édifier leur propre Sainte-Chapelle afin d'affirmer leur puissance et leur proximité avec la monarchie capétienne. La France en conserve encore plusieurs, notamment à Vincennes, Châteaudun, Chambéry, Riom, Champigny-sur-Veude, Aigueperse, Vic-le-Comte ainsi que la célèbre Sainte-Chapelle de Paris. Chacune possède son histoire et son identité, tout en partageant une même vocation chrétienne, dynastique et architecturale.
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4 commentaires
Ne faisons pas trop de bruit, des sentinelles malefiques pouraient s’en occuper gravement. Que Dieu protege notre patrimoine chrétien
Magnifique ! Merci pour ce bel et très intéressant article. Merci à la Fondation du Patrimoine de prendre soin de nos chefs-d’œuvre.
Merci pour ce bel article sur les trésors méconnus de la France. Les siècles passés ont laissés un très riche patrimoine malgré les destructions massives de la révolution.
Nous pouvons nous demander si les XX° et XXI° siècles laisseront quoique soit.
Merci pour cet éclairage sur un de nos merveilleux « chefs-d’œuvre en péril » français.
Pour mémoire, la Sainte Couronne d’épines fut achetée par Saint Louis à l’empereur de Constantinople pour 135 000 livres tournois, soit plus de la moitié du revenu annuel du domaine royal, et également plus que le coût de la construction de la Sainte Chapelle parisienne qui l’accueillit.
Autre temps, autres mœurs.