Dentelle de Calais, faïence, ganterie : le grand naufrage des métiers d’art français

Dans le domaine de l’artisanat d’art comme ailleurs, un peu de nationalisme ne tue pas, bien au contraire.
Capture écran Marine Monloubou.
Capture écran Marine Monloubou.

La dentelle de Calais part en lambeaux. La dentellerie Darquer, fondée en 1840, met la clef sous la porte après 186 années d’activité. Quarante-cinq salariés vont être licenciés en ce mois de juillet. C’est la fin d’une entreprise historique, mais pas que… Cette fermeture est aussi symptomatique de la perte progressive du savoir-faire français.

Capture d'écran Marine Monloubou.

Capture d'écran Marine Monloubou.

À Durfort, dans le Tarn, la cité du cuivre a perdu tous ses dinandiers. À Paris, les cristalleries Schweitzer sont en grande difficulté et pourraient bien être contraintes de fermer. À Montreuil-aux-Lions, dans l’Aisne, c’est l'entreprise de passementerie Declercq qui joue sa survie. À Millau, dans l’Aveyron, les gantiers se comptent désormais sur les doigts d’une main. Même chose, ou presque, à Martres-Tolosane où les faïenciers ne sont plus que quatre. Les exemples sont nombreux, trop nombreux. Ils montrent combien l’artisanat d’art français est en danger.

L’artisanat d’art français en danger

Pourquoi ? Parce que « les jeunes générations ne s'intéressent plus à la porcelaine », comme il se dit du côté de Limoges. C’est l’une des données du problème, mais c’est loin d’être la seule. Ce constat appelle d'ailleurs une seconde question : pourquoi les Français ont-ils perdu leur goût des belles choses bien faites et fabriquées localement ?

Une même réponse s’impose : parce que la France ne sait pas préserver son patrimoine. Elle subit les accords de libre-échange négociés par l’Union européenne qui permettent l’arrivée massive de produits manufacturés hors du Vieux Continent avec peu ou pas de droits de douane. Concrètement, la dentelle de Calais doit se battre contre de la dentelle asiatique dont les coûts de production sont bien moindres et qui n’a pas les mêmes contraintes réglementaires. Dans ces conditions, rivaliser se révèle être une mission impossible.

Les Britanniques, qui ont repris leur destin en main avec le Brexit, ont compris mieux que personne que, pour préserver leur patrimoine artisanal, il fallait rendre l'import plus contraignant. Ils ont transformé ce qui était auparavant une simple expédition en opération d’exportation complexe avec déclaration d’export, déclaration d’import, classement douanier, paiement de frais de dédouanement et de présentation en douane… Des démarches coûteuses et longues qui se veulent dissuasives et, par conséquent, qui incitent à consommer local.

Le salutaire patriotisme économique britannique

Outre-Manche, l’accent a aussi été mis sur la promotion du « Made in Britain » via l’association Heritage Crafts, une organisation consacrée à la sauvegarde et à la promotion des savoir-faire traditionnels, mais également dans la commande publique où les fournisseurs locaux sont davantage favorisés, et avec la mise en avant des marques emblématiques fières d'être britanniques, à l’image de Barbour ou de Church’s. Comme la qualité, l’identité britannique est un argument de vente. En témoigne, également, la marque de tapis Stevens & Graham, qui vend « des tartans uniques et originaux, confectionnés à partir de la plus belle laine britannique et tissés sur un métier à tisser Axminster traditionnel » en Écosse. So British! So British et so efficace ! Les entreprises survivent aux assauts asiatiques, le savoir-faire est transmis. L’artisanat d’art britannique se maintient.

Dans le même temps, la France pleure ses entreprises, organise des plans de relance, lance des appels à la générosité et perd, année après année, un peu de son identité culturelle, artistique et patrimoniale. Dans le domaine de l’artisanat d’art comme dans bon nombre de secteurs, un peu de nationalisme ne tue pas, bien au contraire.

Vos commentaires

22 commentaires

  1. C’est aussi la traduction du changement de goût des gens qui ne veulent plus de ce qu’on considérait comme beau et raffiné il y a encore quelques décennies. L’entretien de toutes ces choses précieuses n’intéresse plus et le « must » est le périssable non transmissible..

  2. Les politiques sont évidemment responsables de cette désaffection des jeunes générations pour les métiers d’Art. En effet, souvenons-nous que Marine Le Pen prônait l’apprentissage plutôt que le maintien en classe pour ceux qui ne sont pas doués pour les études ! Sa proposition fut vilipendée. Or, c’est par l’apprentissage que de nombreux jeunes, en échec scolaire, s’insèrent à la société. Et nombreux sont ceux qui trouvent une vocation dans les métiers d’Art. Le monde de la Haute Couture aurait dû se battre pour le maintien de la fabrique de dentelle de Calais car les métiers de luxe sont les premiers concernés par ces productions artisanales. Ce ne sont pas les dentelles chinoises qui les remplaceront. Pour ne citer que cet exemple.

    • Fabriquer, évidemment, mais encore faut-il des acheteurs. On dépensera des fortunes pour un téléphone ou une voiture électrique mais on ne donnera pas un centime pour de la dentelle ou de la belle vaisselle. C’est comme ça et seule une petite poignée d’amateurs trouve quelque intérêt à ces belles choses. Quel sens quede dévorer tel un animal sauvage un énorme hamburger dégoulinant au dessus d’une assiette de Limoges?

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