En pleine tempête sanitaire, les annonces américaines concernant le se succèdent de manière contradictoire, du moins en apparence. Le 26 mars, tout d’abord, dans une intervention digne du far west, le procureur général des États-Unis, William Barr, a mis à prix, avec une récompense de quinze millions de dollars, la tête du président vénézuélien Nicolás Maduro ainsi qu’un certain nombre de dignitaires du régime accusés de narcotrafic. Mais cinq jours plus tard, mardi 31 mars, Washington effectue une nouvelle annonce, tonitruante mais d’une tout autre nature : Mike Pompeo, le chef de la diplomatie américaine, demande de manière très officielle à Nicolás Maduro et Juan Guaidó, de se retirer « tous les deux » en vue de la nomination d’un « Conseil d’État » qui serait composé de cinq membres, choisis par les deux camps au sein de l’Assemblée nationale pour gouverner provisoirement le Venezuela.

Et ce, afin d’organiser, fin 2020, des élections, présidentielles et législatives, auxquelles ni Maduro ni Guaidó ne pourraient concourir !

Une proposition assortie d’un certain nombre de précisions pour ce qui concerne les nominations, la levée des sanctions contre les représentants du gouvernement, le rôle des militaires (« un rôle essentiel pour parvenir à un changement pacifique et façonner l’avenir du Venezuela ») et le groupe pétrolier d’État PDVSA, la principale source de devises.

De quoi s’agit-il et, surtout, pourquoi ce soudain revirement à la fois d’attitude et de stratégie ?

Nous l’avons écrit ici, la solution de recours Juan Guaidó a montré ses limites et, après plusieurs atermoiements, vient d’en acter la fin. Mais cela étant dit, cette nouvelle stratégie américaine est surtout la conséquence d’un bras de fer en plusieurs séquences entre Russes et Américains.

Première séquence : le durcissement, en date du 18 février, des sanctions à l’encontre des sociétés accusées de contourner les sanctions américaines existantes pour soutenir le régime cháviste avec, dans l’œil du viseur, la filiale Rosneft Trading SA du géant pétrolier russe Rosneft.

La deuxième séquence voyait la Russie, dès le 5 mars, maintenir sa production de pétrole au lieu de la diminuer vu la conjoncture, ce qui accentuait encore la chute du prix du baril. Une décision qui, bien entendu, nuit aux autres membres de l’OPEP, dont les Saoudiens, mais, surtout, constitue une attaque directe contre l’exploitation pétrolière de schiste américaine car celle-ci devient non rentable avec un prix du baril de pétrole à moins de 25 dollars !

La troisième séquence a été celle non seulement de l’annonce, samedi 28 mars, que la filiale de Rosneft avait définitivement mis fin à ses opérations au Venezuela mais que, de plus, la maison mère avait vendu tous ses actifs à l’État russe ! Une vente qui transfère donc les potentielles sanctions américaines vers une société maintenant détenue par le gouvernement russe…

Une stratégie russe qui s’inscrit, dans le moyen terme, dans ce combat de l’ombre où le président excelle, et qui prend date, dès à présent, de la potentielle guerre économique qui va suivre « l’épisode Covid-19 ».

Dans cette partie d’échecs, Washington essaye donc de trouver une nouvelle solution qui puisse être compatible avec les deux parties. Sur le plan géopolitique comme sur le plan économique. Le chas de l’aiguille est bien étroit…

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