Le Venezuela a décidé d’organiser, dimanche 3 décembre, un référendum sur un contentieux territorial de plus d’un siècle avec le Guyana, une ancienne colonie britannique et hollandaise devenue indépendante en 1966. Caracas revendique en fait l'Essequibo, une zone de 159.500 km² (les sept dixièmes du Guyana et un sixième de sa population) selon un accord signé à Genève le 17 février 1966 (à la veille de l’indépendance du Guyana) où avait été mise en place une commission chargée de trouver, en quatre ans, une solution au litige. Ce qui n’aura jamais été le cas… En 2018, le Guyana a porté ce différend devant la Cour internationale de justice (CIJ), qui s’est déclarée compétente, en avril dernier, pour statuer sur ce litige de souveraineté territoriale, mais le président vénézuélien Nicolás Maduro refuse de reconnaître la compétence de la CIJ.

Cet enjeu territorial est aussi stratégique et économique, car l’Essequibo est non seulement une zone au sous-sol riche en matières premières précieuses mais, de plus - et surtout -, se révèle être un véritable eldorado pétrolier depuis la découverte, en 2015, dans les eaux territoriales, d’un important gisement par la compagnie américaine Exxon Mobil Corporation (plus de 6 milliards de barils de réserve) et, encore plus récemment, fin septembre 2023, par celle d’un gisement dans la région même de l’Essequibo.

En relançant cette querelle séculaire, les objectifs de Maduro sont en fait multiples : masquer l’incurie économique de sa gouvernance (en 1999, date de l’arrivée au pouvoir d’Hugo Chávez, 3 millions de barils de pétrole/jour extraits par Petróleos de Venezuela SA -PDVSA-, en mai 2023, seulement 819.000 barils de pétrole/jour), tenter de masquer au moins provisoirement une impopularité record en jouant sur la fibre nationaliste des Vénézuéliens (« El Essequibo es nuestro ») et occulter la réussite populaire des primaires de l’opposition (en vue de l’élection présidentielle de 2024) qui se sont déroulées le 22 octobre, avec l’élection spectaculaire de María Corina Machado (93,12 % des votes).

Le résultat du référendum, dont l’issue positive ne fait aucun doute (il faudra quand même surveiller la participation électorale), peut-il inciter Maduro à une tentative d’annexion avec une intervention militaire ?

Une telle décision serait un véritable saut dans l’inconnu, car non seulement elle déstabiliserait toute la région mais, de plus, entraînerait sans aucun doute une riposte des États-Unis dont on ne peut préjuger de l'importance dans le contexte des prochaines élections américaines. Elle provoquerait, également, une probable intervention d’un de ses soutiens sur le continent sud-américain, le Brésil de Lula, qui a annoncé, le 29 novembre, avoir placé les forces brésiliennes en état d’alerte le long de sa frontière nord (Guyana et Venezuela).

Par ailleurs, « une levée progressive des sanctions prises par l’Union européenne », envisagée sous conditions du « respect des engagements pris par le gouvernement vénézuélien » (organisation des élections présidentielles équitables en 2024 et libération des personnalités politiques emprisonnées) lors d’un entretien par téléphone le 29 novembre entre Emmanuel Macron et Nicolás Maduro, deviendrait totalement caduque.

Alors, info ou intox ?

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03 décembre 2023 à 12:15

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11 commentaires

  1. Pendant des années, les sanctions américaines ont empêché le Venezuela de mettre à jour l’outillage nécessaire à la production de pétrole.Le 18 mai 2022, Washington annonçait une levée de certaines sanctions à l’encontre du Venezuela. Cette annonce, même si elle est bien entendu encore très minime, reste cependant révélatrice de la politique extérieure américaine : les grands principes énoncés ici et là sont à géométrie variable et l’ajustement de la variable est étroitement lié aux intérêts américains. Et on refuse de remettre au Venezuela les 31 tonnes d’or saisies.

  2. Un conflit en Amérique du Sud un en Israël un en Ukraine fort possible dans les Balkans les USA Sioniste champion mondial des conflits auront de quoi faire feux aux 4 coins du globe mais ils aiment ça ils sont nés pour ça peut être bientôt à Taïwan qui sait

  3. Après les argentins revendiquant les malouines, l’Irak revendiquant le Koweit, la Chine revendiquant Taïwan et la Russie revendiquant une partie de l’Ukraine et la Géorgie, voici le Vénézuela qui revendique le Guyana. Si les BRICS s’en mêlent pour contrer les EU, Maduro risque de réussir son coup.

  4. Primo, Macron n’a plus aucune influence sur le plan international, alors ce qu’il promet n’a plus aucune valeur, voir comment il a été snobé à la COP 28 à Dubaï, la France a perdu toute autorité dans le monde.

  5. La plupart des guerres qu’a connu l’Amérique du sud étaient basées sur des contestations territoriales: Guerre Colombie-Equateur en 1832, l’effroyable guerre de la « Triple Alliance » de 1864 dans laquelle le Paraguay a perdu entre 35 et 50% de sa population, les deux guerres de la Bolivie, contre le Pérou et le Chili pour avoir accès à la mer…Depuis la fin de la dernière (Pérou-Equateur, 1942), le continent connait une période de tranquilité supérieure à la notre en Europe. Ce qui au passage fait voler en éclats la théorie fumeuse selon laquelle nous devons la paix à l’Union Européenne.
    Maduro essaie de se refaire une santé un peu comme l’ont tenté les généraux Argentins avec la guerre des Malouines en 1982. On sait comment ça s’est terminé.

  6. Les dictateurs argentins avaient tenté un regain de popularité en tentant d’annexer les Malouines. Ce fut leur fin.

  7. Rien de tel qu’une petite guerre pour remettre en selle un dictateur de gauche en perte de vitesse,,,,

  8. Toujours la même vieille histoire. Les marxistes ruinent l’économie de leur pays et cherchent à détourner l’attention de leur peuple par un aventurisme guerrier. En cas d’intervention américaine le Brésil de Lula protestera bruyamment mais n’interviendra pas. Si on ne veut pas que de telles idées continuent de germer dans tous les cerveaux des dictateurs de la planète, il n’y a que la force et non les bougies ni les nounours façon Macron et Borne pour les en dissuader.

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