Editoriaux - Table - 1 novembre 2016

Vends cercueil en carton pour enterrement low cost

Célestine vient de mourir. Personne, et elle encore moins, ne s’y attendait. Après le recueillement de part et d’autre du lit de mort, la famille autour de la table est réunie. Tout le monde s’accorde sur ce point : Célestine a toujours souhaité être enterrée, comme c’est la coutume, pour reposer auprès de son défunt mari, André. Il faut alors choisir un cercueil. Quel genre, quel prix, auprès de qui ?

Il y a Catherine, la fille aînée de Célestine. L’écolo de la famille. Et si on prenait un cercueil en carton ? Biodégradable, imperméable, « aux normes », et en plus ça ne coûte pas cher : entre 100 et 1.100 euros grand maximum. À quoi cela servirait-il de mettre 3.000, 6.000 euros pour du bois ? De toute façon, maman ne l’aurait pas voulu.

Il y a Pierre, le fils. Hein, du carton ? Pas d’accord du tout. Et de lui faire remarquer que leur mère, à la mort de leur père, n’avait pas choisi un cercueil en bois de premier prix. L’écologie a bon dos, Catherine a toujours été près de ses sous ! Il revendique un cercueil digne de ce nom, il est prêt à mettre le prix. Question de respect. Évidemment, il a les moyens, lui, bougonne la sœur.

Il y a Damien, le petit dernier, que l’image d’un cercueil en carton fait tiquer. D’accord, on ne va pas se ruiner à acheter un cercueil de chez Henri de Borniol, la maison qui s’occupe des célébrités et des chefs d’État – et aucun risque d’y trouver du carton. Mais, il sacrifiera ses vacances au camping s’il le faut : maman dans une boîte à chaussures, pas question !

Si, en France, le cercueil en carton ne cartonne pas encore, au Canada, en Angleterre, en Suisse, il fait fureur.

Et en Allemagne, le low cost a un succès fou et l’enterrement est rondement mené. Commande par téléphone, crémation en République tchèque – même pas besoin de s’y déplacer : aucune cérémonie –, cendres dispersées dans la fosse commune. Morts aussitôt disparus, aussitôt oubliés… Pour la modique somme de 479 euros, bon vent, pépé…

Adhérer au cercueil écolo, pourquoi pas, a priori ? Sauf que, derrière ce concept à la mode, sous prétexte d’écologie, on sent bien la volonté de détruire, encore, tout un pan de nos traditions.

Transformer le commerce de la mort en commerce low cost au même titre que le tourisme, les billets d’avion, les commerces de grande distribution, c’est, avec la vue du carton, ôter le cérémonial du dernier au revoir à nos êtres chers.

Comme si les morts ne méritaient plus rien, pas même la plus petite délicate attention. Comme s’ils ne valaient plus rien, que leur vie n’avait servi à rien ni à personne.

Au nom du progrès ou de l’économie, mais par volonté de nuire à nos ancestrales traditions, ce sont des parts de notre humanité qu’on assassine.

Mais les esprits évoluent, dit-on. Dans cinq ans, les cercueils en carton pourraient représenter 5 % des ventes.

Et Célestine, dans tout ça ? Grâce à la mairie de Paris qui s’est lancée, depuis 2012, dans les obsèques low cost – 789 euros TTC -, elle reposera dans un cercueil en pin massif mais, grâce à un nouveau service public… au capiton écologique !

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