Editoriaux - Internet - Justice - Politique - Santé - Société - Table - 8 novembre 2016

Vade-mecum à destination des politiques sur le « fait IVG » en France

La pression pèse de plus en plus sur la liberté d’information en France en matière de risques liés à l’IVG.

Suite à l’annonce de la création d’un nouveau délit d’entrave numérique à l’avortement par madame Rossignol fin septembre, retoqué par le Sénat, le groupe socialiste à l’Assemblée a déposé par le biais de son président de groupe, Bruno Leroux, une proposition de loi spécifique « afin d’élargir le délit d’entrave à l’interruption volontaire de grossesse aux sites Internet de “désinformation sur l’avortement” ». Cette proposition de loi doit faire l’objet d’une procédure « accélérée » pour, espère-t-on, porter un coup d’arrêt à ces « lobbies mensongers » qui « trompent » les femmes. En réalité, il s’agit d’essayer de réprimer toute objection de conscience, d’empêcher toute parole autre que politiquement correcte et de réduire les femmes au silence.

Dans ce domaine, il ne devrait y avoir qu’une source d’information : celle du terrain, de l’observation du système lui-même.
Curieusement, les politiques prompts à rédiger des propositions de loi le sont moins lorsqu’il s’agit de s’intéresser à l’évaluation des politiques publiques, en particulier celle de l’IVG qui appartient au domaine de la santé.

Rares sont les hommes politiques véritablement informés de la façon dont les lois sont appliquées en France sur ce sujet précis, ce qui est pour le moins paradoxal. Encore plus rares sont ceux qui ont eu l’idée d’évaluer la mise en œuvre de la loi sur l’IVG en France, avec des grilles non partisanes.

Aujourd’hui, la loi sur l’avortement génère des injustices, des dysfonctionnements qu’il est impossible de passer sous silence : des IVG hors du cadre légal, des IMG (interruptions médicales de grossesse) déguisées alors que le fœtus est sain, mais que la détresse maternelle est jugée « suffisante », des arrangements avec la loi, des inégalités de traitement en fonction de l’état d’esprit du médecin, des pressions ouvertes.

La loi ne pénalise plus l’incitation à l’IVG, quand elle pénalise l’entrave. Entre incitation et pression, quelle différence ? Aucune.

Le système tel qu’il est conçu aujourd’hui conduit à des dérives, met en jeu l’éthique médicale. Dans certains cas, il génère de véritables situations de maltraitance psychologique.

Le droit a muté profondément, s’immisçant jusque dans le champs de la conscience humaine, dernier refuge de la liberté individuelle. La loi pénalise la clause de conscience du chef de service, tenu de pratiquer un quota d’avortements dans son service, même s’il y est opposé : 1 pour 4. Et pourquoi pas 3 pour 4 ? Ou même l’inverse ?

La seule règle n’est plus l’interrogation sur le sens et la finalité des actes, elle est l’automatisme et surtout l’impossibilité de penser et de s’opposer.

Entrer dans le système, c’est s’y risquer. On ne ressort pas indemne d’une telle expérience, même lorsqu’on n’a été qu’un témoin souvent impuissant de drames toujours marqués par l’absence de repères, d’espoir, d’écoute et de mains tendues. Les vies brisées, les détresses côtoyées, les pressions subies et les injustices dont on a été témoin vous poursuivent durablement. Et surtout l’omerta généralisée sur les risques psychologiques de l’IVG, qui touchent aussi les soignants.

Rares sont les politiques qui osent aujourd’hui dénoncer les dérives d’un système qui a, au fil des années, opéré une mutation profonde, se transformant en hydre tentaculaire et totalitaire.

Pourquoi aucune mission parlementaire d’évaluation des enjeux et des risques médicaux, psychologiques, de la pratique de l’interruption de grossesse aujourd’hui n’a-t-elle été encore décidée ? L’avortement ne peut constituer la seule pratique médicale exclue du champ de la recherche en éthique et en santé mentale. Un pan entier est à ouvrir, et il faudra oser s’y risquer, non pas par idéologie, mais parce que les données cliniques abondent, et parce que la santé des femmes en dépend.

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