Ainsi donc, le Moderna a été restreint dans son utilisation à la suite de cas de myocardites. Je voudrais décrire la genèse et les limites de cette décision, à travers l’analyse puis l’avis de la Haute Autorité de santé (HAS), prélude aux décisions de l’État en la matière. Le document concerné analyse dans sa globalité la place du Moderna, mais, bien évidemment, le spectre des complications cardiaques, myocardites et péricardites, relevées dans plusieurs collectes de pharmacovigilance, ayant donné lieu à une suspension dans les pays scandinaves chez les populations jeunes, est omniprésent.

En effet, les myocardites (prises en général) sont le plus souvent spontanément résolutives sans séquelles, mais peuvent parfois donner lieu à des formes aiguës et d’éventuelles séquelles (évolution vers une cardiomyopathie dilatée). À noter également que, dans les séries autopsiques des morts subites des sujets jeunes (toujours « en général », je ne parle pas spécialement du Covid), des signes histologiques de myocardites sont retrouvés dans une fourchette de 10 à 42% des cas (selon la série d’autopsie concernée), ce qui n’est pas neutre dans la réflexion…

Sur le bénéfice du Moderna à 100 µg : la HAS conclut globalement à une efficacité supérieure à celle du Pfizer. Sur le risque du Moderna : elle conclut que l’excès de cas de myocardite est, chez les 12-29 ans, supérieur d’un facteur 5 par rapport à Pfizer. Les analyses du document sont longues et multifactorielles. En conclusion générale, il est recommandé que ce puisse être utilisé en primovaccination à 100 µg et en vaccination de rappel à demi-dose, mais seulement après 30 ans.

Une chose saute aux yeux à la lecture du document : bien que faisant l’objet de beaucoup de données sourcées, le vaccin Pfizer ne fait jamais l’objet d’une analyse en tant que tel, mais uniquement pour le comparer au Moderna, concluant à un risque 5 fois plus élevé pour ce dernier. Et pourtant, ce chiffre « 5 fois plus » est un chiffre de fourchette haute, d’autres données dans l’article donnant plutôt « 2 fois plus ».

Et pourtant et surtout, les chiffres du Pfizer lui-même sur son risque « intrinsèque » en termes de myocardites ne sont pas spécialement rassurants : pour exemple, une étude américaine du CDC (p. 72 de la recommandation de la HAS) montre des cas de myocardites chez les 16-17 ans 35 fois supérieurs à ce qui était attendu (et encore, en prenant la fourchette haute des cas attendus. Si on prend la médiane, ce qui serait plus juste, on est à 70 fois plus !). Autre exemple : une notification de 161 cas de myocardites pour 1 million de vaccinés en 2e dose chez les 16-19 ans (donnée israélienne, p. 81). Cela mériterait de s’y pencher, mais il n’y a pourtant pas l’esquisse d’une analyse bénéfice/risque. Un autre document fait bien allusion à une analyse (par l’ACIP) de balance bénéfice/risque favorable pour les 16-29 ans (et les 12-16 ?), mais laisser à cette seule institution des États-Unis, potentiellement juge et partie, la définition d’un bénéfice/risque pour le Pfizer, alors que la HAS est outillée pour mener cette analyse, est plutôt léger…

Mon sentiment est qu’on a balayé d’un revers de main les risques Pfizer, par une étude strictement comparative Pfizer/Moderna, pointant seulement ce dernier pour une interdiction aux moins de 30 ans. Et que l’étude d’un vrai rapport bénéfice/risque du Pfizer pour les sujets est ainsi complètement évacuée. Un esprit complotiste dirait qu’il s’agit de sacrifier (partiellement) le soldat Moderna pour sauver (intégralement) le soldat Pfizer. Et il est vrai que la mise en évidence d’un mauvais rapport bénéfice/risque du Pfizer chez des jeunes sans facteur de risque aurait supposé de renoncer à toute vaccination anti-Covid chez ceux-ci, et de mettre un bémol à la frénésie vaccinale qui sévit sous nos contrées. C’eût été un renoncement politique majeur.

16 novembre 2021

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