Leur nom ? pour Not Fucking Around Coalition. Soit, en français, Coalition qui ne plaisante pas. Leurs effectifs ? Quelques centaines de militants entraînés, disciplinés et, surtout, armés. Cette milice a commencé à faire parler d’elle au début des manifestations des , mouvement que les NFAC tiennent d’ailleurs en piètre estime.

Citée par Le Figaro, lundi 7 septembre 2020, l’historienne Cécile Coquet-Mokoko affirme, ainsi : « Ils refusent d’être associés aux militants de BLM, car ils les méprisent, estiment qu’ils réagissent avec émotion et font entrer des casseurs dans leur mouvement. Ils se veulent une organisation carrée et militaire qui n’accepte pas les débordements. » Il est un fait qu’à part défiler en armes – ce qui n’est pas un délit aux USA –, la Justice n’a pour le moment rien à leur reprocher.

, leader de la NFAC et Grand Master Jay de son surnom, officiait naguère en tant que rappeur. Autre spécificité : il n’est pas antiraciste au sens où on l’entend généralement, mais plutôt suprémaciste de l’espèce séparatiste. Assez peu convaincu par le « vivre ensemble », il exige donc de la Maison-Blanche que le Texas soit cédé à la population noire. Pourquoi le Texas ? À cause du pétrole, évidemment, Grand Master Jay ayant retenu la leçon de ces réserves où les Indiens furent jadis déportés et dans lesquelles ne poussaient que des ronces et du sable…

Ce phénomène est-il nouveau ? Bien au contraire, il s’inscrit dans la droite ligne des mouvements afro-américains, ce, depuis le début du siècle dernier. Ainsi, Marcus Garvey (1887-1940) prône-t-il le retour en Afrique, au Liberia le plus souvent, tout en refusant l’assimilation à l’américaine. On notera qu’à l’instar du leader de la NFAC, il est lui aussi musicien, puisque organiste accompli. Persécuté par le FBI, il meurt à Londres.

Puis il y a encore Eldridge Cleaver (1935-1998), que l’on peut tenir pour le principal théoricien des Black Panthers, mouvement lui aussi armé et dont certains membres campent sur une ligne séparatiste, alors que lui se considère comme un « patriote américain ». À son tour harcelé par le FBI, il demande l’asile politique dans une Algérie tout juste indépendante, se rend souvent à Cuba avant de s’installer quelque temps en France où il devient styliste pour hommes. Jacques Chirac, alors ministre de l’Intérieur, intervient même pour qu’il ne soit pas arrêté par la DST.

Il fait amende honorable en 1975 afin d’être autorisé à rentrer aux USA. Ayant renié son tiers-mondisme de jeunesse, il intègre le Parti républicain, devient activiste pro-israélien et embrasse la foi mooniste.

Plus récemment, et toujours en activité : Louis Farrakhan, né en 1933 et leader de Nation of Islam. Il n’est pas organiste comme Marcus Garvey, mais violoniste de renom ayant même exercé ses talents dans l’orchestre du Boston Civic Symphony. En 1955, il se convertit à l’islam, moyen pour les Noirs de l’époque de contourner les lois raciales, l’adoption d’un patronyme arabe donnant une sorte de lustre exotique propre à brouiller les pistes.

S’il n’est pas à proprement parler un séparatiste, Louis Farrakhan n’est pas un chaud partisan du métissage et du melting-pot. La preuve est qu’il n’hésite pas, en 1961 et 1962, à inviter George Lincoln Rockwell, leader de l’American Nazi Party, aux congrès de Nation of Islam pour, justement, approfondir les convergences de vues avec les séparatistes de l’autre rive. Régulièrement taxé d’homophobie, d’antisémitisme et de racisme, cet ami du défunt colonel Kadhafi connaît son heure de gloire en 1995 avec la Million Man March, à Washington, manifestation noire qui, tel que son nom l’indique, rassemble plus d’un million de personnes devant le Capitole.

Autre point commun entre toutes ces organisations : leur détestation souveraine des petits gosses de riches blancs qui jouent à l’antiracisme sur les campus d’élite comme d’autres se rendraient à leur club de golf. Certaines belles âmes s’en étonnent. C’est étonnant.

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