[UNE PROF EN FRANCE] Les profs des derniers temps
La semaine dernière, j'ai dîné avec un couple d'amis, tous deux agrégés, tous deux éminents hellénistes, tous deux humiliés dans leur fonction d'enseignant. Lui est dans un lycée de troisième zone et essaie de faire bonne figure devant des élèves qui le considèrent comme une cible pour leurs projectiles plus que comme un puits de science. Le jour de la rentrée, il a reçu sur la tempe une gomme lancée violemment. Il s'est écroulé. L'administration n'a rien fait. Ce n'est pas surprenant, mais ce qui l'est plus, c'est que le lendemain, mon ami a repris son poste comme si de rien n'était.
Une résignation à toute épreuve
Sa femme enseigne en collège où elle se démène pour apporter de la culture à de petits sauvageons indifférents, voire hostiles. Elle s'est fait agresser dans un couloir par un élève qui a essayé de l'étrangler. Réaction de l'administration : deux mois de repli dans un collège « qui tourne » pour se remettre sur pied, puis retour sur son poste. Et ça passe.
Je pensais que tout cela les aurait fait réagir. Absolument pas. Broyés par le système, infantilisés par une administration castratrice et sournoise, écrasés par une sorte de culpabilité acquise qui leur fait croire qu'ils sont responsables de tout ce qui arrive, ils sont d'une résignation à toute épreuve. Ils courbent l'échine, ils plient, se recroquevillent et se satisfont, orpailleurs du savoir, des miettes de reconnaissance et d'engagement qu'ils reçoivent parfois.
Alors, j'entends d'ici le prof-bashing qui va se répandre dans les commentaires... On récolte ce qu'on a semé, les professeurs n'ont que ce qu'ils méritent car ils ont contribué activement à l'effondrement idéologique de la société, ils déplorent les effets dont ils chérissent les causes, bla-bla-bla... Je n'entrerai pas dans ce débat, assez contestable quoique que partiellement fondé. Je regarderai plutôt les choses sous un autre angle, à partir de l'expérience humaine de mes amis.
Qui n'est pas un esclave, aujourd'hui ?
Qui se révolte contre ceux qui, par incompétence autant que félonie, nous étranglent et nous écrasent ? Un nouveau Poujade s'est-il levé ? Cessons-nous de consentir ?
Nous nous laissons tondre, docilement, moutons à la laine si convoitée, en bêlant rageusement sur X ou sur n'importe quel réseau numérique, mais en nous agrippant désespérément, dans le même temps, aux quelques biens matériels et symboliques qu'ils ont l'intelligence de nous laisser.
On pose facilement un regard méprisant sur ces professeurs qui se laissent humilier, alors qu'ils engagent leur intégrité physique et morale dans cette affaire. Mais quel regard Clovis, Jeanne, Rodrigue ou Cyrano porteraient-ils sur nous ? Moi, j'ai l'impression d'être une Roumaine de 1987, et j'ai aussi honte de ma propre lâcheté que je suis agacée par la jactance de ceux qui pérorent sur les réseaux ou sur les plateaux en faisant de grandes phrases, sans rien poser, concrètement, dans le réel.
Retourner au front envers et contre tout
Et, finalement, j'admire mes deux amis, pour le courage qu'ils ont, chaque matin, de retourner au front, envers et contre tout, avec la seule ambition de « tenir » et de transmette quelque chose à quelques-uns. Quand on pense aux poilus dans les tranchées, on ne se demande pas si certains n'avaient pas « mal voté » aux élections précédentes et si les poux et la boue n'étaient pas une punition méritée... On compatit et on a de la gratitude envers ceux qui ont payé de leur personne en essayant de défendre un bout de quelque chose, quoi que ce soit. Mes amis défendent pied à pied, sous les injures et les injustices, un bout de la culture française et européenne. Grâce leur soit rendue, au-delà de tout jugement politique péremptoire.
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59 commentaires
Je ne vais pas faire du prof-bashing, mais je souligne l’aveuglement, l’inconscience de ceux qui défendent, de bonne foi, une cause mortifère pour la société et pour eux-mêmes. Ces prof, majoritairement de gauche, croient sincèrement être dans le camp du bien, du moins être moralement sur le bon chemin, alors que, souvent inconsciemment, ils ne font que défendre leurs privilèges, par corporatisme.
Et je fais le parallèle avec tous ces français, une majorité paraît-il (en fait, j’en doute) qui défendent l’idée que la France doit rester soumise à l’union européenne, si néfaste et totalitaire par nature.
J’en conclue que ceux qui défendent le bon sens : l’autorité à l’école est une protection de l’enfance, indispensable à la transmission des savoirs ; ou bien que toute nation doit libre pour appliquer la démocratie et protéger son peuple de l’exploitation et du servage mondialiste d’extrême droite ; bref ceux ouvrent les yeux, ceux-là n’ont pas la bonne attitude et/ou les bons arguments pour lutter contre le mal.
Être enseignant aujourd’hui, c’est presque être un chrétien jeté dans la fosse aux lions.
Mais quand je vois certains enseignants d’aujourd’hui prendre leurs classes en tenue débraillée, chemise largement ouverte et chiffonnée ou t-shirt à motifs discutables, bermuda et baskets, ca n’inspire pas le respect.
Je respecte les enseignants qui envers et contre tous essaient de préserver ce qui peut l’être.
mais j’ai été « pion » un peu avant et un peu après 1968.
En étude, en 1967, il me suffisait de lever les yeux pour faire cesser un chuchotement. Après 1968, quand j’avais un peu moins de 90 décibels en étude, j’étais content.
Un professeur avait l’habitude d’organiser un loto destiné à un voyage de sa classe fin juin dans une grande salle en ville. Cette année là, tout se déroulait parfaitement, mais il faisait très chaud.
J’étais sorti pour prendre l’air en même temps que quelques élèves de terminale et un jeune professeur de philo.
Et là, je l’entends dire »c’est inadmissible d’être obligé de faire un loto pour un voyage scolaire, c’est à l’Etat de payer, cassez tout » j’ai encore ses paroles en tête plusieurs décennies plus tard.
30 secondes après toutes la tables étaient renversées. Fin du loto et de mon histoire.
Tirez en les remarques qui vous conviennent.
Après 68 c’était en effet ça mais avec la complicité des profs, il est interdit d’interdire. J’ai encore vu cette ambiance dans les années 2000 ça n’avait guère changé, rien ne se faisait si le commissaire politique n’avait pas donné son accord, il était craint et nul aussi car ce qui l’intéressait ce n’était pas l’enseignement mais la politique, la sociologie des élèves avait changé, alors pour ne pas discriminer tout le monde marchait sur des œufs et laissait tout faire, je regardais ça de l’extérieur, j’étais affligé. Il est vrai qu’en tant que chef d’entreprise j’étais déjà l’ennemi et pas le bien venu dans le lycée donc je ne pouvais pas comprendre toute la subtilité des enseignants, bon, j’enseignais par ailleurs et faisais pas mal de conférence et je n’étais pas là par hasard.
« avec la complicité des profs, » (soc) J’ai vécu mai 68 comme élève de cinquième et je n’ai vu aucun prof participer au mouvement dans mon lycée (à l’époque les lycées abritaient des classes de la sixième à la terminale).
Au fait, ils votent pour qui vos amis ?
Il faut rétablir l’autorité des enseignants dès le primaire pour que les élèves en secondaire ne se croient pas tout permis. Mais c’est prêcher dans le désert, quand on sait que ce sont les parents qui s’en prennent aux enseignants quand on ose dire quelque chose à leur progéniture.
On pourrait commencer par rétablir le vouvoiement réciproque, remettre le bureau du professeur sur une estrade et arrêter d’utiliser cette abréviation irrespectueuse de « prof » (laissons-la aux élèves entre eux, l’interdire à la maison).
Vous me permettrez d’être moins compatissant que l’article et tout aussi critique que je l’ai été ici aussi plusieurs fois. Étant au collège en mai 1968, j’ ai vu une prof faire ouvertement de la propagande anti police lors des émeutes à cette époque, Idem un autre dans le Tarn, toujours dans un collège faisant la promotion de la la captation d’héritage par l’État,un autre m’ayant fait des réflexions sur le vent d’autant qui emportait les képis des flics du commissariat car cet enseignant savait que mon père était inspecteur et j’en passe, dans compter les leçons de bienveillance envers le monde entier, les prêches anti peine de mort au Cm2, alors excusez du peu mais oui, cette profession récolte ce qu’elle a semé et moi-même ancien policier j’ dû lutter pied à pied contre les conséquences des idéologies gauchistes,la différence c’est que je n’ai jamais, mais jamais courbé l’échine que je me fais respecté,de gré ou de force. Et si mon commentaire déplaît,c’est votre droit de me le dire mais ça ne change rien sur le fond.
On se souvient tous de l’enseignant gauchiste qu’on a eu à un moment ou à un autre, mais pas des autres. Or on a une dizaine de profs différents chaque année, même si on en retrouve certains d’une année sur l’autre dans les petits établissements. La plupart des enseignants ne parlent pas politique en cours et restent globalement neutres. Et ce ne sont pas non plus les personnes les plus cools ni les plus souples. Peut-être devrait-on se méfier des généralités et des amalgames ? La plupart des policiers votent à droite toute, et ils appliquent quand même les ordres du gouvernement, comme les agents du fisc ou de l’URSSAF, quelle que soit leur idéologie personnelle. Même si on dit que 70% des profs, avant, votaient à gauche (et souvent gauche molle), ça veut quand même dire qu’un prof sur 3 a toujours été de droite. Donc leurs votes n’expliquent pas tout, et surtout ne justifient rien.
Ce que vivent depuis une génération de profs n’est pas le fruit du hasard, ni de la fatalité. Depuis les années 70 ( j’étais une gamine), j’ai connu les premières prémices de la nouvelle pédagogie: la personnalité de l’enfant est plus importante que le respect des consignes et de la disciplines; suppression des punitions et des corvées pour une écoute de l’enfant, le début du « rénové » à l’école; l’égalité pour tous, effacement de la politesse sociale tel que se lever quand un prof entre en classe, appeler son prof par son prénom et le tutoyer etc…, valoriser les plus « turbulents » pour les encourager, supprimer les notes etc… Au fur à mesure, le laxisme, le « je -m’en – foutisme », les droits sans les devoirs etc… l’importance de la médiocrité etc… sont devenus des modèles sociétales. Cela nous donnent des élèves-rois, des politiciens comme LFI, les boboécologauchos, les tonneaux vides envahissants et… la décadence comme ont connus toutes les grandes civilisations, partant d’un bon sentiment! Et… ce déclin n’aurait jamais eu lieu sans la grande complicité des profs et de l’équipe « pédagogique »!
La plupart des enseignants sont opposés à l’essentiel des mesures que vous évoquez. Et le laxisme, on le retrouve dans la société générale, pas seulement à l’école. Ce ne sont pas les profs qui ont fait passer toutes les lois interdisant ceci ou cela, comme la fessée. Les administratifs sont bien plus gangrenés idéologiquement. Les profs sont au contact, ils sont donc dans le réel et n’ont pas perdu tout leur bon sens, pour une bonne part d’entre eux.
À mon époque, en primaire, on appelait les instituteurs Monsieur ou Madame, et au collège les élèves étaient vouvoyés par les professeurs (et non les « profs » s’il vous plaît…) dès la 6ème. Cela créait une barrière de respect mutuel.
Être enseignant aujourd’hui relève du sacerdoce.
Toute ma sympathie à ces prêcheurs dans un désert culturel, qui endurent la violence quotidienne.
Il est clair que ce métier ne va pas attirer les vocations et les bonnes volontés. Deviendront profs ceux qui passeront par des licences dévaluées et qui ne pourront pas faire autre chose. Autrement les étudiants d’un certain niveau qui se lanceront dans l’arène seront ceux qui auront des tendances suicidaires ou masochistes ou imbibés d’idéal de gauche. À prévoir qu’ils finiront leur carrière en dépression ou lessivés ou mabouls (un terme à la mode) à condition qu’ils évitent le pire comme ce pauvre Samuel Patty.
Excellent article ! Commentaires pitoyables de ceux qui n’ont jamais mis les pieds dans une classe. Enseigner est particulierement épuisant, je m’exprime en conaissance. J’ai exercé en paralléle le métier de professeur et de profession libérale. Il est possible d’abandonner un dossier sur le bureau et de partir s’oxygéner. Le dossier ne bougera pas. Enseigner est une attention de chaque instant. Un engagement, presque « un corps à corps » avec une classe. Professeur à mi temps, mes journées de cours m’épuisaient même si transmettre était valorisant. J’ai partagé de grands moments notamment avec des élèves en promotion sociale.
Nos contemporains déversent sur internet leur fiel sur tout sujet, enseignement, justice, médecine tant bien même qu’ils ne les maitrisent pas. Je ne m’exprime que sur des sujets que je maîtrise et non les autres à l’exemple de la médecine.
Je n’en ai rien à faire que vous trouvez que mon commentaire soit pitoyable, pour moi c’est le votre qui l’est.
Ne le prenez pas mal, Ouessant22 ne vous a pas accusé personnellement; d’aillleurs vous avez raison tous les deux; ayant été moi-même mari d’enseignante d’avant et après 68, j’ai pu voir les dérives successives de l’enseignement, et les difficultés croissantes auxquelles les enseignant ont dû faire face, des élèves aux institutions…
Moi aussi j’ai enseigné parallèlement à mon cabinet, mais j’ai vite compris qu’il fallait s’occuper des choses sérieuses en priorité, que je n’avais pas de temps à perdre, après j’ai fait des conférences ce n’est pas la même population, puis pour rendre service je me suis un peu occupé des chômeurs voulant créer des entreprises, le plus souvent ils s’étaient inscrits pour prolonger leur chômage, 20 le premier jour 5 le dernier jour mais comme la boite était payée au nombre de présents évidemment ils étaient tous présents. j’ai ensuite arrêté préférant rester au bureau avec mes collaborateurs.
Les profs qui enseignent la France (l’histoire/géographie, le civisme, le français, la philosophie, la musique, le dessin…) sont des profs qui ont peur. La plupart vivent constamment en regardant par dessus leur épaule, en choisissant leurs mots tout en votant massivement à gauche! Il faut m’expliquer ce plaisir de la peur qu’ils alimentent en votant à gauche, ce besoin de soumission?
Chère Madame
Nous sommes en France… Ici on blablatte, mais jamais personne pour agir…
Un « laisser-faire » continu… Et ce n’est pas avec tel ou tel autre politicard que les choses vont bouger…
Un grand sac dans lequel ils se ressemblent tous.
Quand on importe le tiers-Monde on le devient.
Parce que vous pensez que hors tiers-monde les élèves sont plus brillants ?
Les pauvres, quinze heures de cours par semaine, seize semaines de vacances, très belle paye, retraite de fonctionnaire calculée sur les six derniers mois de leur carrière. Les damnés de la terre.
La jalousie ne fera jamais avancer…
Pourquoi ne pas avoir choisi ce métier ?
« Très belle paye » ??? Visiblement vous ne savez pas de quoi vous parlez. Quant aux soi-disant « 15 heures de cours », vous pouvez les multiplier par 3 en y incluant les heures de préparation et de correction. Mais on ne peut pas empêcher les ignorants de donner leur opinion sur tout et n’importe quoi, et c’est d’ailleurs pour ça qu’on a inventé les réseaux sociaux !
J’ai un ami qui part à la retraite fin juin : il compte les jours car il n’en peut plus, et Dieu sait s’il s’est investi pour ses élèves . Il enseigne les maths en terminale, mais ses élèves n’en font qu’à leur tête, car ils savent qu’on leur donnera le bac, quels que soient leurs résultats. On ne peut pas non plus les faire redoubler, car les autres en première poussent derrière. J’en connait d’autres qui se sont reconvertis dans d’autres métiers car épuisés .
Petite rectification : un agrégé doit effectuer quinze heurs de cours, mais la majorité des profs sont certifiés et en font dix-huit. Bien sûr, il faut rajouter les heures supplémentaires, le remplissage de paperasses et les réunions (dont beaucoup ne servent pas à grand chose).
Pour le reste, les corrections et la préparations des cours peuvent être très longues. Les programmes changent souvent dans les matières scientifiques et on est souvent amener à enseigner des sujets que l’on a pas étudiés à l’université.
S’ils devenaient indépendants de fortune, retourneraient ils au boulot le lendemain ? Si OUI, ils sont des missionnaires. Si NON, ils sont des esclaves