Après ses déclarations fort mal venues sur les , et ses accusations injustifiées de contrôles au « faciès », Macron n’avait d’autre choix, sous peine de perdre définitivement la confiance de ceux qui l’ont maintenu au pouvoir lors de la crise des gilets jaunes, que de faire un pas en direction des forces de l’ordre. Cette tentative d’apaisement a finalement trouvé sa forme dans l’annonce, par le président de la République, de la tenue, en début d’année prochaine, d’un « ».

Annoncée comme une rencontre entre policiers, élus et citoyens, à laquelle, selon son habitude, le chef de l’État ne manquera pas de participer « personnellement », cette réunion au sommet devrait aborder tous les dossiers laissés en suspens depuis plusieurs années. Ainsi, conditions d’exercice du métier de policier et consolidation du lien de confiance – bien distendu, il est vrai – entre les Français et leur devraient, notamment, être à l’ordre du jour.

Il y a longtemps, déjà, que policiers et spécialistes de l’institution demandent des états généraux de la sécurité. Ces dernières années ont, en effet, mis en exergue au sein de la police nationale des difficultés croissantes qui aboutissent aujourd’hui à un malaise extrêmement profond, faute d’avoir été traité lorsqu’il en était encore temps. Manque d’effectifs provoquant un sur-emploi de ceux en place et induisant une usure physique et psychologique sans précédent des femmes et des hommes chargés de nous protéger. Paupérisation de l’institution, avec des matériels obsolètes et sur-utilisés devenus, pour certains, dangereux pour les utilisateurs eux-mêmes. Perte totale de confiance dans la hiérarchie supérieure et manque de lisibilité des missions imposées. Enfin, last but not least, lâchage en règle de leur ministre – Castaner en l’occurrence – et, maintenant, du président de la République lui-même. Il n’en fallait pas plus pour que la police nationale s’enfonce désormais dans une des crises majeures de son histoire.

Pourtant, les textes relatifs à la sécurité n’ont pas manqué, ces derniers mois. Rapport Fauvergue-Thouot, en septembre 2018. Schéma national du maintien de l’ordre, en septembre 2020. Projet de loi « sécurité globale », en octobre 2020, actuellement en cours de discussion à l’Assemblée nationale. Sans oublier le fameux « Livre blanc de la sécurité », digest indigeste rassemblant des sujets aussi variés que le traitement des « ivresses publiques et manifestes » et « l’utilisation des drones » à l’occasion des missions de police, mais au sein duquel on cherche vainement un vrai fil conducteur.

Alors, opération de com’, ainsi qu’il en a pris l’habitude, ou réel souci de régler les problèmes qui minent la police nationale et la fragilisent comme jamais ? Il est encore trop tôt pour le dire. Une chose est toutefois certaine : les marges de manœuvres présidentielles à l’occasion de son « Beauvau de la sécurité » seront étroites. En effet, le manque d’argent public, le manque de temps, les oppositions qui émergeront forcément et avec lesquelles il faudra composer, ainsi que l’abondance des sujets à aborder, risquent fort de signer la mort prématurée d’une consultation qui, de toute façon, arrive trop tard et à contretemps pour être utile et efficace.

Ainsi, le seul espoir qui demeure, pour Macron et son ministre de l’Intérieur, réside dans une annonce qui, l’espèrent-ils sans doute, calmera les esprits et permettra à ce quinquennat de se terminer sans plus de dommages. Pari risqué, il est vrai, tant on voit, aujourd’hui, l’équilibre sécuritaire précaire qui prévaut dans notre pays et le risque de le voir à tout moment, sous l’effet d’un quelconque événement, sombrer dans le chaos.

10 décembre 2020

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