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Editoriaux - Histoire - Justice - Politique - Table - 3 décembre 2014

Uber : trop innovant, trop plébiscité et bon à tuer ?

Jusqu’où iront les lobbys pour sauvegarder leurs avantages ? En France, il n’est pas bon de débouler avec une idée neuve et des envies d’expansion. Uber, la plate-forme qui change la manière de penser le déplacement urbain, fait aujourd’hui les frais d’un goût pour l’innovation trop dangereux pour les taxis et même les VTC (voitures avec chauffeur). Uber ou l’ennemi numéro 1 du corporatisme, et objet de plébiscite par des utilisateurs qui s’y retrouvent financièrement.
 
Notre beau pays est très fort pour empiler les rapports sur la table. Ceux pour « désatrophier » l’économie française ne se comptent même plus. Mais quand il faut passer des paroles aux actes, le gratin de l’intelligentsia et de la politique française est aux abonnés absents. Emmanuel Macron est-il vraiment différent des autres ? Le cas d’Uber, qui fait la une depuis plusieurs jours à cause des procès intentés par le lobby des taxis et des VTC, est symptomatique d’une France qui refuse d’embrasser l’innovation pour se complaire dans le corporatisme moribond et destructeur d’emplois.
 
Depuis plusieurs années, les taxis font grise mine. Leur sacro-saint monopole dont ils ont usé et abusé pendant des années est en péril. L’arrivée des VTC a été cataclysmique pour ce petit monde où l’entre-soi avait permis de développer une rente vraiment sympa. 2.000 euros nets par mois déclarés en moyenne et l’assurance de pouvoir dormir sur ses deux oreilles, absence de concurrence oblige. Oui, mais voilà, la technologie et l’envie d’investir ce marché aidant, les taxis ont vu débouler les VTC. Plus besoin de licence payée hors de prix (système de vente mise en place non par l’État, mais par les taxis eux-mêmes), les VTC peuvent concurrencer les taxis. Et sous nos latitudes, la concurrence, c’est mal… surtout lorsqu’elle est source d’économie pour les utilisateurs.   
 
La concurrence, c’est aussi mal quand les nouveaux entrants sur le marché se font griller la politesse par un Uber qui pousse le concept plus loin encore. On connaissait l’application qui vous trouve un véhicule et son chauffeur par géolocalisation. Désormais, UberPOP met en relation des particuliers. La tempête se déchaîne. Dangereux, pas professionnel, destructeur d’emplois, martèlent les taxis et les VTC en chœur. Tous les arguments sont bons à prendre même s’ils sont fallacieux. Toutes les garanties ont été données par Uber, et que dire de la destruction d’emplois ? Un chauffeur de taxi ou de VTC a-t-il mis la clé sous la roue depuis l’arrivée d’UberPOP ? Non ! Et la réponse est sans appel.
 
Ironie de l’histoire pour les taxis parisiens, c’est dans la capitale française que les fondateurs américains d’Uber ont eu l’idée de l’application. Pas assez de taxis. La pénurie (organisée) aura donc été à l’origine du début de la chute pour ce lobby encore très actif pour le moment. Aujourd’hui, la justice saisie par l’alliance contre nature des VTC et taxis se prononce sur la légalité d’UberPOP. Le conservatisme saura-t-il bloquer la route de l’innovation et de la modernité ?
 
Face au raz de marée qui monte, les appuis politiques ne tiendront pas éternellement. Les utilisateurs qui voient la différence de prix et de service sont aussi des électeurs, et à force de prendre des décisions contraires au pouvoir d’achat, ils finissent par « mal voter ».

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