Consacrant un billet à certains tweets, j’exclus évidemment ceux qui sont d’une grossièreté permanente et exclusive et permettent à des malades ou à des sectaires pathologiques de se défouler sur qui, la plupart du temps, malheureusement, ne bronche pas.

J’ai eu envie de traiter ce sujet quand j’ai lu qu’un jeune de 22 ans avait été écroué pour apologie de à la suite de tweets où il se félicitait de l’attentat de la basilique Notre-Dame de l’Assomption de Nice en date du 29 octobre (La Nouvelle ).

S’il est déclaré coupable, il encourt cinq années d’emprisonnement et la juridiction ne négligera pas le fait que cette personne était surveillée depuis plusieurs semaines par la .

Un tweet, c’est rien et c’est tout.

En quelques secondes, n’importe qui, motivé par je ne sais quelle inspiration, peut écrire un message en ayant le sentiment qu’une telle démarche est anodine, si facile à accomplir, d’une irresponsabilité confortable quand, en plus, elle se sous un anonymat lâche. Pour peu que le rédacteur du tweet soit impulsif dans sa bêtise ou sa méchanceté, il est inévitable que le tweet lui apparaisse comme rien, insignifiant, l’expansion fortuite et rapide d’une humeur qui ne prête pas à conséquence. 280 malheureux caractères, il n’y a vraiment pas là de quoi fouetter un chat !

Mais c’est le paradoxe du formidable et désastreux essor de ce réseau social. Il permet, il libère, il transmet, il éructe opinions, convictions, dénonciations, justifications ou, comme en l’occurrence, apologies.

Le tweet, alors, est tout. Il se fait aussi le messager du pire et peut-être demain son auteur sera-t-il condamné pour un délit qui, dans nos temps tragiques, est estimé à sa juste gravité.

C’est ce décalage entre la facilité du rien et l’importance du tout qui égare des esprits incapables de comprendre qu’on ne peut pas, qu’on ne doit pas écrire et communiquer n’importe quoi n’importe comment. Comme si la brièveté du tweet impliquait nécessairement la dénaturation de la langue, son incorrection, sa vulgarité.

Je n’exclus pas aussi que le simplisme et l’ignorance rendent certains inattentifs au fait que l’apologie de crime, du terrorisme, soit répréhensible.

Au-delà de ces possibles lacunes, il y a surtout cette dérive qu’on peut constater dans tous les secteurs et qui constitue le tweet comme un message révisable, qui peut être supprimé du jour au lendemain, révocable, contingent : il suffit qu’on l’efface ou qu’on s’excuse et le tour est joué !

Je n’en suis pas spécialement fier, mais je n’ai jamais cédé sur ce plan. Non par arrogance mais parce que je ne voyais pas au nom de quoi j’aurais eu à me repentir de certains tweets ou à en supprimer d’autres. Les insultes qui prétendaient m’accabler le lendemain ne tuaient pas ma vérité, ma sincérité de la veille. Il y a du ridicule dans ces voltes pusillanimes suscitées par des aboiements dont le nombre ne garantit pas la pertinence.

Je ne sais quel sera le sort judiciaire de cet accusé. Il me semblerait difficile d’oublier ce qu’il y a de bêtise et presque de désinvolture ludique dans certains tweets. Mais aussi de malfaisance.

Je continue à penser que Twitter, donnant la parole à n’importe qui, souvent anonyme, est certes souvent un fléau mais nécessaire, pas fatalement un cloaque. Un outil formidable surtout, contre les dérives et l’extrémisme duquel il faut se battre sans fuir. Mais résister, tenir et répliquer.

L’abjection ne passera pas.

30 décembre 2020

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