Viendra un jour où vous regretterez Marlène Schiappa, et autres Caroline De Haas. C’est faux. Vous les regrettez déjà, même si vous ne le savez pas encore. La promo qui monte, biberonnée à l’implacable école « woke », les mue, par comparaison, en gentillettes ménagères des années 60.

Certaines de ces nouvelles « féministes » – mais peut-on dire sérieusement qu’elles défendent encore les femmes ? – viennent de faire virtuellement la peau à une influenceuse, Louise Aubery : sous le nom de « MyBetterSelf » (« le meilleur de moi-même »), celle-ci est suivie sur Instagram par 465.000 abonnés, qu’elle prétend aider à être bien dans leur corps. Sans ordre ni logique, elle publie avec une régularité de métronome des photos la montrant tour à tour en petite tenue – il faut dire que cette ancienne de Sciences Po vient de créer sa ligne de lingerie « éthique et inclusive » -, en robe de soirée fendue jusqu’en haut et décolletée jusqu’en bas, cuisinant des cookies, brunchant avec son compagnon ou brandissant gracieusement une pancarte « J’accuse » contre , tel un Émile Zola très glamour. Tout est lisse, sent la bougie parfumée, la crème hydratante pour le corps et le à paillettes.

Mais, il y a quelques jours, la jolie Louise a dérapé en talons aiguilles sur le parquet ciré : prétendant dénoncer la menstruelle, elle a voulu jouer, comme l’écrit, hargneuse, l’une de ses détracteuses, à la « Queen Tampax » : posant, hiératique, la tête ceinte d’un diadème de… tampons – on a les reines que l’on mérite -, elle entendait sensibiliser la douloureuse situation de « 1,7 million de femmes en situation de précarité menstruelle en France ».

« La précarité menstruelle » est le nouveau cheval de bataille féministe : chaque mois, les femmes doivent acheter des protections et cela grève leur budget. C’est injuste. Notons qu’elles doivent aussi acheter brosses à cheveux et élastiques, attendu que le « beau  » est, la plupart du temps, doté d’une opulente chevelure quand tant d’hommes – parfois à leur grand désespoir – ont un crâne d’œuf nécessitant fort peu d’entretien. Et si une nature sexiste a imposé à la moitié de l’humanité des règles, elle a donné une pilosité faciale à l’autre qui n’a pas d’autre choix que la domestiquer pour trouver du travail, l’homme des bois étant stigmatisé dans les bureaux feutrés. Qui pour poser, le crâne hérissé d’une couronne de rasoirs Gillette™, afin de dénoncer la précarité pilaire ?

Un fardeau que ne portent pas les femmes en dehors de sainte Wilgeforte (et non sainte Barbe, comme certains l’imaginent) et Conchita Wurst. Et puisqu’il est question de la diva autrichienne, quels critères d’attribution ? Pour avoir déclaré que seules les femmes pouvaient avoir leurs règles, l’auteur de la saga Harry Potter a été accusée de transphobie. Les choses se compliquent…

C’est précisément là que Louise a péché : en associant le mot « femme » à « menstruations ». Stupeur et tremblements. Aurait-elle oublié que les trans n’ayant pas subi d’hystérectomie ont des règles ? Et, d’ailleurs, certaine rageuse en profite pour rajouter qu’étant « blanche, bourgeoise et parfaitement dans les canons de beauté », Louise n’a absolument pas le droit de s’élever contre le body shaming. Sans compter qu’elle a accepté, jadis, de débattre avec l’affreux masculiniste Julien Rochedy. Il ne suffit pas de penser bien, il faut aussi refuser tout contact, y compris pour les contredire, avec ceux qui pensent mal.

Louise Aubery, dans une vidéo, a présenté ses excuses. Elle ne voulait surtout pas se montrer « transphobe », en parlant de « femmes » plutôt que de « personnes qui menstruent » (sic).

Comme le youtubeur Norman – qui a peu ou prou souri à l’idée que l’on puisse choisir Denzel Washington ou Nicolas Bedos dans le rôle principal d’un biopic sur Mao Tsé-toung -, elle s’est couchée. « Un temps viendra où l’on allumera des bûchers pour y brûler ceux qui osent rappeler que 2 et 2 font 4 », prophétisait Chesterton. Pour les bûchers médiatiques, nous y sommes, n’est-ce pas ?

30 décembre 2020

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