[TRIBUNE] Sécurité intérieure : refonder notre modèle stratégique

La protection des Français ne peut plus être pensée au rythmes des crises.
Policiers municipaux lors de la cérémonie du 8 mai 2026 à Auriol (Bouches-du-Rhône)
© Gabriel Bendayan

Chaque crise sécuritaire, en France, donne lieu au même rituel. Après les émeutes, un attentat, une flambée de violences ou une nouvelle affaire de narcotrafic, le débat s'ouvre invariablement sur les mêmes questions : faut-il davantage de policiers ? De nouvelles lois ? Plus de prévention ? Plus de répression ? Ces interrogations ne sont pas illégitimes. Elles sont simplement devenues insuffisantes.

Depuis quarante ans, notre pays adapte son modèle sécuritaire sans jamais le transformer. Chaque menace nouvelle appelle une réponse spécifique : une loi, une structure, un plan, une circulaire, une mission supplémentaire. Nous avons empilé les dispositifs sans jamais interroger l'architecture d'ensemble.

Erreur de méthode

Le résultat est paradoxal. La France n'a probablement jamais consacré autant de moyens à sa sécurité intérieure. Pourtant, une part de plus en plus importante de nos concitoyens n'a jamais eu autant le sentiment que l'autorité publique était devenue aussi incertaine dans certains territoires. Ce paradoxe révèle, en réalité, une erreur de méthode.

Nous continuons de penser la sécurité comme une politique publique parmi d'autres. Or, elle est bien davantage que cela. Elle constitue, avec la défense, l'une des deux grandes fonctions de protection de la nation. La défense protège le pays contre les menaces extérieures. La sécurité protège la République contre les menaces intérieures. Cette distinction paraît évidente. Pourtant, nous n'en avons jamais tiré toutes les conséquences.

Pour la défense, la France dispose d'une doctrine, d'une stratégie nationale, d'une programmation pluriannuelle, d'une culture de l'anticipation et d'un retour d'expérience permanent. Les alternances politiques modifient les priorités, mais rarement les principes fondamentaux.

En matière de sécurité intérieure, nous procédons autrement. Nous gouvernons au rythme des crises, des faits divers et des alternances. Nous réformons beaucoup. Nous planifions peu. Nous gérons les conséquences plus souvent que nous n'anticipons les mutations. Or, les menaces ont profondément changé.

Le narcotrafic n'est plus une simple délinquance ; il constitue une économie parallèle qui rivalise avec l'autorité publique. Les cyber-attaques ignorent les frontières administratives. Les violences urbaines de 2023 ont montré qu'en quelques heures, des centaines de communes pouvaient être touchées simultanément. Les ingérences étrangères recourent désormais aux réseaux sociaux autant qu'aux armes.

Toutes ces évolutions ont un point commun : elles interrogent moins la capacité de l'État à intervenir que sa capacité à maintenir durablement son autorité. C'est pourquoi le véritable débat n'est plus celui des moyens. Il est celui du modèle.

Doctrine de l'autorité

Nous devons cesser d'opposer la prévention et la répression. Elles ne sont pas deux politiques concurrentes, mais les deux temps d'une même stratégie. La prévention agit sur les causes ; la répression restaure la crédibilité de la norme lorsqu'elle a été transgressée. L'une sans l'autre conduit soit à l'impuissance, soit à une gestion permanente des conséquences. Ce qui manque aujourd'hui, à notre pays, ce n'est pas un dispositif supplémentaire. C'est une doctrine de l'autorité.

L'autorité ne se résume ni à la contrainte ni à la sévérité. Elle désigne la capacité de l'État à rendre la règle effective, prévisible et égale pour tous. Elle repose sur une police présente, une justice lisible, des décisions exécutées, une action publique cohérente et une continuité qui dépasse les cycles électoraux.

Il est temps d'engager une refondation comparable à celle que notre pays a su mener pour sa défense.

Cette refondation devrait reposer sur quelques principes simples. Considérer la sécurité intérieure comme une fonction stratégique de l'État ; définir une doctrine nationale stable ; planifier les transformations sur dix ans plutôt que sur la durée d'un quinquennat ; associer pleinement les collectivités territoriales à cette stratégie ; évaluer les politiques non au regard des moyens engagés mais des résultats obtenus ; développer, enfin, une véritable capacité de prospective pour anticiper les formes futures de la criminalité.

Nous avons longtemps pensé que la sécurité consistait à lutter contre la délinquance. Puis nous avons cru qu'elle consistait à gérer les risques. Le temps est venu d'admettre qu'elle poursuit une ambition plus fondamentale : garantir la continuité de l'autorité républicaine et protéger les conditions mêmes de l'exercice des libertés.

Picture of Olivier Damien
Olivier Damien
Conseiller régional RN de Bourgogne-Franche-Comté, Commissaire divisionnaire honoraire

Vos commentaires

25 commentaires

    • Au contraire, ce texte est parfaitement clair et fait preuve d’une hauteur de vue rarement rencontrée sur le sujet de la sécurité intérieure. La proposition d’aborder cette question comme pour la défense nationale est tout à fait pertinente.

    • Il ne s’agit pas de justice, mais des lois qui doivent être profondément réformées, sans oublier l’abrogation des lois anciennes.
      Forces de l’ordre, Procureurs, Juges, font leur travail en fonction de ces lois, dont l’incohérence est décevante. Cela fait le bonheur des Avocats.

  1. Dans le domaine de la sécurité comme dans bien d’autres : éducation , finances , santé , justice , diplomatie , immigration ,etc , la France vit au jour le jour de petits bricolages .

  2. « Nous, nous, nous… » NON : VOUS. Je n’y suis pour rien : je subis, comme tous ces français qui ne sont rien.
    Inutile d’embaucher plus de ceci, faire plus de cela, plus de lois et compagnie.
    Que les juges fasse le boulot pour lequel ils sont payés et vous verrez le début d’une amorce d’amélioration.

  3. Si on veut faire cesser le narcotrafic.
    Rendre automatique , la dechéance de la nationalité française pour les binationaux délinquants , et dealeurs.
    J’ai jamais vu de dealeurs de drogue aux Émirats arabes et en arabie dans la rue , aux sorties des écoles…
    La peine de mort n’encourage pas les vocations.
    Et la police y est respectée

  4. On peut avoir 1 million de policiers mais s’ils n’ont aucun pourvoir, aucune protections et aucun droits renforcés cela ne servira à rien. Vous pouvez avoir 1 million de policiers avec d’énormes pouvoir mais si la justice ne suit pas et ne répond pas de ses actes cela ne servira à rien. Vous pouvez avoir 1 million de policiers avec d’énormes pouvoir, une justice intransigeante, si il n’y a pas de place de prison cela ne servira à rien. Renvoyons les oqtf en prison et dehors, construisons des prisons, élisons les juges et renforçons le droit des policiers et des gendarmes, C’EST TRÈS SIMPLE!!!

  5. Quand vous pensez qu’après les attentats en France, ce qu’avaient trouvé certains pour lutter contre l’islamisme était d’aller boire des bières sur les terrasses des cafés !

    Quand après chaque enfant assassiné, jeune qui se fait détruire par des margoulins, les biens pensants nous font une marche blanche, une association et une loi…

    Ce n’est pas comme ça que les problèmes seront résolus mais continuons comme ça.
    Les policiers ne peuvent plus rien faire à cause de l’extrême gauche, la justice est est aux mains de l’extrême gauche, les médias sont aux mains de l’extrême gauche, la culture est dans les mains de l’extrême gauche, comment voulez-sortir de cette situation ?

    Même les élections ne serviront à rien, puisque l’extrême gauche contestera les résultats…

    Que faut-il faire ? J’aurai bien une idée, mais c’est compliqué de l’exprimer !!

      • Oui votons, moi, je suis pour le port d’armes.

        Il y a une ville de 30.000 habitants aux USA qui a rendu obligatoire le port d’armes pour toute la population. Sauf bien sûr pour les objecteurs de conscience, les criminels, les personnes atteintes de troubles mentaux ainsi que celles qui n’ont pas les moyens de s’en acheter.
        Cette ville s’appelle Kennesaw.
        Depuis l’instauration de cette loi le taux de criminalité a diminué de 89 % contre une baisse de 10 % au niveau de l’État.
        Voilà !!

  6. Tout ce qui est dit dans cet article est vrai et plein de bonnes idées. Mais il passe à coté de l’essentiel et reste dans la technique « supérieure ». Il n’y a sas de sécurité sans esprit collectif de défense, sans cohésion nationale, sans un moral élevé des forces de défense et de leurs chefs.
    Ce qui est pourri AVANT TOUT, c’est l’esprit dans le quel fonctionnent les systèmes de défense.
    La refondation, c’est la reconquête des VALEURS françaises, la remise au premier plan des VERTUS qui ont façonné la France. L’enjeu est civilisationnel. Car ce qui est vrai pour la sécurité et la défense, l’est tout autant pour la justice, pour la famille, pour la santé, pour l’instruction, pour l’économie, l’emploi, l’industrie, l’agriculture.
    Ce n’est pas dans un seul domaine que nous marchons sur la tête, ce n’est pas dans un seul domaine que sévit l’ensauvagement.
    Remettre de l’ordre et du bon sens dans les idées, mettre fin à l’ensauvagement et à la décivilisation, c’est reconquérir notre civilisation. Dans tous les domaines.
    Ce que dit Boxer est juste. Sans esprit de défense de A à Z les moyens les plus conséquents ne sont pas grand chose.

  7. Le débat actuel semble plutôt s’orienter sur la question du désarmement des policiers. J’ai dû louper quelque chose …

  8. Vous pouvez mettre bien plus d’effectifs policiers dans tous les secteurs,Nationaux, Municipaux, Gendarmes, mais si les lois leur lient les mains dans le dos,les sanctionnent,et les revoquent pour la moindre gifle qui pourrait être distribuée lors d’une interpellation, vous aurez inévitablement ces forces de l’ordre qui vont se savoir férocement bridées dans leurs interventions, je sais de quoi je parle pour en avoir fait partie 31 ans. C’est le logiciel intellectuel des gens qui est côté de ses pompes car allez donc en Espagne et essayez de provoquer un policier national, municipal ou un de la guardia civil, je peux vous garantir que ça va vous faire tout drôle.Cest ce qui nous manque en France, et tant pis si j’en fais hurler quelques uns ici mais c’est la seule solution pour se faire respecter, le reste n’est que du vent et des paroles avec les qualificatifs habituels de « police républicaine » qui doit tenir compte de l’intégrité physique des fauteurs de troubles qui se régalent d’avance car sachant l’impunité dont ils vont bénéficier et connaissant ce que risque les flics. Alors,continuons donc à protester mollement, à s’indigner, à faire des dégâts télévisés sur Cnews ou ailleurs, à faire des réunions,des colloques et toutes les âneries inutiles habituelles, mais rien ne changera. Les forces de l’ordre doivent d’abord être craint pour être respectées ensuite, mais on va encore parler de bavures,de racisme systèmique et de plein de conneries. Actuellement,c’est les flics qui morflent physiquement le plus lors d’affrontements, tout ça par peur, étant maintenant à la retraite,je peux parler et je peux vous dire qu’à titre personnel je n’ai jamais morflé, c’est plutôt le contraire et il est évident que j’ai eu de la chance. Continuons donc à sombrer corps et bien.

    • En Algérie : agresser un personnel soignant c’est 10 ans ferme .
      Un dessinateur de caricature a pris 7 ans ferme pour un dessin sur tebboune

    • Vous avez mille fois raison.
      Il faut que l’État reprenne le pouvoir , et protège ses serviteurs.
      Depuis plusieurs décennies, la voyoucratie est mieux considérée que ceux qui sont en charge de notre sécurité.
      Devenir Gendarme, Policier, Pompier, sont aujourd’hui des métiers qui ne font plus rêver . Comme dans certains pays , demain nous verrons la voyoucratie armée jusqu’aux dents, patrouiller dans les villes,et imposer sa loi.

  9. Je ne vais pas discuter les propositions d’un Commissaire divisionnaire honoraire qui sait de quoi il parle. mais, les meilleures propositions et le meilleures idées n’ont de chance d’avoir des résultats que si Macron et la caste euro mondialiste auront été éloignées du pouvoir. Et cela n’est pas fait…d’autant que le caste fera tout pour se maintenir en place.

    • exact macron et tous ses ministres doivent être rejetés avec la plus grande rigueur qu’ils s’appellent attal, darmanin, retailleau, philippe ..

  10. Par rapport à notre population, nous sommes peut-être bien le pays occidental le plus doté en forces de l’ordre (sans compter les polices municipales) avec un effectif un peu supérieur à celui des armées. Cela pose question… Il y a bien un problème autre que celui du nombre.

    • Vous parlez d’effectifs théoriques de la Police et de la Gendarmerie. Mais demandez en haut lieu combien de Policiers et Gendarmes sont réellement affectés dans les unités de terrain, c’est à dire en unité active. Il y a tellement de ces agents qui sont dans des services administratifs à avoir des horaires de bureau, alors que ces derniers perçoivent les mêmes salaires et primes que leurs collègues sans compter sur un avancement plus rapide car ils sont proche du « bon dieu » . Ils ont les mêmes avantages que ceux qui en prennent plein la tronche en risquant leur peau. S’ajoute à cela une hiérarchie frileuse, qui se défile à chaque prochaine, ne pensant qu’à la carrière. Les gradés et officiers n’exercent pratiquement pas leurs prérogatives judiciaires, se délestant sur la base, s’octroyant des privilèges, notamment à Paris les gradés ne prennent pas les plaintes, c’est pour le bas peuple de la Police. La formation initiale est très superficielle, peu de pratiques procédurales inculquées dans les écoles. Une fusion Police-Gendarmerie serait souhaitable pour arrêter les conflits entre services.

Commentaires fermés.

Pour ne rien rater

Les plus lus du jour

⇨ Tous les vendredis de 17h30 à 19h30
avec Marc Baudriller et Boulevard Voltaire ⇦

Eliot Deval encense le travail de BV !
Vidéo YouTube

Les plus lus de la semaine

Les plus lus du mois