De Lénine à Sandrine Rousseau : quand les « riches » deviennent des nuisibles

Taxation des riches, accusations de nuisance… LFI réveille un inquiétant précédent historique.
Photo de Zlaťáky.cz: https://www.pexels.com/fr-fr/photo/argent-or-pieces-de-monnaie-pieces-8442322/
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« Taxons les riches ! Ça fait partie des actions pour diminuer […] les émissions de CO2. » En prononçant cette phrase, Sandrine Rousseau inscrit la taxation des plus aisés dans la lutte contre le réchauffement climatique. Une proposition fiscale que l’on peut discuter. Mais le débat prend une autre tournure lorsque le mot « riche » s’accompagne d’un vocabulaire beaucoup plus radical.

Manon Aubry a ainsi récemment déclaré : « Les milliardaires sont des nuisibles. » Pour la députée européenne LFI, taxer les riches ne suffit plus : il faudrait aller jusqu’à interdire les milliardaires. Le mot n’est pas anodin. Un nuisible n’est pas simplement quelqu’un qui possède davantage que les autres, c’est quelqu’un dont on considère que la présence est nocive et dont il faudrait débarrasser la société.

Qui sont les « riches » ?

La question mérite d’autant plus d’être posée que la catégorie est loin de se limiter aux milliardaires. Selon l’Observatoire des inégalités, le seuil de richesse s’établit à environ 4.300 euros mensuels après impôts pour une personne seule, 6.400 euros pour un couple sans enfant et 10.800 euros pour une famille avec deux adolescents. Le « riche » peut donc désigner une population beaucoup plus large que les grandes fortunes.

Le choix du vocabulaire n’est d’ailleurs pas laissé au hasard, chez LFI. Jean-Luc Mélenchon expliquait, en 2022, que son mouvement disposait d’un « comité des mots » et que, lorsqu’une bataille commençait, « on discute des mots qu’on va utiliser ». Le terme « riches » est donc aussi un choix politique. Dès lors, que signifie le passage de « riche » à « nuisible » ?

Quand Lénine parlait des « nuisibles »

C’est ici que le parallèle historique devient troublant. En décembre 1917, quelques semaines après la prise du pouvoir bolchevique, Lénine rédige Comment organiser l’émulation ?. Il qualifie les riches de « parasites », d’« ennemis du peuple » et d’« ennemis du socialisme ». Il lance surtout cette formule : « Guerre à mort aux riches. » Dans le même texte, il appelle à débarrasser la Russie des « insectes nuisibles », les riches étant assimilés aux « punaises ».

Chez Lénine, ce vocabulaire ne reste pas une simple outrance militante. Il accompagne une politique de coercition contre les classes possédantes. En août 1918, lors des réquisitions de céréales, Lénine ordonne de prendre des otages parmi les paysans les plus riches : « Les otages répondent de leur vie. » Le passage des mots aux actes est alors consommé.

Des riches à ceux qui pensent autrement

Cette logique concerne également la liberté d’expression. Le 4 novembre 1917, quelques jours après la révolution d'Octobre, Lénine assume, devant le Comité exécutif central, l’interdiction des journaux bourgeois. Il affirme : « Nous ne pouvons pas donner à la bourgeoisie la possibilité de nous calomnier. » Il considère alors que les publications privées doivent être soumises à un monopole et que la presse bourgeoise ne peut être tolérée dans la marche vers le socialisme. Là encore, certaines déclarations contemporaines de LFI méritent d’être regardées sans caricature. Louis Boyard a affirmé que « CNews est une chaîne qui doit être fermée ». Dans le même débat sur la bataille culturelle, la socialiste Ayda Hadizadeh expliquait que celle-ci consistait à « prendre le contrôle des cerveaux ».

Rien ne permet, évidemment, d’affirmer que LFI entend reproduire la terreur bolchevique. Mais l’histoire de Lénine rappelle une réalité politique que l’on aurait tort d’oublier : les mots peuvent précéder les actes. Lorsque les riches deviennent des « parasites », des « ennemis » ou des « nuisibles », puis que leurs biens et leurs moyens d’influence sont considérés comme légitimement neutralisables, le vocabulaire cesse d’être anodin. Chez Lénine, le passage des paroles aux actes fut rapide. La confiscation des biens, la coercition contre les possédants et les atteintes à la presse s’inscrivaient dans une logique politique déjà annoncée.

Dès lors, la question n’est pas de savoir si LFI est aujourd’hui le parti bolchevique. Elle est plutôt de savoir jusqu’où une telle rhétorique pourrait aller si elle disposait, un jour, des moyens du pouvoir ? Entre « taxons les riches », « les milliardaires sont des nuisibles », « CNews doit être fermée » et la volonté de « prendre le contrôle des cerveaux », une chose mérite d’être observée avec attention : ce que les responsables politiques disent aujourd’hui pourrait-il devenir demain ce qu’ils feront ?

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Yann Montero
Journaliste Boulevard Voltaire

Vos commentaires

77 commentaires

  1. Le plus important de tout ceci est encore, et de loin, qu’à mon modeste avis, M. Mélenchon a raison lorsqu’il juge que le problème de la dette, (et là j’ajoute, non seulement celle des restes de la France, mais également celle du reste de l’Occident) peut être résolu par des moyens techniques et politiques.
    Ce qui a été fait en cette matière peut être défait de la même façon.
    Ceci est d’autant plus possible que la dette actuelle est constituée de fausses monnaies, depuis que des financiers amoraux, pour ne pas dire plus, ont réussi à en supprimer l’étalonnage or pour faciliter leurs bricolages).
    Il suffit (si l’on peut dire) :
    – D’utiliser à l’envers les mêmes techniques (et les mêmes planches à billets) que celles utilisées naguère pour fausser les monnaies !
    – De retrouver des hommes politiques droits, ce qui est peut-être encore possible si nous les cherchons ailleurs que dans les bourses et autres « stocks exchanges » et si nous rétablissons « perpét dans un cul-de-basse-fosse » pour les faussaires.
    N.b. : Et ne pas oublier que si M. Mélenchon et sa clique ont bien un grain, ce n’est pas une raison pour leur donner tort lorsqu’ils ont raison à la façon des pendules arrêtées : 2 fois par jour et une seconde chaque fois.

  2. Par contre il faut faire attention de ne pas tomber dans le piège tendu par LFI.
    Tous les jours LFI nous dit une belle idiotie et certains médias en parlent !
    Ça va être comme ça jusqu’à la fin de la campagne.
    Ce que veut LFI c’est qu’on parle de lui tous les jours, en bien ou en mal, mais il faut parler de LFI !

  3. Je suis toujours surpris qu’aucun journaliste digne de ce nom, c’est à dire du service public et des journaux de références ne soient capable de faire une enquête sur les propos de LFI ?
    Sont-ils tous d’accord avec les propos de ces personnages ?
    La campagne électorale va être longue, très longue et il va falloir qu’il y ai des média comme BV, CNEWS, Fdesouche, VA… pour avoir les informations sur ce que dit et fait LFI !

    • Un pays pauvre est un pays où il n’y a plus de riches. Ces pantins ont pourtant eu sous les yeux les exemples du socialo-communisme, l’URSS, Cuba, mais aussi la Corée du Nord, le Venezuela, la Chine de Mao, etc.
      Reproduire les mêmes erreurs et croire que cela aura un effet différent est stupide.

      • Castro et sa famille étaient très loin d’être pauvre tout comme l’ensemble, des tyrans et génocidaire que vous citez. Ma mère disait un communiste, c’est quelqu’un qui mange son gâteau et qui veut manger la moitié de la part de ces voisins c’est cela partager selon eux.

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