Au festival des Poussières, des chrétiens font cause commune avec l’extrême gauche

Lieu de convergence de toutes les luttes, le festival a accueilli en Bourgogne quelques 700 chrétiens.
Capture d'écran
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Faire cohabiter l’Évangile et la « révolution », c’est l’objectif que s’est fixé cet été, pour la quatrième édition consécutive, le festival des Poussières. Entre le 20 et le 23 août, 700 personnes se sont réunies dans l’écovillage chrétien de la ferme de la Chaux, en Bourgogne, avec pour objectif de revisiter l’engagement catholique. Mais aux Poussières, ce dernier a plusieurs noms et une seule ligne : l’antifascisme, l’antiracisme, le féminisme, la défense des LGBTQIA+ ; en bref, un concentré des luttes intersectionnelles portées par la nouvelle gauche, présentées comme autant de manières de vivre sa foi, mais qui semblent surtout au service d’un discours politique très précis.

Aux Poussières, en route pour 2027 ?

Toutes les revendications portées habituellement par La France insoumise se sont retrouvées dans ce rassemblement de « culs-bénis », comme ils se nomment eux-mêmes dans leur podcast Radio Poussières. « Pour un antifascisme chrétien », « La psychiatrie au service du capitalisme », « Récupération identitaire des chrétien.nes d’Orient », « Introduction aux théologies de la libération palestinienne », « La politique de l’islam en France, ou le soupçon permanent »… Voilà un échantillon des thématiques inclusives que l’on pouvait retrouver durant ces quatre jours où prière et ateliers créatifs ont côtoyé les débats politiques. Car si le festival se veut joyeux et familial depuis 2023, l’engagement public reste au cœur de ce rassemblement annuel de « chrétiens alternatifs ».

La présence antifasciste, jusque dans sa représentation sur l’affiche du festival, en est peut-être l’illustration la plus marquante, mais le choix des thématiques et de certains intervenants n’en est pas moins partisan.

En bas à droite, un militant antifa représenté avec un lance-pierre et un cocktail Molotov.

L’engagement politique y est tel que, l’année dernière, Lumir Lapray y était invitée pour parler de « lutte chrétienne contre l’extrême droite ». En 2022, cette candidate malheureuse aux législatives sous la bannière de la NUPES publiait Ces gens-là (Payot), un livre écrit pour tenter de regagner les voix rurales tentées par le Rassemblement national. Aux dernières municipales, la militante appelait également les socialistes de Lyon et de Marseille à s’allier à La France insoumise.

Car que serait, à gauche, l’écologie sans engagement politique partisan ? Cette année, l’une des thématiques consacrées à l’écologie était ainsi empruntée aux réflexions de Léa Hobson, militante du collectif d’ultra-gauche Les Soulèvements de la Terre.

Aux Poussières, où flottent les drapeaux arc-en-ciel, antifas et palestiniens, on ne se cache pas, non plus, d’être « islamo-gauchiste ». La question de l’islam, très présente, y est abordée à travers le prisme de la lutte contre l’islamophobie, de la critique du port du voile à la défense des chrétiens d’Orient, lorsque celle-ci est présentée comme susceptible d’alimenter une hostilité envers les musulmans. On y loue même la mobilisation des « croyants » musulmans, dont les victoires électorales – celles de Bally Bagayoko à Saint-Denis et de Zohran Mamdani à New York – sont présentées comme des exemples dont les chrétiens pourraient s’inspirer.

Cofondé par des membres du collectif de chrétiens de gauche Anastasis, le festival comptait, sans surprise, plusieurs de ses militants parmi les conférenciers. La professeur de philosophie au lycée Sainte-Marie de Neuilly, Thérèse du Sartel, y assurait un échange avec Ostiane Lazrak autour de l’appropriation de la pensée thomiste par les « courants conservateurs et réactionnaires catholiques ». Maîtresse de conférences en philosophie à la Sorbonne, cette dernière publiait, en 2019, une enquête consacrée, avec complaisance, aux « maniements du stigmate et à l’insertion professionnelle » des musulmanes voilées.

Des collectifs militants au cœur des Poussières

Mais Anastasis est loin d’être le seul collectif à faire des Poussières un rendez-vous des chrétiens engagés. À Magdala, anciennement Comité de la jupe, on défend l’égalité entre les hommes et les femmes dans l’Église. Le Collectif des jeunes de Belleville, connu pour ses occupations illégales avec des sans-papiers, s’engage auprès des exilés. Le JRS – Service jésuite des réfugiés – fait de l’accueil des migrants son cheval de bataille, tandis que LGBT Friends of Dorothy porte les revendications LGBTQIA+ dans les milieux chrétiens. Tous sont venus, cette année, présenter leurs engagements, qui poursuivent un même objectif : faire de chaque combat sociétal de la gauche contemporaine un terrain possible d’engagement chrétien. Ou le contraire.

On pourrait alors se demander si ce catholicisme ultra-progressiste, porté notamment par de jeunes générations, est un phénomène en expansion. À en croire l’opinion publique et quelques sondages, la tendance serait pourtant plutôt au « néoconservatisme » dans l’Église de France. Mais force est de constater qu’une convergence s’est opérée entre une partie de la gauche militante, organisée en collectifs, mouvements et associations, et ces catholiques qu’elle regardait autrefois avec mépris.

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