[ROMANS D’ÉTÉ] L’arbre de l’homme, le chef-d’œuvre du Prix Nobel 1973 enfin en français !

Il y a du Steinbeck, du Giono, du Ramuz et du Mauriac dans l'épopée de Stan Parker et de sa femme.
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Avec sa rubrique [ROMANS D’ÉTÉ], Boulevard Voltaire vous propose de découvrir ou de relire des œuvres plus ou moins récentes. Des suggestions variées pour le temps des vacances, si propice à des lectures prolongées… et variées.

 

Attention, chef-d'œuvre ! Ce qui n'est pas incompatible avec un roman d'été. L'arbre de l'homme réussit en outre à cocher les deux cases de la rubrique « plus ou moins récent » puisque, publié en 1955, il n'a été traduit en français et publié qu'à l'automne 2025. Un des grands mystères de l'édition française que cette traduction tardive, puisque son auteur, Patrick White (1912-1990), obtint tout de même le Prix Nobel en...1973 et qu'il écrivait en anglais. Le seul prix Nobel du continent océanien jusqu'à ce jour. Pas incompatible non plus avec une lecture d'été, ce gros roman de six cents pages, dont vous pourrez commencer la lecture des premiers chapitres sur le site de l'éditeur « Au vent des îles » (ça ne s'invente pas pour un roman d'été !) avant de vous procurer le pavé. Et de le terminer peut-être à l'automne, tant ce livre peut être autant dégusté que dévoré, et recommencé indéfiniment selon le cycle des saisons.

L'épopée d'un pionnier dans le bush australien...

Si le dépaysement est immédiatement assuré, avec l'immersion dans l'épopée d'un pionnier -Stan Parker - allant construire sa ferme et son avenir dans et contre le bush australien, avant la Première Guerre mondiale, le lecteur, pour se raccrocher aux branches, convoque toute une série de références pour cerner ce projet et ce style inimitables (rien que par le titre, aussi minimaliste que biblique). Américaines d'abord : il y a du Steinbeck et du Faulkner, mais du Steinbeck moins social et plus métaphysique et du Faulkner moins hermétique et plus profondément biblique. Mais aussi françaises : on songe au Camus du Premier homme relatant l'arrivée de ses ancêtres en Algérie. Oui, il s'agit d'un roman de colon pauvre (le personnage, pas l'auteur), n'en déplaise à la critique française d'aujourd'hui qui ne veut pas le voir. On songe aussi à Giono, bien sûr, et à Ramuz pour l'évocation des affrontements avec la nature - les tempêtes de vent chaud du début, l'inondation de tout le pays, l'orage qui s'abat sur la ferme, l'incendie, grands moments du roman.

... et d'un couple aussi réaliste que mythique

Ramuz encore pour ce style apparemment simplissime et factuel qui parvient pourtant à nous introduire dans le drame de la solitude des personnages : d'abord ce couple primordial, puis leurs enfants. Il y a enfin du Mauriac dans cette épopée du couple Stan-Amy, marqué par une incommunicabilité inexorable mais acceptée, et jusque dans l'enfant (le petit-fils) et le poème de la fin du roman, qui fait penser au Mystère Frontenac.

Mais pour le moment, restons avec la jeune Amy, au début de son mariage et de son installation dans la ferme :

« Sa peau dévorait la nourriture de l'amour, et en voulait à ces conspirations de la vie qui l'en privait avant qu'elle ne soit rassasiée. (...)

Parfois il restait parti toute une journée et une nuit après le marché, s'il y avait des affaires à négocier ou des choses à acheter.

Alors la femme délaissée redevenait la jeune fille maigre.(...)

Parfois elle marmonnait les mots qu'on lui avait appris à adresser à Dieu.

Elle suppliait le Christ triste et pâle de lui envoyer un signe de reconnaissance.(...)

Mais elle ne reçut pas la grâce de Dieu. (...) Mais la miséricorde divine était le bruit des roues à la fin du jour du marché. Et l'amour de Dieu était un baiser à pleine bouche. »

 

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Frédéric Sirgant
Chroniqueur à BV, professeur d'Histoire

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