[Tribune] Crise politique au Royaume-Uni : « La faute au Brexit » !

Brexit Royaume Uni

Le Brexit est le plus cuisant échec politique de l’Union européenne depuis sa création. C’est peu dire qu’il n’a pas été digéré par l’eurocratie européenne. Que le Royaume-Uni qui, seul au monde entre 1940 et juin 1941, a résisté à l’Allemagne nazie, alliée à l’Union soviétique à cette époque, ait claqué la porte de l’Union européenne était un symbole dévastateur pour la machinerie bruxelloise. Au Berlaymont (siège de la Commission européenne), on espérait et prédisait un destin funeste pour ce royaume indocile. L’empire de la norme en construction ne pouvait tolérer une telle rébellion. À Bruxelles, on avait même espéré, selon la bonne vieille habitude, pouvoir faire revoter le peuple britannique. Mais justement, ce peuple, qui a inventé la démocratie moderne, ne rigole pas avec celle-ci. Le peuple avait voté. On respecterait donc la volonté du peuple. Le Royaume-Uni n’est pas la République de Sarkozy.

Les présentes difficultés britanniques réjouissent donc fort les europhiles de tout poil. La cause des problèmes du gouvernement et du parti conservateurs : « Le Brexit, le Brexit, vous dis-je ! » On jurerait la scène du poumon du Malade imaginaire. Une seule cause à tous vos maux, infortunés insulaires : le Brexit !

Sérieusement, examinons les choses. Après 45 jours au pouvoir, Mme Liz Truss a présenté sa démission au roi Charles III. En cause, un mini-budget qui prévoyait d’importantes baisses d’impôts, ce qui a provoqué des réactions négatives de la Bourse de Londres et des réserves de la Banque d’Angleterre en raison de l’état des finances publiques britanniques. Domaine dans lequel la France n’a guère de leçons à donner (dette française 2.916,8 milliards d'euros, source INSEE ; dette britannique 2.427,4 milliards de livres soit 2.781,5 milliards d'euros, source Trading Economics). Le Premier ministre britannique a réagi à ces critiques de façon si confuse qu’elle a été contrainte à la démission. Un nouveau Premier ministre sera rapidement élu par le Parti conservateur et proposé au roi qui assure, comme de juste, la permanence de l’État.

Les difficultés que rencontre le Royaume-Uni tiennent principalement à la vague d’inflation qui le frappe durement. Comme l’Europe continentale. Quelle est donc la situation. Selon l’Office for National Statistics, l’inflation atteignait 10,1 % en septembre au Royaume-Uni. À la même période, elle atteignait, selon Eurostat, 10,1 % pour l’ensemble de l’UE et 9,1 % pour la zone euro. Le Brexit aurait-il « déteint » sur l’UE ?

Si l’on s’arrête à l’inflation alimentaire, toujours selon Eurostat, elle atteignait 15,8 % pour l’ensemble de l’UE en septembre, 14,8 % au Royaume-Uni (Office for National Statistics). Là encore, l’affirmation des euro-béats ne paraît guère démontrée par les chiffres.

Seul le domaine de l’énergie, selon les mêmes sources, montre une nette différence. Pour l’UE, l’augmentation des prix de l’énergie atteignait + 38,6 % en août et + 51,8 % pour le Royaume-Uni. Cette inflation particulièrement forte des prix de l’énergie est due à la structure du « panier énergétique » britannique dans lequel les énergies fossiles sont prédominantes (77 %), et le gaz notamment (29,1 %). L’augmentation des prix débutée dès la fin du confinement dû au Covid a explosé avec la guerre en Ukraine, notamment pour le gaz, en dépit du fait que le Royaume-Uni ne dépende qu’à hauteur de 4 % du gaz russe. On notera que l’énergie nucléaire ne représente que 8,6 % des ressources en énergie électrique du pays. Là encore, l’affirmation que les problèmes viennent du Brexit est plus que hasardeuse. Sur le plan social, ils résultent plus du fait qu’il n’existe pas de bouclier tarifaire chez nos voisins d’outre-Manche. Pas plus qu’en Belgique, au demeurant.

Dans un récent entretien, le président de la fondation Robert-Schuman affirmait que le Brexit avait été très nocif pour la position diplomatique du Royaume-Uni. C’est aller vite en besogne. Dès l’annonce de la démission de Liz Truss, le président Biden a réaffirmé la « fermeté de l’alliance entre les deux pays » et chacun connaît l’étroitesse des liens entre la « maison mère » et son rejeton qui l’a supplantée dans la puissance impériale. La malheureuse affaire des sous-marins français destinés à l’Australie a démontré, si besoin était, la force des liens historiques du monde anglo-saxon. Tout comme l’attitude du royaume dans la guerre en Ukraine. Winston Churchill l’avait clairement dit à Charles de Gaulle en 1944 : « Chaque fois qu’il nous faudra choisir entre l’Europe et le grand large, nous choisirons toujours le grand large. » Au Berlaymont, on devrait s’en faire une raison plutôt que d’espérer une revanche.

La ritournelle sur le Brexit cause de tous les mots évoque encore Molière : « Toute l’excellence de leur art consiste en un pompeux galimatias et un spécieux babil, qui vous donne des mots pour des raisons, et des promesses pour des effets » (Le Malade imaginaire).

Stéphane Buffetaut
Stéphane Buffetaut
Chroniqueur à BV, élu de Vendée, ancien député européen

Vos commentaires

8 commentaires

  1. Clairement, le nucléaire est l’un des éléments essentiels pour la solution de la crise énergétique. Les anglo-saxons et les Allemands seront les plus affectés. Les Anglais ont besoin du gaz Ecossais, d’où les risques de sécession ; les Allemands du gaz Algérien, d’où la brouille sur le gazoduc transpyrénéen. Pour brider la France, il faut retarder le plus possible la mise en service de Flamanville 3 et la remise en service des centrales en cours de maintenance. Les écologistes s’y emploient activement au nom de l’apocalypse climatique.

    • Et Bruxelles aussi, par sa bonne vieille technique d’empilage forcené de normes de plus en plus drastiques et à rythme rapproché pour empêcher toute programmation fiable.

  2. La sortie de l Europe de la grande Bretagne ne l’empêche pas d’avoir les mêmes problèmes que nous.
    Il ne faut probablement pas tout attendre d’un éventuel frexit.

  3. Pour ne pas parler des conséquences de la politique de sanctions menée contre la Russie, laquelle a provoqué la montée des prix de l’énergie au niveau mondial sans atteindre son but, à savoir l’effondrement de l’économie russe, on parle du Brexit et de la transition énergétique. La caste politique et ses laquais médiatiques nous racontent que la cause de cette flambée des prix est le Brexit, dans le cas du Royaume Uni et la disponibilité décroissante des matières énergétiques fossiles qui nous impose une transition énergétique, dans le cas de la France. Tout cela n’est qu’un rideau de fumée destiné à camoufler le fiasco des sanctions.

  4. Dans la vie, il faut savoir affronter les périodes de maigres vaches avec optimisme. C’est valable pour une personne comme pour un pays.
    Donc, le Royaume-Uni est un pays comme les autres; il peut connaître une période de récession ou d’inflation de son économie et le Brixit n’en est pour rien.
    Ce que je comprend mal c’est la promptitude de leur système de gouvernement (100% parlementaire) à changer de chef aussi rapidement alors même qu’il n’est (en grande majorité des cas) pour rien dans la crise. Et ce qui est un peu ridicule c’est que la plupart du temps c’est « les bras droits » du premier ministre qui le poignardent par derrière et qui l’étranglent en premier

  5. A quand le Frexit ? Cette « Europe » n’est pas celle que nous voulons. Ursula, weg ! Manu, casse-toi ! Nous an avons marre de cette bande de branquignoles.

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