[TRIBUNE] Affaire Lyhanna : comment éviter la prochaine affaire ?

La Justice a besoin d’une réforme profonde et non d’une énième réformette communicationnelle.
justice

Depuis dix jours, l’affaire Lyhanna secoue la France. Les ratés de la Justice et des services d’enquêteurs ainsi que la gravité des crimes commis justifient cette colère de l’opinion publique. La rare intensité qui s’exprime à l’occasion de cette colère ne laisse ainsi aucun doute quant au fait que des réformes sont à venir, tant pour éviter de nouvelles affaires Lyhanna que pour réformer d’autres aspects de la magistrature qui chauffent à blanc l’opinion depuis longtemps.

Naturellement, les élus et candidats aux prochaines élections sont attendus au tournant et répondent donc à cette attente en offrant des remèdes plus ou moins judicieux. On a ainsi vu Bruno Retailleau proposer très rapidement l’autonomisation d’une cour disciplinaire pour remédier à l’irresponsabilité supposée des magistrats. Éric Ciotti a proposé l’extension de l’accès au fichier des délinquants sexuels. Sans parler du grand n’importe quoi idéologue d’une Marine Tondelier qui propose de faire entrer davantage d’adultes auprès des enfants de maternelle pour leur parler de sexualité. Mais en réalité, ces propositions-pansements pèchent souvent par précipitation.

Trop peu, trop tôt

La gravité des dysfonctionnements dans l’affaire Lyhanna ainsi que la complexité de la procédure pénale justifient, au contraire, une enquête des plus sérieuses. C’est le rôle de l’Inspection générale de la Justice qui aura accès aux sources primaires et qui rendra un rapport d’ici une dizaine de jours sur les responsabilités des uns et des autres.

Alors que l’on apprend, quasiment tous les jours, de nouveaux éléments (à charge contre l’administration, d’ailleurs) sur les dysfonctionnements, il est impossible d’avoir une vision claire des problèmes en cause en se fiant uniquement aux informations qui filtrent dans la presse. Et encore moins possible d’avoir des solutions à ces problèmes...

Si la gravité des dysfonctionnements ne fait aucun doute et appellera probablement à des sanctions contre des magistrats ou des enquêteurs, aucune solution sérieuse pour répondre au « Plus jamais ça » ne peut être envisagée avant la publication de ce rapport.

Un problème systémique ?

En revanche, s’il est impossible, à ce stade, de dire si le fiasco a une cause systémique ou bien ponctuelle, cette affaire Lyhanna met en lumière l’ensemble des défaillances de la Justice qui, elles, sont bien systémiques et qui sont rappelées humblement par des acteurs (notamment l’Institut pour la justice) du monde judiciaire depuis des années.

En effet, les Français n’ont pas attendu l’affaire Lyhanna pour ne plus avoir confiance en la Justice. En cause, un laxisme habituel qui crève les yeux - et qui a certainement aggravé l’onde de choc anti-judiciaire des derniers jours -, illustré notamment par les verdicts indignes suite aux émeutes du PSG. Un laxisme habituel aggravé par les soupçons de biais politique de la Justice, suite par exemple à des diligences rapides contre des tweets politiquement incorrects, à la répression des agriculteurs du Gers ou surtout au traitement des affaires Fillon, Le Pen ou encore Sarkozy.

En réalité, les solutions pour mettre fin au marasme judiciaire sont très nombreuses et elles traitent le problème dans sa globalité : retour de peines-planchers, fin du sursis pour les récidivistes, simplification et limitation drastique des réductions de peine, remise en ordre du syndicalisme des juges et, surtout… construction de prisons, goulot d’étranglement de l’ensemble de la chaîne pénale.

Pour que Lyhanna ne soit pas morte pour rien, il est indispensable d’avoir un débat plus posé, plus long et surtout plus large du fonctionnement de la Justice, qui a besoin d’une réforme profonde et non d’une énième réformette communicationnelle.

Cet article a été mis à jour pour la dernière fois le 15/06/2026 à 12:08.

Picture of Pierre-Marie Sève
Pierre-Marie Sève
Directeur de l'Institut pour la Justice

Vos commentaires

51 commentaires

  1. Si il n’y avait que la justice qui dysfonctionne mais c’est dans toute l’administration Française, école, hôpital, police, institutions, immigration, finance,le boulot à entreprendre est gigantesque et ne se fera pas avant 2027 si se sont les bonnes personnes qui sont élues avec la volonté farouche de réussir, cela va être très dur et il y aura de la casse parce que la clique en place ne va pas se laisser faire.

  2. Les délinquants sexuels récidivent toujours , il faut donc les empêcher de nuire , soit enfermement à vie , soit castration .
    Il faut choisir ou bien la longue liste des crimes sexuels s’allongera .

  3. LYHANNA. LES JUGES COUPABLES ?
    L’assassinat de Lyhanna est considéré à juste titre par la population comme un événement révélateur d’une situation sociale et politique grave. Mais il ne faut pas se tromper d’adversaire ; que les gouvernants, et de nombreux médias, désignent les juges comme coupables est une mystification indécente. Sans parler des moyens matériels qui lui sont accordés, la Justice française est totalement dépendante du pouvoir politique et idéologique en place au sommet de la société. Contrairement à « l’indépendance » proclamée par le « statut de la magistrature », la réalité est que les juges ne sont que des fonctionnaires, comme les policiers. Et même des fonctionnaires particulièrement surveillés. S’il existe un Ministre de la Justice et si ce ministre a un rang protocolaire éminent c’est précisément pour mieux asseoir la dépendance des juges aux gouvernements. Depuis plus d’un demi-siècle la pensée correcte, imposée en France, particulièrement aux juges, est la Non-Répression de la délinquance. Priorité absolue à la « Réinsertion » qui serait la seule solution « intelligente ». A l’exception de quelques très rares domaines, comme le grand trafic de drogues dures, les délinquants ne seraient que des « malades », des incompris, et même des victimes de la société. Si le peuple veut que les juges décident autrement il doit voter pour des politiques qui gouvernent autrement et éliminent tout un clan d’idéologues qui se croient plus « éclairés » que les populations.

  4. Il faudrait surtout changer ce qui est à la tête de l’état et mettre quelqu’un de propre.
    L’ennui c’est que celui qui est à la tête est une marionnette comme ses prédécesseurs et comme le sera le successeur si nous ne sortons pas de l’Ue

  5. Bizarrement, s’agissant d’un français, le nom de l’agresseur de Lyhanna est publié, alors qu’il est masqué pour les autres lorsque ce sont probablement des étrangers.
    La France, sous le joug de gauche, n’est pas encore sortie de l’ornière idéologique dans laquelle, de mai 68 à Macron en passant par Mitterand, elle se vautre.

  6. Il faut surtout que tout ce beau monde fasse son travail , que ce soit contrôlé et pénalisé s’il le faut. .. un ministre de la justice donne des ordres , une ligne d’action mais en bon chef il doit vérifier si ses ordres ont été respectés ! Il n’y a pas que la magistrature , préfecture et autres…la gendarmerie aussi…celle qui reçoit des plaintes et ne les communique pas alors qu’il y a urgence comme pour Rosa… un bon contrôle à tous niveaux par la hiérarchie est déjà une urgence avant de parler de réformer….
    Le drame de Lyhanna vient en premier de ceux qui n’ont pas fait leur travail. Ces gens qui ont des postes à responsabilités et ne les assument pas doivent changer de métier !

  7. « pour que Lyhanna ne soit pas morte pour rien » (sic) : d’abord rétablir la peine capitale dans l’arsenal des peines.
    Par ailleurs, quand je donnais des instructions, je demandais systématiquement 48 heures plus tard où elles en étaient ! Mais cela ne s’apprend pas à l’école de la magistrature, c’est pour les « sansdents » !

    • Vous n’y êtes pas… rétablir la peine de mort n’est qu’un signe de vengeance populaire, qui oublie que cette peine était rarement appliquée, quand elle l’était c’était au bout d’une longue période d’attente avant exécution, de remise de peine ou de grâce présidentielle éventuelle, et que finalement – humainement parlant – ce n’est qu’un crime de sang froid, mis en œuvre par ces bourreaux, ce métier d’un autre âge!
      J’ajouterai que la peine de mort, on le voit dans l’histoire, n’a jamais été dissuasive…

  8. A Dudu…  » il faut entendre De Villiers sur Cnews »… justement, aucun mot sur Darmain. Pas touche au macroniste de droite.

  9. « le manque de moyens » … certes ce serpent de mer sempiternel est en partie vrai mais les fautes professionnelles sont évidentes et à tous les niveaux. Il est bien visible que selon ses buts la « justice » met en œuvre tous les moyens qu’elle veut et cela pendant des décennies par exemple. Elle pourrait aussi et ce n’est qu’un exemple éviter de revoir les multirécidivistes 25 fois et plus si ils étaient sanctionnés une bonne fois pour toute.

  10. Déjà il faudrait que braun-pivet accepte une enquête en France sur le traffic sexuel international sur mineur de Epstein, il avait un hôtel particulier à Paris! Ensuite, il faut un site internet comme aux USA (consultable par tous) avec tous les délinquants sexuels, criminels, pédophiles, délinquants en France avec photo et localisation fiable (sinon ils repartent en prison) pour savoir quel voisin est un danger et qui ils sont réellement. Deuxièmement la castration chimique et si récidive peine de mort! La solution est simple pas besoin de tergiverser en blabla inutile.

  11. Bien sûr qu’il y aura d’autres Lyhanna car cette affaire est systèmique et certainement ponctuelle. Au passage le procureur Heitz a dit ce WE qu’il n’y avait pas de problème, circulez y a rien à voir.
    Avant Macron et ses ministres, il y en a eu tellement d’autres à commencer par Badinter qui considèrent que le criminel est tout d’abord perverti par la société. Au passage la société s’est drôlement acharnée sur la famille Barella !
    Pèle-mèle il faudra réformer le code pénal, supprimer les syndicats de magistrats, construire des prisons, rétablir la double peine, connecter les fichiers (basarder la CNIL), rendre responsables de leurs actes les magistrats etc, etc.
    Il nous faut un Hercule pour nettoyer les écuries d’Augias de la justice.

  12. Ne pas oublier l’affaire du CD-ROM de Zandvoort. Des centaines de familles françaises y retrouvent leurs enfants disparus. Les enquêteurs leurs disent qu’ils s’agit de simples ressemblances. Pour TOUS les enfants. CR-ROM que la ministre de l’époque Elisabeth Guigou, détenait depuis déjà un an avant la révélation de cette affaire par Karl Zéro…Là aussi ont légitimement avoir de gros doutes sur les motivations des fonctionnaires…

    • Pas que les fonctionnaires, mais surtout les parlementaires et les politiques de plusieurs pays !

  13. La justice en général aurait surtout besoin d’une bonne leçon, mais hélas comme la politique et la majorité du monde public. Vu le nombre cela devient chose impossible ce qui est la chose la plus grave pour la France.

  14. sur le sujet ,il faut entendre De Villiers qui était interrogé sur le sujet sur CNEWS .
    Il faut rendre pénalement responsable les juges qui font n’importe quoi vu que c’est la seule corporation qui ne risque aucune sanction.
    Et deux, interdire les syndicats au sein de la magistrature et particulièrement LE syndicat de la magistrature a l’origine du « mur des cons » (mur sur le quel tous ceux qui y adhère devrait figurer en première place !)

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