Tony Thorpe, le chanteur des Rubettes, est mort, et l’insouciance du rock avec

Adieu, Tony Thorpe et merci pour ces bons moments nous rappelant que le rock peut aussi être une fête et non une purge, n’en déplaise aux snobs de tous bords.
The Rubettes
Groupe de musique britannique des annees 70.
Collection Christophel © LECOEUVRE PHOTOTHEQUE (Photo by PHOTOTHEQUE LECOEUVRE / Collection ChristopheL via AFP)
The Rubettes Groupe de musique britannique des annees 70. Collection Christophel © LECOEUVRE PHOTOTHEQUE (Photo by PHOTOTHEQUE LECOEUVRE / Collection ChristopheL via AFP)

La postérité est parfois cruelle. En effet, qui se souvient de Tony Thorpe, qui vient de nous quitter, ce 18 juillet ? Il était à la fois le guitariste et le chanteur d’un groupe anglais, lui aussi oublié : The Rubettes. Leurs costumes, souvent blancs, parfois d’un bleu électrique défiant les lois de l’élégance masculine, leurs pantalons à pattes d’éléphant, leurs chemises à col pelle à tarte, leurs casquettes façon moule à clafoutis et même leurs chansons leur valurent leur moment de gloire, de 1974 à 1977.

Les heures les plus sombres de l’histoire du rock progressif…

À l’époque, le rock se prend un peu trop au sérieux. Les « concept albums » de Yes nous vrillent les oreilles. Ceux de Genesis, tout pareil. Malheureusement, la France n’est pas en reste avec son rock progressif faisandé. Réécouter aujourd’hui les disques du groupe Ange demeure une expérience extrasensorielle hors du commun. Paroles narguant le sens commun, arrangements boursouflés, voix de fausset, enracinement bidon dans une campagne fantasmée : il faut l’entendre pour le croire. On dit qu’Ange a toujours ses fans. Normal : on a rarement vu une secte en dépôt de bilan.

Pourtant, dès le festival de Woodstock, la révolte commence à gronder avec la présence de Sha Na Na, groupe d’étudiants farceurs qui entend en revenir au rock de papa. D’où cette prestation légendaire ayant laissé plus d’un hippie sur le carreau, achevant le travail que les substances lysergiques avaient déjà largement entamé.

Dans le même registre de la joie et de la bonne humeur, encore faut-il saluer la salutaire réaction d’Au bonheur des dames, excellente formation franco-française fondée en 1972, dont les pseudonymes pris par nos artistes valent leur poids de gelée de coing : Eddick Ritchell, Rita Brantalou, Fabrice des Dieux et Hubert de la Motte fifrée. Du coup, leur hymne hautement crétin et parfaitement jubilatoire, Oh les filles, renvoie les prétentieux d’alors à leurs chères études et à leur musique alambiquée aux prétentions politiques ineptes, façon Red Noise, formation bolchevique menée par Patrick Vian, fils du Boris que vous devinez.

C’est donc en 1974 et dans ce contexte que débarquent les Rubettes, tôt rebaptisés les Roupettes par nombre d’esprits forts abonnés aux Grosses Têtes de Philippe Bouvard et aux Routiers sont sympas de Max Meynier. Leur premier tube, Sugar Baby Love, deviendra pourtant l’un des incontournables des boums de l’époque, tout comme Juxe Box Jive. Ce sont tous des instrumentistes d’exception, ce que ne laisse pas toujours deviner leurs prestations potaches à la télévision. Leur inspiration ? Les Beach Boys de la première période, chansons exécutées en trois accords, Surfin’ USA, California Girls et autres I Get Around. Mais chez les Rubettes, les harmonies vocales sont aussi au rendez-vous, tout comme les mélodies. Malgré les apparences, ces gens-là connaissent leur métier. Ils sont plus Martin Circus que Magma, mais tiennent leur rang.

Fin de carrière en douceur…

Ces facétieuses coquineries leur permettront ainsi d’écouler quelque trente millions d’albums sur la planète, même si le succès ne se confirme pas. La mode est passée et, malgré des tentatives de reformation, la sauce ne prend plus. Les compilations fonctionnent encore ; les nouveaux albums, nettement moins. Dans les années 1990, les Rubettes assurent la première partie des Bee Gees en tournée. Puis chacun des musiciens part faire son propre petit bonhomme de chemin. À en croire Le Dictionnaire du rock (Robert Laffont), de Michka Assayas, John Richardson, batteur et chanteur, se serait recyclé dans les médecines douces : « Un site Internet créé par des Allemands et traduit dans un français pittoresque apprend au lecteur que "John Richardson a fait son chemin comme hypnothérapeute et joui ces jours internationalement une bonne réputation dans la thérapie régressive. Il continue à faire musique, qu’il utilise en partie pour ses thérapies et de plus il fait New-Age-Musique (qui est également saillant)". »

C’est beau comme du Ange. Mais en mieux. Adieu, Tony Thorpe, et merci pour ces bons moments nous rappelant que le rock peut aussi être une fête et non une purge - n’en déplaise aux snobs de tous bords.

Picture of Nicolas Gauthier
Nicolas Gauthier
Journaliste à BV, écrivain

Vos commentaires

42 commentaires

    •  » Ange « , c’était sympa mais trop mou mou à 12 ans quand j’ai écouté la 1ère fois quelques morceaux.
      Pas mon délire même si c’est certainement pas mal. J’étais plutôt J.Hendrix et R.Stones, deep purple, Led Zep, Lou Reed etc…

  1. Merci Alain Gauthier pour ces rubriques sur cette époque révolue, rubriques qui deviennent malheureusement l’appel aux morts. Il est dommage que M. Baudriller vous ait oublié dans sa lette d’au revoir à Boulevard Voltaire.
    Alain Souchon a rendu hommage aux Rubettes en 2005 dans la chanson « l’île du dédain » sur l’album La vie Théodore: « elle est mon chou chéri, elle ignore tout de ça, elle est mon sugar baby love, elle le sait même pas »

  2. Merci …. je viens de rajeunir de 52 ans d’un coup, quand il faisait bon vivre dans un monde léger fait de liberté, d’espoir et de joie de vivre et pourtant la vie n’était pas forcément facile mais rien à voir avec le climat lourd et anxiogène d’aujourd’hui où règne la malveillance, le mensonge et la violence !

  3. La belle époque ou la joie de vivre sainement était encore de mise … à partir des années 2000 avec l’Euro et l’Europe, TOUT dans TOUT les domaines s’est complètement dégradé … on est passé à l’ère de l’assassinat, du vice, du mensonge, de la médiocrité … de la délinquance . Kant disait, les habitudes pouvant être très nocives surtout quand elles sont mauvaises, qu’elles sont le tombeau de la liberté.

Laisser un commentaire

Pour ne rien rater

Les plus lus du jour

Que les familles des victimes parlent est très compliqué pour le gouvernement
Gabrielle Cluzel sur CNews
Vidéo YouTube

Les plus lus de la semaine

Les plus lus du mois