[TÉMOIGNAGE] Dépénalisation du brevet

« J’estime qu’une copie qui n’est pas écrite de manière intelligible [...] ne peut pas avoir la moyenne ». E. Geffray.
Illustration BV
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« J’estime qu’une copie qui n’est pas écrite de manière intelligible, c’est-à-dire avec un niveau d’orthographe, de syntaxe et de grammaire absolument déplorable, ne peut pas avoir la moyenne [et ce, dans toutes les matières] » disait notre ministre de l'Éducation nationale, en marge de sa circulaire du 26 mars 2026.

On allait voir ce qu'on allait voir ! J'ai vu. Je sors à l'instant de la correction du brevet de maths et de son inénarrable préambule de concertation où les documents guides distribués qui donnent les précisions sur le barème doivent être impérativement rendus pour destruction, les profs correcteurs n’ayant pas le droit de les rapporter chez eux. La honte, sans doute...

Évidemment, sur ces documents guides pour la correction et attribution des points du barème, nul point attribué ou retiré pour orthographe ou syntaxe… Pourtant, cette année, un écroulement du niveau des autres matières a sacré l'épreuve de maths roi des borgnes au milieu des aveugles. Les élèves ayant suivi les cours et révisé ne serait-ce qu’un peu étaient avantagés quand même en maths par rapport aux touristes de l'année ou aux dilettantes de la « période de révision » (plus communément appelé « tkt chill » par les élèves, « vacances anticipées, mais qu’est-ce qu’on va en faire ? » par leurs parents).

Un peu plus dure, donc, cette épreuve de maths... Il convenait évidemment, alors, de repasser une couche de peinture « procustesque » baptisée Bienveillance. Je vous renvoie à l'excellentissime article écrit sur le site BV il y a un an, pour le brevet 2025, qui relatait déjà la majorité des énormités que nous avons dû accepter, nous, les correcteurs.

Nouvelles perles

Et je vous propose les nouvelles perles 2026 à enfiler sur notre collier de honte nationale. Cette année, innovation : l'arrivée des automatismes, 20 minutes sans calculatrice en début d’épreuves pour tester leur capacité aux calculs et leur connaissance sur les bases simples, voire simplistes, des maths (fraction, pourcentages, périmètres, formule de trigo, etc.).

Mais attention, pas de dextérité calculatoire démesurée, par exemple pour le calcul du périmètre du rectangle (L = 10 mm et l = 5 mm), l’élève devait choisir parmi 4 propositions ou venir avec son petit frère de CE2 qui lui aurait soufflé la réponse… Le problème, c'est que sur les 35 copies que j'ai corrigées, 11 élèves seulement ont eu juste. C’est vrai qu’il faisait chaud, mais quand même ... moins d'un tiers ?

Passons à la deuxième partie, et répétez après moi « NE PAS PÉNALISER »

NE PAS PÉNALISER l’absence d’unités.

NE PAS PÉNALISER les arrondis mal exécutés.

NE PAS PÉNALISER les résultats faux si le calcul est juste.

NE PAS PÉNALISER une lecture graphique médiocre (on comptera tous les points pour un résultat de 20 en dessous ou de 20 au-dessus (pour un résultat de 200... c’est une belle marge d'erreur, grand-Papa, à 15 ans, en aurait calculé le pourcentage voire l'incertitude).

NE PAS PÉNALISER si l'élève n'a pas listé les conditions d’application du « téauraime de talaisse » « puisque » - je cite le guide du correcteur - « elles sont dans l'énoncé ».

NE PAS PÉNALISER les ratons-laveurs.

NE PAS PÉNALISER si l'élève n'a pas tenu compte de la consigne qui précisait pourtant bien que tous les bonbons devaient être utilisés, et qu'il a écrit « tous les bonbons ne seront alors pas utilisés ». Après tout, n'était-ce pas ostensiblement diabétophobe, comme consigne ?

Il a eu raison de s'insurger ainsi : « Diabete lives matter » ! Et la bienveillance, alors ? Ne vous inquiétez pas, ils y ont pensé, à cette bienveillance tellement mise en danger par les consignes pourtant si bien appliquées du ministre. Jusqu'à cette année, les notes étaient sur 100, on arrondissait à l'entier du dessus. Nous sommes désormais revenus à 20, nos barèmes fixent donc des questions à 0,5 ou même 0,25 point ; sur les 28 questions du brevet 2026, 8 seulement étaient sur 1 point.

Quel rapport avec la bienveillance ? Un petit produit en croix, une règle de Troye (qui ne se fait qu'à cheval) ou une quatrième proportionnelle (même principe, mais 3 avatars !) ne régleraient-ils pas le problème ? Bien sûr, une note est une fraction, peu importe son dénominateur, mais lorsque, enfin, le correcteur vient à bout de son paquet de médiocrités, il appose sa note sur le bordereau et découvre avec stupeur qu'il doit arrondir à l'entier supérieur…

Un élève à 9,25 aura donc 10, presque la moitié du dernier exercice offert en bonus ! Merci Taless, merci Pitagor, merci Gefré !

 

PS : cette année, j'ai eu un supplément, je suis jury d'attribution... C'est un jury de profs qui se réunissent pour sauver des élèves qui ont presque eu le brevet. Pour les élèves qui ont eu moins que 9,9 de moyenne (avec le contrôle continu, hein !). Ceux qui ont 9,9 ou plus, on leur a donné le brevet avant. Paraît que c'est encore mieux que les corrections. J'ai hâte de vous raconter. À dans une semaine, donc !

Vos commentaires

45 commentaires

  1. Il faudrait aussi se poser une autre question. Certes les élèves sont nuls, mais qu’en est-il du niveau des enseignants. Ma fille a actuellement 35 ans, et j’ai moi-même été confrontée au niveau de certains de ses professeurs … Là aussi, il y a beaucoup à dire !

  2. Il y a des limites à l’illogisme. Donner la moyenne à un écrit en charabia n’a aucun sens. Un diplôme intitulé brevet n’est pas un accessibilité de bienveillance, il se mérite. Sinon tout le monde a le brevet ou le BAC et une génération de bourricots fera surface sur le marché du travail. Toute l’éducation nationale est à revoir.

  3. L’essentiel est que les «  enfants » , les «  mamans » et les « papas » (sic) partent satisfaits en vacances non?

  4. Il vient d’arriver c’est son résultat qu’on devra juger pas celui des incapables qui sont passés avant lui, les élèves n’y sont pour rien ou presque. J’ai connu une époque où on voulait retirer des points aux copies mal écrites, je m’y suis toujours opposé parce que ce n’était pas une épreuve d’écriture ni de français, je trouvais ça déplacé ce qu’on juge ce sont les connaissances sur un sujet évidemment une copie de philo ou d’économie de 8 pages mal écrite l’écriture influencera naturellement la note

  5. Ne pas pénaliser les crétins ignares, ne pas s’étonner de la suite …. nivellement par le très bas, plus c’est bête et inculte plus c’est manipulable … c’est voulu et cela fait partie de leur programme, ignorer ces individus et continuer sa route …

  6. De toute façon ça n’est pas au moment de l’examen qu’il faut sanctionner les erreurs puisqu’elles ne l’ont pas été tout au long de l’année scolaire… Les élèves ne vont pas inventer ce jour-là ce qu’on ne leur a pas appris depuis des années ! soyons réalistes.

    • Effectivement, si les enfants ne savent rien, c’est qu’on ne leur a rien appris.
      Ils ne sont pas seuls responsables de leur nullité, même si beaucoup trouvent cela sans doute plus confortable, ils le doivent avant tout au fait que leurs professeurs et le système éducatif, gauchisés à mort depuis des décennies, ont été totalement défaillants.

  7. Ces élèves vont se sentir fort dans 15 jours à la lecture de leurs réussites.
    Mais le hic, c’est le marché du travail, quand on ne sais ni lire ni écrire ni compter, cela devient vite compliqué pour les collègues.
    Correcteur dans le professionnel une fois, on ne m’a pas repris car j’ai appliqué la règle: non vendable égale pas l’examen. On est venu me dire c’est le fils de Intel, j’ai répondu c’est le candidat 12 et il est revenu l’année suivante. J’ajoute que la nullité continue jusque très haut et finalement le nul obtient le poste de responsable pour te commander en ne sachant rien faire. Que l’on s’étonne après que rien ne tourne rond…un vielle ami qui aurai aujourd’hui 100 ans me disait, « c’est rond comme une queue de pelle »

  8. Effectivement la bienveillance ne semble pas être le point fort de Madame Ménard. Plutôt que de railler la nullité des copies qui lui sont passées entre les mains, cette prof de maths devraient plutôt s’interroger sur sa responsabilité, la sienne et celle de ses collègues, dans cette apocalypse !

  9. Il faut cesser de se casser la tête comme cela ! La vraie solution : donner une agrégation en ‘tout’ dès la naissance. Plus de jaloux, des vacances de 52 semaines par an pour les prof…. etc., que des advantages.

  10. Vous deviez arrondir la note sur 20 au point supérieur… bien sûr, l’indeformatique !
    Pour vous faire rigoler, la 1ère année des épreuves expérimentales au BAC, l’épreuve expérimentale était notée sur 5 et arrondie au point supérieur.
    J’ai commis un article sur le sujet dans le journal syndical du SNALC.
    J’ai eu une invitation par le doyen de IG, dont le doyen était aussi le doyen de physique.
    Je ne détaille pas l’entrevue, finalement positive.
    L’année suivante, notation modifiée…
    Un autre syndicat été intervenu, le SNES.

  11. les profs correcteurs n’ayant pas le droit de les rapporter chez eux. !!!
    Maintenant avec le mobile…

  12. Idee. Que le ministre corrige quelques copies .on regarde la note qu’il donne .. et celle donnée par ses ouailles ( rectorat)

  13. Mon professeur de français-latin pratiquait la notation algébrique, à raison notamment d’une pénalité de 4 points pour une erreur d’accord du participe passé; élève Primus, moins 164 sur 20 !

Commentaires fermés.

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